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Ils se méfient l’un de l’autre, ne sont d’accord sur rien. Mais il se parlent

Le 9 novembre Yang Jiechi et Mike Pompeo, les deux ministres des AE lors de la conférence de presse au Département d’État. La poignée de main est cordiale, les systèmes politiques affirment la nécessité du dialogue, mais les positions restent très éloignées d’un accord sur Taïwan, sur la mer de Chine du sud ou sur les différends commerciaux.


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Au cœur de la plus sévère guerre des taxes jamais déclenchée par Washington contre Pékin et s’est dilatée en une rivalité stratégique globale, Washington et Pékin continuent à se parler.

En fond de tableau, le Conseil des Affaires d’État s’efforce d’enrayer la chute de la monnaie, alors qu’une fois de plus le FMI sonnait l’alarme des dettes chinoises ayant atteint 32 000 Mds de $ (soit 3 fois le PNB) - mais dont il faut préciser que, contrairement aux emprunts américains, elles sont en majorité internes déconnectées des taux du marché [1] -.

Le 9 novembre dernier a eu lieu à Washington au Département d’État une rencontre à 4 – défense diplomatie –, au plus haut niveau possible. La partie chinoise était représentée par Yang Jiechi, membre du Bureau Politique, ancien ministre des Affaires étrangères et ancien ambassadeur à Washington, premier diplomate chinois ayant préséance sur le ministre Wang Yi, assisté du général Wei Fenghe, ministre de la défense, membre de la Commission Militaire Centrale, ancien commandant de l’artillerie missiles de l’APL.

Côté américain, Mike Pompeo, ancien Directeur de la CIA (janvier 2017 - avril 2018), ancien officier formé à West Point et diplômé de droit de Harvard aujourd’hui ministre des Affaires étrangères était assisté du Général James Mattis, ministre de la défense, ancien du corps des « Marines », vétéran de la guerre en Irak et ancien commandant du « Central Command », d’où se dirigent toutes les opérations de l’armée des États-Unis.

La rencontre était un rattrapage après l’annulation par Pékin de la session du dialogue stratégique du mois dernier au milieu de l’avalanche des accusations de Mike Pence le 4 octobre et des tensions nées d’une nouvelle vente d’armes à Taïwan par Washington.

A quoi s’étaient ajouté l’incident en mer de Chine du sud, le 30 septembre, entre les destroyers Lanzhou et USS Ducator approchés à moins de 50 m l’un de l’autre, dans les parages l’îlot Gaven artificiellement élargi par la Chine. Lire : 1er octobre, une fête nationale sous forte tension stratégique.

Séance de rattrapage, le dialogue de Washington était aussi un exercice de préparation à une possible rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping lors du prochain G.20 en Argentine, les 30 novembre et 1er décembre prochains à Buenos Aires.

A Pékin, on temporise.

En amont d’une possible rencontre avec D. Trump à Buenos Aires, Xi Jinping a reçu Kissinger. En pleine guerre commerciale et semblant oublier les récentes tensions nées des sanctions infligées par Washington au département de l’équipement de l’Armée Populaire de Libération et à son Directeur Li Shangfu pour avoir acheté des équipements militaires à la Russie, il a fait passer un message d’apaisement à D. Trump. En même temps, il a suggéré que Pékin et Washington clarifient leurs intentions stratégiques. La rencontre venait une semaine après un échange téléphonique entre Xi et D. Trump.


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Malgré les sévères divergences stratégiques et les lourdes méfiances réciproques aggravées à Pékin par l’absence de perspectives de dénouement des tensions commerciales à l’origine d’une baisse du Yuan de plus de 11% depuis janvier 2018 accompagnée par des tensions sur le compte de capital confronté aux risques d’une nouvelle fuite des capitaux, à quoi s’ajoute l’inquiétante chute de 26,6% en 9 mois de la bourse de Shanghai, la séquence qui n’a réglé aucun contentieux, exprime cependant la volonté de Pékin dont rien ne dit qu’elle soit partagée à Washington, de renouer le dialogue.

S’il est vrai qu’aux États-Unis comme en Chine, la classe politique mesure les risques d’un engrenage dangereux, il n’est pas certain que D. Trump soit arrivé au bout de sa logique de pressions contre la Chine.

En revanche, et au-delà des postures inflexibles exprimées par Yang Jiechi lors de la conférence de presse commune à l’issue de la réunion du 9 novembre, la direction politique chinoise qui commence à ressentir les effets néfastes de la guerre commerciale, donne des signaux plus accommodants.

