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L’Europe marginalisée. La relation sino-américaine au cœur de la géopolitique globale. Analyse détaillée des intentions chinoises

Des images de D.Trump, V.Poutine et du Chinois Xi Jinping étaient proposées à la vente dans une boutique de souvenirs à Saint-Pétersbourg, en Russie, le jeudi 24 septembre 2026. Sans surprise, Il n’y avait aucun dirigeant européen.(Photo AP/Dmitri Lovetsk).


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Depuis la trahison de D.Trump ayant violemment ostracisé Volodymyr Zelinski désormais indésirable à Washington, les Européens donnent des signes évidents de division à propos de leurs relations avec Moscou.

Le 27 0ctobre 2026, alors que leurs voisins danois et suédois étaient sceptiques, que les Baltes pointe avancée de l’OTAN face à la Russie, sont opposés au dialogue, que l’Allemagne et la Pologne estiment que les exigences de Vladimir Poutine sont restées maximalistes, le Finlandais Alexander Stubb et le Norvégien Jonas Gahr Støre, dont les pays partagent des frontières communes avec la Russie (plus de 1300 km pour la Finlande et 200 km dans l’Arctique européen face à Mourmansk pour la Norvège) ont eu une conversation téléphonique d’une heure-et-demie avec Vladimir Poutine.

Selon la presse, les objectifs étaient d’exhorter Vladimir Poutine à mettre fin à la guerre en Ukraine ; d’aborder la sécurité européenne dans les régions nordiques et de préparer les négociations de paix à Abou Dhabi prévues du 6 au 10 novembre, entre Moscou et Washington avec l’Ukraine, mais sans l’Europe ;

Le 28 octobre, Iouri Ouchakov, conseiller diplomatique de Vladimir Poutine, déclarait explicitement que les Européens ne seraient pas conviés à Abou Dhabi.

Le 30 octobre, au G.20 à Atlanta, sous l’œil du représentant chinois Ma Zhaoxu resté imperturbable, alors que se dessinent sans elle des pourparlers sur la guerre à ses portes qui engageront sa sécurité, l’Europe a, par la voix de Kaja Kallas la Haute représentante de l’UE, violemment attaqué Serguei Lavrov. Contrastant avec l’initiative d’apaisement finlandais et norvégien du 27 octobre, elle l’accusait de mentir et de diffuser de fausses informations sur l’Ukraine.

Tel est le contexte peu favorable à l’UE dans lequel baigne à Pékin la préparation de la prochaine réunion de l’APEC à Shenzhen du 17 au 19 novembre.

Plus encore, alors que se dessine la possibilité d’une rencontre à trois le 18 novembre entre D.Trump, Vladimir Poutine et Xi Jinping, sans aucune participation des Européens, alors qu’objectivement la participation de la France et du Royaume Uni au forum sous l’angle géopolitique pourrait se discuter, une crainte a surgi en Europe.

Sa marginalisation géopolitique en espace sans cohésion et sans puissance est aujourd’hui telle que, comme ce fut le cas à Yalta en février 1945 où, à l’orée de la guerre froide, le sort de l’Allemagne vaincue et le destin du Vieux Continent furent réglés sans eux, cette fois encore leur déficit de puissance, relèguerait l’Europe et les Européens à un rôle subalterne.

Autrement dit après la volte-face de D. Trump, la série de réunions aujourd’hui en cours d’où l’Europe est exclue ou au sein desquelles elle n’occupe qu’un siège annexe par rapport a Washington, Pékin et Moscou, augure-t-elle d’une situation où, comme en 1945, elle ne serait qu’un objet de négociation entre grandes puissance plutôt qu’un acteur de sa propre sécurité.

Pour l’instant du moins les jeux ne sont pas faits. Si on considère le récent raidissement commercial européen face à la Chine, encore insuffisant mais bien réel, https://www.questionchine.net/tensions-chine-europe-tournant-le-dos-aux-illusions-bruxelles-cherche-toujours-sa , l’espoir existe encore d’une meilleure cohésion européenne.

