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Inquiétudes au CNRS

Publié en 2015, le projet prévoit de consacrer des Milliards de $ dans 10 secteurs stratégiques allant de la biopharmacie à l’espace et l’aéronautique en passant par les nouvelles technologies des télécoms, les transports maritimes et terrestres, le nucléaire et l’IA. Le but est que 70% des équipements de ces secteurs soient fabriqués en Chine d’ici 2025. Aujourd’hui, au cœur de la querelle commerciale avec les États-Unis, le projet est accompagné par des objectifs de conquête de marché fixés aux entreprises chinoises et une loi de 2017 enjoignant aux Chinois (individuels et sociétés) de collaborer avec les services de renseignement de Pékin.


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Les craintes inspirées par l’offensive tous azimuts chinoise commencent à saisir la communauté scientifique française. Le dernier éditorial de la revue de presse du CNRS en Chine est clairement une alerte, face à ce qui est perçu comme une mise ordre de bataille de la machine économique, des centres de recherche chinois et de l’armée pour capter les technologies.

Au cœur des inquiétudes il y a d’abord les intentions clairement affichées du programme China 2025. Avant toute chose un projet de rattrapage technologique, l’offensive a pour but, dit l’éditorial, de « rester en tête des manufacturiers de la planète grâce à la montée en gamme industrielle articulée à l’information et à la robotisation ».

C’est bien cette ambition qui dessine l’arrière-plan d’une stratégie d’investissements ou de tentatives d’investissements dans des secteurs stratégiques sensibles qui, depuis quelques années, éveillent la méfiance de la communauté industrielle mondiale.

La vigilance est aussi alertée par le sentiment que, pour atteindre les parts de marché fixées aux entreprises, « l’État chinois actionnera tous les leviers pour y parvenir ». Y compris ceux, qui s’affranchissant des règles du commerce international, imposent des « pratiques discriminatoires » aux entreprises refusant de transférer leurs technologies.

La troisième cause des alarmes est double. A côté du souci généré par le nouveau rôle dévolu à l’APL, elle renvoie d’abord à la capacité bien connue de l’appareil à mobiliser tous les moyens nécessaires pour atteindre ses buts comme l’indique une loi de 2017 « obligeant tout chinois (individu ou agent économique) à collaborer avec les services de renseignement de Pékin. »

L’APL ouvertement en première ligne.

Chercheurs militaires chinois. La photo est tirée du site militaire 猛虎军事网 mengho.cn 系中国著名老牌军事网站 (Tigre féroce) illustrant un article fustigeant l’attitude du Congrès et de l’exécutif à Washington qualifiée de « paranoïaque et insensée » interdisant à la NASA de coopérer avec la Chine en matière spatiale.


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La défiance se nourrit aussi du nouveau schéma d’intégration civilo-militaire conférant bien plus ouvertement qu’auparavant une place éminente aux chercheurs de l’APL dans les grands projets du moment que sont « les nouvelles routes de la soie », le plan quinquennal 2016 – 2020, China 2025, le développement de l’Intelligence artificielle, le développement du parc des centrales nucléaires et l’aventure spatiale dont tous les leviers sont déjà aux mains de l’armée.

Actionnée de manière verticale et puissamment concentrée dans les mains du Président lui-même, la stratégie de la prévalence militaire tournant radicalement le dos aux anciens errements de discrétion, permet désormais d’affecter directement des chercheurs de l’APL dans les pays où « la Chine réalise environ 75% de ses co-publications internationales, à savoir les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada et l’Australie. D’autres pays sont concernés comme la France, l’Allemagne et les Pays- Bas. Le Japon et Singapour font également partie des terrains scientifiques des chercheurs de l’APL. »

Autrement dit, après le « coming-out » stratégique et culturel des « caractéristiques chinoises » et des nouvelles routes de la soie, en voilà un autre qui fait exploser le vieux paravent de la COSTIND où le slogan était inverse de celui d’aujourd’hui. « 军 变 民 - Jun Bian Min » était le maître-mot il y a 20 ans : « Les militaires deviennent civils. » Nous voilà dans une trajectoire opposée où le haut du pavé est ostensiblement tenu par l’APL.

Tout aussi dénué de complexes et tout aussi déclamatoire, le dernier « coming-out » en date est un tête-à-queue radical tournant crânement le dos aux conseils de prudence stratégique de Deng Xiaoping.

Le CNRS voit un avantage dans ce nouvel affichage. Au moins nous savons à quoi nous en tenir, dit-il en substance « Ce qui permet surtout d’en évaluer leur impact sur le reste du monde, dans un grand nombre de domaines. Et de déclencher des parades. »

Contre-offensive.

La première ministre neo-zélandaise Jacinda Ardern et Li Keqiang au somment de l’ASEAN à Singapour en novembre dernier. Depuis les relations se sont fortement dégradées. Pékin reproche à Auckland de s’être aligné sur la position américaine ostracisant Huawei du marché de la 5G. En représailles, la semaine du tourisme néo-zélandais en Chine a été annulée à peine une semaine avant la date prévue. Pour couronner le tout, le 10 février, un vol d’Air New Zealand vers Shanghai a été contraint de faire demi-tour au prétexte que les documents de la compagnie ne se conformaient pas aux exigences de Pékin concernant la désignation de Taïwan.


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Des ripostes sont en effet déjà à l’œuvre dans un contexte d’autant plus sensible qu’il est surplombé par l’affaire Huawei, aujourd’hui presqu’universellement soupçonné d’espionnage technologique.

L’éditorial du CNRS cite un article d’Alex Joske membre du Australian Strategic Policy Centre datant d’octobre 2018 énumérant « l’ensemble des menaces et des risques que pose une telle présence dans la recherche civile des pays occidentaux. Sans surprise, il n’y voit guère de bénéfice pour les structures d’accueil, malgré le fait que les candidats disposent de leurs propres sources de financement. »

Il évoque même le cas « de chercheurs de l’APL, qui, pour se faire admettre, se seraient livrés à des tromperies sur leur appartenance institutionnelle en mettant en avant des établissements qui n’existent pas. » Dans l’actuelle nuée de contrefeux allumés en Occident face aux intrusions chinoises, l’affichage militaire de la recherche ne pourra qu’attiser encore plus les méfiances anti-chinoises.

En abandonnant l’ambiguïté et les approches obliques qui faisaient sa force, en remplaçant par la propagande calibrée et univoque, la communication de recherche pondérée et équilibrée comme l’était par exemple celle de l’Académie des Sciences Sociales aujourd’hui mise sous le boisseau, Pékin hisse très haut le pavillon du nationaliste chinois, met l’APL en première ligne et, partant, allume les contrefeux sur sa route.


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