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›› Société

Fin de la politique de l’enfant unique

Depuis 2012 la politique de l’enfant unique était en question, critiquée par les sociologues chinois pour sa brutalité et ses effets socio-démographiques à long terme. Appliquée avec moins de rigueur par la bureaucratie depuis 2014, elle a été arrêtée le 1er janvier 2016. Sa suppression définitive est entérinée par la disparition de la Commission Nationale pour la santé et le planning familial.


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En mars dernier, le Conseil d’État a mis fin à l’ancienne Commission Nationale pour la santé et le planning familial 国家卫生和计划生育委员会 qui était en charge de la « politique de l’enfant unique » dont on se souvient qu’elle était appliquée avec férocité par les administrations locales, tant étaient ancrés dans les esprits les risques de la surpopulation. Lire : Les égarements du « 计划生 育 ». Quand le planning familial devient fou

L’ancienne structure de contrôle des naissances a été remplacée par la Commission Nationale pour la santé qui compte désormais un bureau de la « gestion de la démographie » et du « développement familial », 人口监测与家庭发展司. La rectification sémantique qui, après plusieurs années d’hésitations marquées par la pression d’intellectuels exhortant à la refonte du « planning familial », signale l’abandon officiel de la « politique de l’enfant unique ».

Le sujet qui a dominé la vie familiale en Chine depuis trois décennies n’est pas clos. Le pays devra vivre encore longtemps avec les conséquences sociales et démographiques de « l’enfant unique », tandis que la volte-face produisant des excès bureaucratiques inverses - la coercition contre les naissances ayant dans les méthodes de certains bureaucrates zélés déjà été remplacée par la pression sociale contraire de l’obligation d’enfanter – renvoie, une fois de plus, aux réflexes normatifs de la bureaucratie chinoise.

Dans le sillage rémanent de l’enfant unique.

Selon les projections de l’université de Pékin, en 2030 la population active tombera à 56,9% et la proportion des plus de 60 ans, actuel âge de la retraite, qui était de 16,1% en 2016, sera de 25,2%.


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Récemment Mei Fong, 46 ans, journaliste sino-malaisienne, née à Kuala Lumpur, naturalisée américaine, prix Pulitzer en 2007 pour ses enquêtes sur les migrants intérieurs en Chine, ancienne correspondante du Wall Street Journal à Hong kong et Pékin de 2003 à 2009, signait dans le Guardian, un article explorant le sillage mal connu de ce qu’elle a elle-même baptisé dans une étude précédente « Une expérience radicale de contrôle social ».

Mei répétait ce qu’écrivait 10 ans plus tôt le professeur Wang Feng de Fudan Daxue qui, en 2005, considérait déjà que « la politique de l’enfant unique » était « la plus vaste et plus extrême expérience de contrôle des populations jamais tentée par un État, dans le domaine de la reproduction des humains ».

Une des plus durables conséquences de la restriction des naissances affecte aujourd’hui le paysage social et démographique. Les « petits empereurs » enfants gâtés uniques de la politique de l’enfant unique, doivent aujourd’hui supporter le vieillissement de la population au prix de sacrifices personnels importants. Lire : Urbanisation, mutations sociales et défaillances du lien filial.

Alors que les dérogations étaient accordées aux plus riches moyennant paiement, à certaines catégories ethniques et aux paysans dont le premier enfant était une fille – la contrainte, appliquée à seulement 30% des familles Han incapables de payer la bureaucratie, a laissé des traces sociales qui ne sont pas prêtes de s’effacer.

Les stigmates vont des vieux paysans célibataires laissés pour compte dans la solitude de leurs campagnes désertées par les filles trop peu nombreuses (100 filles pour 107 garçons), au vieillissement accéléré de la société qui, selon les projections, fera qu’en 2050, 25% de la population sera à la retraite, dessinant une quadrature du cercle bien connue en Occident où la natalité s’est effondrée.

En Chine, le dilemme sera encore compliqué par un système des pensions peinant encore plus que chez nous à se réformer, au point que la Deutsche Bank – dont les estimations sont probablement en-dessous de la vérité - estime que le déficit des caisses de retraite pourrait, dans 30 ans, atteindre des sommes astronomiques allant jusqu’à plusieurs trillions de Dollars. Lire : Le trou sans fond des caisses de retraite. Les groupes publics sur la sellette.

Le souci de réagir au vieillissement accéléré conséquence d’un taux de fertilité des femmes tombé à 1,6, très en-dessous des 2,1 nécessaires au remplacement, se lit dans la nouvelle organisation de la Commission nationale de la santé qui, à côté du nouveau bureau chargé de la médecine du travail 职业 健康 司, compte désormais un département spécialement dédié à la santé des séniors 老龄健康司.

Volte-face de la contrainte bureaucratique.

Slogan dans les campagnes du temps de la politique de l’enfant unique pour inciter les paysans à accepter la naissance d’une fille 生男 生 女, 都 一样 女 儿 也 是 传 后 人. Avoir un garçon ou une fille c’est la même chose. Les filles assurent aussi la descendance. La remarque renvoie à la faiblesse traditionnelle du statut des femmes qui ne figurent pas sur les archives des clans et des familles. Aujourd’hui les slogans sont natalistes.


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Sur la méthode de cette bascule, on constate que le zèle des bureaucrates, toujours animés par le réflexe de mise aux normes aux ordres de la hiérarchie verticale de l’appareil, s’exerce aujourd’hui à l’opposé de la contrainte de l’enfant unique pour, à 180°, se manifester au profit de la nouvelle politique de natalité, toujours par un premier tropisme privilégiant la coercition.

Au temps de l’application rigoureuse de la règle, ceux qui l’enfreignaient étaient sanctionnés par des amendes, des baisses de salaires, des licenciements et ne pouvaient prétendre à aucune aide publique.

Les mêmes réflexes répressifs apparaissent aujourd’hui en sens inverse. En juin, dans le Jiangxi, les bureaucrates ont déjà mis un embargo sur le droit à l’avortement et supprimé la « prime au mariage retardé » attribuée à ceux qui fondaient une famille après 25 ans. Récemment, des universitaires ont proposé l’instauration d’une taxe à la natalité imposée à tous dont les familles seraient exonérées à la naissance du 2e enfant.

Les slogans, moteurs de l’action politique dont l’historique est comme une radiographie des effervescences sociales et idéologiques, changent. Il y a quelques années on lisait dans les campagnes « Avortez - 流产 -, prenez la pilule - 服用避孕药- mais n’accouchez pas – 不生育 - ». Aujourd’hui le slogan est : « tombez enceinte – 怀孕了-, accouchez 生, et élevez vos enfants, 养 孩子, mais n’avortez pas 不流产- ».


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