Dans cette évolution, le jeu de Pékin ayant tourné le dos à l’Occident mérite d’être analysé en détail.

Alors que les États-Unis et la Chine, rivaux systémiques recherchent des accommodements d’apaisement, tandis que Pékin spectaculairement rapproché de Moscou à la faveur de la guerre en Ukraine, s’applique tout de même à stabiliser ses relations avec Washington, veillant aussi à protéger ses débouchés commerciaux en Europe, l’éditeur sino-américain de « China Leadership Monitor », Minxin Pei, 裴敏欣 s’est livré à un intéressant travail de décryptage des relations sino-américaines en interrogeant quatre sinologues experts de la politique étrangère chinoise.

Dans l’ensemble, la grande stratégie chinoise en cours d’élaboration qui vise à faire basculer le rapport de force global en faveur de Pékin, combine plusieurs leviers.

1) Réduire ses vulnérabilités ; 2) Mobiliser des ressources humaines et technologiques nationales ; 3) Développer des partenariats extérieurs stables et solides ; 4) Préserver des liens économiques internationaux aussi variés que possible ; et 5) Maintenir une orientation stratégique cohérente opposée à l’Occident.

Intentions anti-occidentales. Réactivité et prudence, longueur de temps et opportunisme. Le danger du resserrement sino-russe.

Vladimir Poutine décore un soldat chinois après un exercice des forces terrestres russes et chinoises organisées dans l’Extrême Orient russe depuis 2018 dont le nom de code est Vostok (Orient). Depuis la guerre en Ukraine, la coopération militaire sino-russe s’est renforcée de manière significative.


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Pour Ryan Hass analyste américain spécialisé en politique étrangère, Directeur du « John L. Thornton China Center » au sein de la Brookings Institution et titulaire de la la chaire consacrée aux études sur Taïwan, les dirigeants chinois nourrissent depuis longtemps l’ambition de restructurer l’ordre politique international selon un mode anti-occidental.

Compte tenu de l’ébranlement des anciens repères de 1945, ils estiment qu’au cours de la décennie ils pourraient avoir enfin l’occasion de concrétiser cette vision.

Selon eux le nouvel ordre, tel qu’ils le conçoivent, refléterait mieux le nouvel équilibre mondial des puissances, redistribuerait de manière plus équitable le pouvoir global — actuellement concentré au sein des démocraties libérales, et protègerait mieux la Chine des intrusions étrangères ses affaires intérieures.

Dans ce contexte la Chine, qui perçoit les États-Unis comme une grande puissance en déclin mais néanmoins dangereuse, a adopté une stratégie empreinte de prudence et de patience. Plutôt que d’affronter les États-Unis dans une lutte pour le leadership, Chine se contente d’accumuler patiemment puissance et influence, jusqu’à ce qu’elle soit largement reconnue comme le chef de file d’un nouvel ordre politique.

Pour Haas une telle issue est envisageable, sans pour autant être inéluctable. La question centrale est de savoir si la Chine, au-delà de sa vision ambitieuse, sera disposée à assumer les coûts liés à l’exercice d’un tel leadership.

Pour l’instant, la Chine a pris plusieurs décisions destinées à renforcer sa puissance autonome. Depuis le déclenchement des guerres commerciale et technologique avec les États-Unis en 2018, elle a notamment pris des mesures politiques majeures pour faire face aux risques liés à l’instrumentalisation par Washington de l’interdépendance économique.

En conséquence, la stratégie économique de Pékin privilégie, depuis 2020, une forme « d’interdépendance maîtrisée » — gage de résilience et levier d’influence —, avec pour objectif primordial l’autonomie technologique.

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Pour Zongyuan (Zoe) Liu (刘宗媛), Docteur en économie de John Hopkins , spécialiste de finance internationale et chercheuse au sein de l’Institut de politiques globales à l’Université Columbia et auteure de l’ouvrage « Sovereign Funds », Pékin oriente l’ensemble de son système financier vers plus d’efficacité tout en se protégeant des interférences parasites.

A cet effet, le gouvernement chinois conjugue une plus grande tolérance à l’égard des risques liés aux investissements technologiques avec un renforcement politique strict des contrôles de son secteur financier.