Le 8 novembre, à Henri Kissinger, en visite à Pékin, Xi Jinping a adressé un message de conciliation à D. Trump, où il réaffirmait que « la Chine était déterminée à travailler avec les États-Unis pour une coopération sans conflits dans le respect mutuel profitable aux deux parties ».

Le 10 novembre, le Global Times publiait un article tout entier dominé par l’esprit de conciliation relevant qu’en dépit des positions tranchées exprimées lors de la conférence de presse du 9 novembre, le dialogue « 2 + 2 » avait « soulevé l’espoir que les différends qu’ils soient géopolitiques ou commerciaux pourraient se résoudre par la négociation, dans la loyauté et la bonne foi ».

Il reste que, s’il est vrai qu’un désir de compromis existe, et que, dit l’article, Pékin a pris la mesure des critiques « d’arrogance » qu’on lui adresse, Yang soulignant en particulier que la Chine n’avait pas l’intention de « prendre la place des États-Unis », aucun des différends n’est réglé, tandis que l’appréciation de la « bonne foi » dont parle le régime pourrait bien s’inscrire dans des périmètres aux contours radicalement différends à Pékin et Washington, qu’il s’agisse des questions stratégiques de la mer de Chine du sud et de Taïwan ou du respect par Pékin des lois du marché.

Dialogue de sourds.

Depuis plusieurs années l’US Navy, niant la souveraineté chinoise sur la mer de Chine du sud et autour des îlots élargis, effectue des « passages innocents » dans des eaux revendiquées par Pékin qui accuse Washington de provocation militaire, continuant à affirmer que la mer de Chine du sud fait partie de ses « intérêts vitaux ». L’autre point chaud de la région est Taïwan où la Chine menace d’intervenir militairement contre toute tentative de sécession de l’Île.


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A la conférence de presse conjointe en tous cas, et en dépit des bonnes intentions affichées, les différends, les méfiances et la vision différente du concept de « bonne foi » étaient toujours là, insistantes mèches allumées dont chacun craint la déflagration. Mer de Chine, Taïwan et différends commerciaux sont au cœur d’une situation où, depuis qu’elle monte en puissance, la Chine affirme ses prétentions avec une vigueur de plus en plus agressive.

Tandis que les militaires Wei Fenghe et James Mattis mettaient en garde contre les conséquences catastrophiques d’un affrontement armé, Mike Pompeo et Yang Jiechi, répondant aux journalistes, ont, par leurs réponses, exprimé à quel point leurs positions étaient encore éloignées.

S’accusant mutuellement de « militariser la mer de Chine du sud » - Pékin par ses installations de missiles sur les ilots, Washington par ses patrouilles de navires de combat contestant les revendications chinoises -, les deux ministres des Affaires étrangères ont aussi abordé l’accord iranien auquel Washington a tourné le dos, signé contre les intérêts de l’Amérique, dit M Pompeo ;

Pompeo a dénoncé l’enfermement au Xinjiang de centaines de milliers de Ouïghour musulmans à des fin des rééducation – une affaire interne qui ne regarde pas Washington dit Yang Jiechi –, l’élargissement artificiel des îlots en mer de Chine du sud – "partie des intérêts vitaux de Pékin" dit encore Yang Jieche à qui le Secrétaire d’État a répondu que les missions de la marine américaine dans les parages des ilots continueront pour nier la souveraineté chinoise.

Quand le dialogue aborda la question de Taïwan, Wei Fenghe qui jusque là s’était montré prudent, mettant en garde contre les effets catastrophes d’un conflit direct, reprit une posture guerrière pour affirmer que la réunification serait menée à terme « quel qu’en soit le prix. »

Notes :

[1L’exposition de la Chine au marché mondial des capitaux augmente cependant depuis la connexion entre les bourses de Shanghai et Hongkong et accélère la vente des actifs chinois à l’origine de la baisse. Cette tendance renverse celle qui prévalait depuis l’origine de la connexion en 2014, marquée par un afflux de capitaux extérieurs vers la Chine. Lire La Chine rehausse son rôle dans les finances mondiales.

Les dernières statistiques de l’Administration en charge des actifs de l’État - sigle anglais SAFE – montrent qu’à la fin juin 2018, l’exposition de la Chine aux marchés était de 5300 Mds de $, dont 20% étaient des investissements boursiers et obligations publiques dont les tenants pourraient être tentés de se débarrasser en cas de crise. Les chiffres sont à mettre en perspective avec ceux des États-Unis dont 45% de la dette (à la différence des chiffres chinois les données américaines ne concernent que la dette de publique) - 9700 Mds de $ - est détenue par des investisseurs étrangers, dont 2240 Mds de $ sous forme de bonds du trésor, par la Chine (1180 Mds de $) et le Japon (1106 Mds de $).


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