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›› Editorial

Féroces offensives américaines contre la Chine. Régression politique de l’appareil. L’Occident en quête de son humanisme perdu

Wang Yi compte ses appuis. Crispation de l’appareil.

Alors que Washington multiplie les charges contre Pékin, le Ministre des Affaires étrangères connu pour sa susceptibilité nationaliste à l’origine de l’attitude très peu diplomatique de nombre d’ambassadeurs de Chine, y compris Lu Shaye récemment convoqué par le Quai d’Orsay (lire : Lu Shaye, nouvel Ambassadeur de Chine à Paris fustige les médias français. Regards sur la rigidité du pouvoir chinois.) a battu le rappel de la communauté internationale pour l’inviter à « résister aux actes flagrants et déraisonnables » des États-Unis risquant, dit-il, de « plonger le monde dans une nouvelle guerre froide ».

Après avoir en moins de deux semaines battu le rappel de Berlin, Moscou et Hanoï, - ce qui traduisait une inquiétude face aux contrefeux allumés par le nationalisme chinois à l’œuvre depuis 2012 -, le 28 juillet, il appelait J.Y. Le Drian pour lui annoncer qu’aux agressions américaines, Pékin répondrait par une « fermeté raisonnable ».

Oubliant que la permanence des menaces militaires du Continent contre Taïwan sont, quelle que soit l’histoire, une hérésie des relations internationales au 21e siècle et qu’en mer de Chine du sud, Pékin est, par ses réclamations violant le droit international, en grande partie à l’origine des tensions ; mettant aussi sous le boisseau qu’en janvier dernier, les rigides occultations du régime avaient favorisé l’explosion de la pandémie hors de Wuhan, Wang Yi rejette toute la responsabilité des actuelles crispations internationales sur Washington.

« Tolérer les agressions ne vous protégera pas. » dit Wang Yi (…). « Au contraire, le laxisme encourage les audaces » (…) « Tous les pays doivent agir pour résister à tout acte unilatéral ou hégémonique et sauvegarder la paix et le développement dans le monde ».

En même temps, il tirait à boulets rouges sur les États-Unis accusés de brutalité hégémonique, visant particulièrement les menées des diplomates américains à Hong Kong qu’il accusait, non sans raison, d’avoir encouragé la naissance d’un mouvement de rupture avec la Chine – indépassable chiffon rouge pour Pékin –.

Retour en force du culte de la personnalité.

Alors que se construit une très toxique alchimie de la rancœur dont les racines plongent non seulement dans le contraste des régimes politiques, mais également et surtout dans l’histoire des humiliations infligées à la Chine par l’Occident au XIXe siècle, un des symptômes les plus préoccupants des profondes dissonances en cours est la récente publication à Pékin du troisième tome de « La gouvernance de la Chine » par Xi Jinping.

L’épisode – il s’agit du 3e du genre, les deux premiers tomes ayant été publiés en 2014 et 2017 - dont Xinhua rend compte par des hyperboles de propagande, marque sans conteste une régression politique.

Après, la suppression de la limitation de la charge présidentielle à deux mandats, la publication rappelle les heures corsetées et inflexibles du culte maoïste de la personnalité dont Deng Xiaoping s’était pourtant ingénié à débarrasser l’appareil.

Traduit en Anglais, en Arabe, Français, Allemand, Japonais, Portugais, Russe et Espagnol, officiellement mis en vente le 30 juin 2020, le livre sanctifie l’actuel n°1 comme l’héritier direct de Mao.

Avec Mao et Deng Xiaoping, l’actuel secrétaire général qui s’est lui-même placé au centre de toute la politique intérieure chinoise, par qui tout commence et tout finit, est ainsi l’une des trois personnalité ayant eu, depuis 1949, le privilège de figurer nommément dans la Constitution chinoise.

S’il est exact qu’il bénéficie toujours d’une appréciable popularité, grâce à sa féroce campagne contre les corrompus, il n’en reste pas moins que sa sanctification politique refusant jusqu’à envisager un successeur et la féroce censure tous azimuts de l’expression libre et du monde académique qu’il inflige aux intellectuels chinois, figent dangereusement le pouvoir dans le rejet de toute contestation interne, confinant à la nécrose intellectuelle du régime.

