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L’énergie globale, selon China State Grid

Prise le 30 juin 2016, la photo satellite présente plusieurs informations cumulées de l’état d’éclairage, de pollution, de densité démographique du monde et de la visibilité naturelle du ciel et de la voie lactée. Des régions les plus éclairées peuplées et polluées (jaune et rouge), la voie lactée est à peine visible (jaune, régions fortement éclairées et très peuplées) ou pas du tout (rouge, zones sur éclairées, polluées et surpeuplées). Des régions non éclairées et sous-peuplées (noir), le ciel est pur. Des régions moins éclairées mais peuplées et polluées (vert ou bleu), la visibilité de la voie lactée se dégrade vers le zénith (vert) ou vers l’horizon (bleu).


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S’il fallait un exemple concret illustrant la pensée chinoise diffusant à partir d’un centre politique une vision globale et normative du monde, articulée à des intention morales édifiantes, on citera le discours du 8 septembre 2016 de Liu Zhenyua (刘 振 亚), 66 ans, membre suppléant du Comité Central et, à l’époque, président de China State Grid Corporation CSGC– 中国国家电网 –.

A la tête du plus grand gestionnaire de réseau et de distribution d’électricité de la planète, Liu enveloppait la présentation des projets globaux de son groupe dans une vision humaniste de portée planétaire où la puissance d’interconnexion énergétique chinoise capable de distribuer l’électricité globale à partir de centres de production propres, excentrés, comme les barrages amazoniens, les champs d’éoliennes en mer ou les vastes fermes de panneaux solaires dans l’arctique, jouerait un rôle pilote.

Dessinant l’image d’un monde idéal et apaisé où la Chine apporterait une contribution essentielle à la lutte contre la pauvreté et le réchauffement climatique, Liu avait notamment évoqué « Un monde qui deviendrait pour toute l’humanité un village planétaire civilisé et harmonieux (文明 和 和谐 的 地球村), une communauté liée à la nature par un destin commun (自然界共同的命运) sous un ciel d’azur 蓝天下. »

On notera que Liu utilisait pour désigner le monde la vieille expression « 天下, Tianxia, sous le ciel » exprimant la centralité politique chinoise au milieu des terres civilisées connues.

L’hyperbole humaniste de portée planétaire fait sourire les cyniques. Mais l’examen des stratégies du groupe chinois devrait inciter à plus de circonspection.

Les succès de « Sate Grid » en Chine.

En Chine, State Grid a construit plus de 30 000 km de lignes UHT qui furent à la base de son succès, réduisant les pertes en ligne et commençant à connecter les foyers de production électrique éloignés et les grands centres urbains voraces en énergie.


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Issu en 2002 de la réforme séparant les activités de production électrique de la distribution, le groupe qui compte près d’1 million d’employés, est le 3e mondial en taille après l’Américain Walmart et le Chinois CNPC, mais, selon magazine Fortune, le premier en termes de revenus avec 329 Mds de $ et 9,5 Mds de bénéfices (2016). En chiffre d’affaires, il est dans les 10 premiers mondiaux.

En Chine, il assure avec son petit concurrent de la China Southern Power Grid (中国 南方 电网), la distribution électrique dans les 26 provinces chinoises sur près de 90% du territoire. L’enjeu est d’importance dans un contexte où, même si la facture d’électricité par habitant n’est aujourd’hui que le tiers de celle des pays développés, le besoin en énergie de la Chine, première consommatrice de la planète, aura doublé en 20 ans, attisée par l’urbanisation et les politiques de lutte contre la pollution.

Le groupe doit son succès à la mise en place progressive des lignes à très haute tension, allant de 800 000 à 1 million de volts sur une vingtaine de lignes quadrillant le pays par un réseau de plus de 37 000 km dont les 7 dernières ont été connectées entre 2016 et 2018. La plus spectaculaire venant d’être achevée est longue de 3200 km et relie Wannan dans l’Anhui, 320 km au nord-ouest de Shanghai aux deux centrales thermiques de Zhundong au Xinjiang (1320 Mégawatts), à l’est d’Urumqi.

Un moment controversées parce qu’elles contrevenaient aux limites écologiques des normes de puissance des centrales à charbon – en septembre 2017, elles figuraient encore sur une liste des centrales arrêtées par Pékin -, elles alimentent aujourd’hui la plaine centrale à l’autre bout de la Chine.

La réduction des pertes en ligne et des gaspillages – estimées à 1000 Mds de Yuan (134 Mds d’€) entre 2002 et 2005 - grâce à la très haute tension a encore été améliorée à partir de 2011 par la généralisation du système de pilotage intelligent du réseau (smart grid) et des « compteurs communicants » programmables à distance dont le nombre est passé de 30 à 300 millions entre 2011 et 2015.

Une vaste stratégie globale.

La carte montre les lignes UHT en cours de construction au Brésil par State Grid transportant vers la côte, à 2100 km au sud, le courant du barrage de Belo Monte dont une seule turbine sur les 18 prévues fonctionne pour l’instant. Le projet ne va pas sans contestation des ONG de l’environnement que State Grid qui gère 10 000 km de lignes dans le pays, laisse à ses partenaires locaux le soin de traiter.


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Le développement international du groupe s’est accéléré à partir de 2010, avec l’investissement de 11 Mds de $ dans l’État malaisien de Sarawak pour la construction de plusieurs barrages critiqués par les ONG protectrices de l’environnement et les défenseurs du mode de vie traditionnel des communautés déplacées par les travaux.

La même année, China State est, grâce à un investissement d’un milliard de $ dans 7 sociétés au Brésil, devenu le principal gestionnaire de réseau du sud-ouest du pays et des régions de Rio de Janeiro et de Sao Paulo.

En 2012, CSGC a, pour 387 millions d’€, acheté 25% des parts des réseaux électriques et de distribution de gaz portugais gérés par Redes Energeticas Nacionais au Portugal. L’année suivante voilà le groupe en Australie où il fait l’acquisition de 19,9% de SP AusNet et de 60% de Jemena, principaux distributeurs d’électricité de l’État de Victoria. En 2014, nous sommes en Italie où, pour 2,4 Mds d’€, CSGC achète 35% de CDP RETI, gestionnaire des parts minoritaires de SNAM (distribution de gaz) et TERNA (réseau électrique haute tension).

La même année, retour au Brésil, pour construire avec Electrobras une ligne ultra haute tension de plus de 2000 km entre les barrages de l’Amazone et le sud-ouest du pays. En 2015, toujours au Brésil, le State Grid remporte l’appel d’offres pour la construction, estimée à 1,9 Mds de $, de 2500 km de ligne UTH entre le barrage de Bello Monte et Rio de Janeiro. Deux ans plus tard, la CSGC qui contrôle déjà 10 000 km de ligne au Brésil, se paye pour 5 Mds de $, 54,64% du capital de CPFL Energia (production et distribution).

En 2017, après le détour brésilien et argentin, 5 années après avoir ciblé le Portugal, et 3 années après l’Italie, 中国国家电网 est de retour en Europe et met 320 millions d’€ sur la table pour acheter 24% des parts de l’opérateur du réseau électrique grec ADMIE.


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