En 2026, il a notamment mis en place une architecture formelle de financement technologique, articulée autour de missions interministérielles destinée à augmenter l’efficacité opérationnelle de ses investissement publics, sans pour autant augmenter leur autonomie a l’égard du Parti. Le but des contrôles est d’obliger les investisseurs privés et publics à plus de prudence.

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Jonathan A. Czin, titulaire d’un master de relations internationales obtenu à Yale, ancien membre de la CIA, chercheur au sein du China Center, où il coanime le podcast « The Beijing Brief , observe que depuis 2012, Xi Jinping dont il est un expert reconnu, a rapidement fait le choix d’une politique étrangère plus proactive, contraignant ainsi Washington et ses alliés a réagir aux initiatives chinoises par des contre-mesures énergiques.

Mais face à la première guerre commerciale lancée par le président Trump en 2018, Xi s’est retrouvé, chose inhabituelle pris à contrepied, ayant perdu l’initiative
qui avait caractérisé la politique étrangère chinoise durant son premier mandat.

L’hésitation qui donna le sentiment d’une passivité a marqué la politique étrangère chinoise à l’égard de Washington dont le sentiment a persisté jusqu’aux derniers mois de l’administration Biden.

Depuis lors, toutefois, la Chine a adopté une attitude plus proactive, comme en témoigne sa réaction vigoureuse aux contrôles américains sur les exportations. Sous le troisième mandat de Xi, la posture étrangère de la Chine ressemble à celle de son premier mandat.

Après que, face aux contre-mesures chinoises, la seconde administration Trump avait mis fin à sa deuxième guerre commerciale, Xi a fait preuve d’une nouvelle réactivité. Elle a non seulement consisté à passer à l’offensive contre les alliés et les partenaires des États-Unis, mais, en même temps, à chercher à stabiliser ses relations avec Washington.

Au cours de son quatrième mandat, il est probable que la Chine mènera une politique étrangère encore plus proactive et plus affirmée que ce à quoi s’attendent la plupart des observateurs.

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Pour Elizabeth Wishnick, Dr en relations internationales chercheuse à Columbia, experte de la politique étrangère chinoise, des relations sino-russes et de la stratégie chinoise dans l’Arctique, la relation sino-russe est passée d’un partenariat de circonstance à une nécessité stratégique. Mais il est n’est pas tout à fait certain que les efforts chinois et russe pour promouvoir une vision alternative de l’ordre mondial, soient complètement cohérents.

Il est un fait que malgré graves déséquilibres persistants dans les relations économiques bilatérales, depuis 2022, des avancées notables ont été réalisées dans les domaines de la coopération militaire, de l’énergie et des relations régionales.

La guerre à grande échelle en Ukraine a rendu le soutien chinois indispensable à la Russie. Elle a également accru la valeur de la Russie aux yeux de la Chine, notamment en ce qui concerne les enseignements tirés de la guerre par drones.

Dans ce contexte Wishnick estime que l’approfondissement de la coopération militaire entre la Chine et la Russie devrait davantage préoccuper les États-Unis et leurs alliés qu’une éventuelle volonté concertée de Pékin et de Moscou de refaçonner l’ordre international.

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Au milieu d’une marginalisation de l’Europe que Moscou veut écarter d’un règlement de la question ukrainienne, toutes ces analyses confirment le durcissement d’une « rivalité systémique » entre l’Occident et la Chine.

L’intention de découplage stratégique et technologique qui anime Pékin voisine cependant avec le souci d’éviter une escalade des tensions avec Washington et de préserver le plus vaste éventail possible de coopérations internationales, notamment avec l’Europe.

En même temps la période écoulée depuis 2022, début de la guerre déclenchée par Vladimir Poutine contre l’Ukraine, a coïncidé avec le renforcement de la proximité militaire sino-russe, dont Elizabeth Wishnick estime qu’elle devrait être pour Washington un sujet de préoccupation plus immédiat que le risque de bouleversement de l’ordre mondial établi en 1945.


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