Les enquêtes discrètes à Pékin montrent que les ventes des deux premiers tomes à 13 $ le volume ne correspondent pas aux hyperboles de la propagande. « Le livre n’est pas donné » dit un libraire de Xidan qui avoue proposer des rabais de 15% pour 1000 exemplaires achetés. Au Sichuan, une jeune fonctionnaire du planning familial citée par Supchina, ne voit pas pourquoi elle lirait le livre si elle n’y est pas obligée. « Nous sommes très occupés, dit-elle pour s’excuser ».

Avec Aï Weiwei, revenir à L’essentiel

Alors que résonne le fracas entre d’une part une Amérique doutant d’elle-même dont le magistère sur l’Occident et ses valeurs vacille et, d’autre part, une Chine devenue sûre d’elle-même, nationaliste et vindicative, rejetant les principes démocratiques au nom des « caractéristiques chinoises », cultivant la mémoire de son passé d’humiliations, laissons la parole à Ai Weiwei, 63 ans.

Artiste dissident et protéiforme, architecte et sculpteur, l’un des 303 signataires de la Charte 08 [1], il est régulièrement harcelé par le régime.

Après avoir vécu à Berlin à partir de 2015, année à laquelle le Parti lui avait restitué son passeport dont il avait été privé en 2011, il est exilé à Cambridge depuis 2019. Mesurant la primauté de l’autocrate sur l’individu et la puissance de l’inflexible nationalisme historique subjuguant l’aspiration à la liberté qui s’exprime à Hong Kong, il invite l’Ouest à relever le défi.

Iconoclaste et rebelle, Chinois jusqu’au bout des ongles mais forcé à l’exil, profondément attaché à la liberté, il sait de quoi il parle. Le 6 août dernier il répondait à une longue interview du Guardian.

« En dépit de son radicalisme, la nouvelle génération politique à Hong Kong manifeste un élan sincère et respectable. »

« Alors que la guerre froide était idéologique, l’impasse d’aujourd’hui avec la Chine est différente. L’État chinois n’a ni idéologie, ni religion, ni agenda moral. Il continue de porter des vêtements socialistes, mais seulement comme prétexte pour sauver la face. Il est, en fait, devenu une dictature capitaliste d’État. ».

« Les tensions actuelles sont donc un choc entre deux systèmes capitalistes, celui du libre marché américain et celui de l’État chinois. Contrairement aux illusions de Washington des années 90, ni la force de l’ouverture économique, ni les élites chinoises formées aux États-Unis et revenues en Chine, n’ont réussi à modifier le système politique. »

« Plus encore, le régime qui exerce un contrôle inflexible sur la société, dont la capacité de résilience est plus forte que celle de l’Occident, n’a aucune intention d’évoluer et il est utopique de croire que les sanctions américaines auront un effet.(…). » (…) « Il est temps d’abandonner les vieux schémas de la guerre froide. »

En d’autres termes, pour Aï Weiwei, le compromis initié par Kissinger en 1972 n’est plus de mise. « S’il veut conserver la primauté, l’Occident doit régénérer sa pensée humaniste. »

Note(s) :

[1L’appel des 300 intellectuels, professeurs de droit, paysans, hommes d’affaires, et même membres du gouvernement, baptisé « Charte 08 », publiée le 10 décembre 2008, jour anniversaire de la déclaration des droits de l’homme, est l’une des manifestations les plus médiatisées en Occident de la remise en cause du régime par des ressortissants chinois.

Le texte, fortement influencé par les idées occidentales, présentait 19 propositions, allant de la rédaction d’une nouvelle constitution à la très sensible et improbable mise sur pied d’un État fédéral respectant les droits des minorités, en passant par le contrôle indépendant des agents de l’État, la garantie du droit des individus, la généralisation d’élections libres et la correction du déséquilibre villes - campagnes.


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