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« L’incident des gifles du TGV ». Les « petits empereurs » et les nouvelles audaces de la diplomatie chinoise

Andrew Methven, auteur d’un blog d’apprentissage du Chinois en ligne 每周漫闻, propose chaque semaine une plongée dans la société chinoise. Son dernier envoi qui, comme à l’habitude, se réfère aux réactions enflammées des réseaux sociaux, évoque une échauffourée survenue le 2 mai dernier, à bord d’un TGV de la ligne Chengdu – Meishan.

Le fait que l’affaire initialement anodine ait dégénéré de manière inattendue suggère qu’en Chine comme ailleurs les esprits ont peut-être été échauffés par les inquiétudes d’une pandémie qui s’éternise et la rigueur des confinements dont le premier effet fut de gripper la courtoisie des interactions sociales.

A moins que dans cette région grandie trop vite du centre de la Chine, l’âpreté du caractère paysan reste toujours, malgré l’urbanisation rapide, le fond de tableau des relations humaines.

L’incident a commencé quand une femme, dont le nom de famille est Wang, s’est tournée vers les deux enfants assis derrière elle pour leur demander de cesser de donner des coups de pied dans le dossier de son siège. Puis elle a demandé à leur mère, nommée Yang, de faire en sorte qu’ils se tiennent tranquilles.

C’est à ce moment précis que l’affaire s’est envenimée. Ulcéré qu’on intime à son épouse de surveiller ses enfants, le mari de Madame Yang a d’abord insulté Madame Wang. Puis échauffée par les invectives de son mari, la mère Yang a violemment giflé la plaignante qui a aussitôt riposté par une gifle tout aussi retentissante.

La bagarre a provoqué un tel scandale dans le wagon que peu après, son histoire rapportée en ligne par Madame Wang qui essuya la première gifle, devenait virale sur les réseaux sociaux sous le titre photos à l’appui, « L’incident des gifles du TGV - 高铁掌掴事件 ». Même Wikipédia en Chinois en fait longuement état.

Les Yang qui avaient en vain demandé à Madame Wang d’effacer le message de WeiBo, se plaignirent à la police qui, le soir même convoqua « les deux gifleuses  ». Toutes deux furent jugées coupables du délit « d’agression mutuelle « 互殴 » avec cependant une amende plus lourde de 500 RMB (66 €) infligée à l’auteur de la première gifle quand Wang la plaignante agressée n’écopa que de 200 RMB (25 €).

La presse s’en est mêlée. Interviewée par le « 南方人物周刊 - Sud magazine - » Wang refusant obstinément toute réconciliation avec son assaillante, ne décolère pas. « Je n’accepte pas qu’on pardonne aux agresseurs dès qu’ils se mettent à pleurnicher ou même dès qu’ils s’excusent (…) Cela laisse entendre qu’il suffirait que les agresseurs se lamentent pour échapper aux conséquences de leurs actes. »

L’affaire a créé une effervescence sur les réseaux sociaux sur le thème « Pourquoi serait-elle coupable de riposter à une attaque ? - 被打后为什么不能还手?et cette variante : Pourquoi n’a t-on pas considéré que Madame Wang exerçait son droit à la légitime défense. 为什么不算 王 女士 正当 防卫 ? »

De nombreux juristes ont commenté l’incident. Pour la plupart leur avis était que le verdict de la police n’était pas judicieux. « Blâmer la victime autant que l’agresseur au prétexte qu’elle s’est défendue heurte non seulement Madame Wang, mais aussi les milliers de personnes qui font confiance à la justice.  »

D’autres commentaires s’intéressèrent au comportement des enfants mal éduqués par leurs parents qui les portent aux nues jusqu’à en faire des « petits empereurs » 小 皇帝 ou même « des petits tyrans 小 霸王 ». Le thème de l’éducation d’une génération d’enfants trop gâtés est l’objet de réflexions qui, à l’étage au-dessus, renvoient aux nouvelles stratégies internationales de Pékin.

« Petits empereurs » et « Loups guerriers ».

Certains intellectuels chinois analysent même qu’arrivée dans les parages du pouvoir, la génération des « petits empereurs  » serait le fond de tableau des nouvelles attitudes chinoises de riposte inflexible aux critiques de l’Occident, symbolisées par les diplomates « Loups guerriers ».

En janvier 2022, Yan Xuetong, 阎学通, 71 ans, Docteur en sciences politiques de Berkeley/Californie, bien connu en Occident, s’exprimant dans un colloque des anciens étudiants de Qinghua et de l’Université de Pékin, avait sans ambages abordé ce sujet très sensible des relations internationales de la Chine, influencée par l’éducation des nouvelles générations.

L’idée maîtresse de son adresse était que « la vision dichotomique du monde » des jeunes issue de cette éducation sans contraintes attribuait à la Chine toutes les vertus morales de capacité d’apaisement, de justice et d’innocence internationale, quand en revanche elle classait collectivement « dans le camp du mal », tout l’Occident qui serait animé d’une « haine naturelle contre la Chine  ». Lire : Xi Jinping est-il fragilisé à la tête de l’appareil ?.

En septembre 2019, illustrant cette tendance nouvelle, François Danjou avait, dans une chronique du site, évoqué le nouvel ambassadeur de Chine en France Lu Shaye affecté à Paris en juillet 2019, en provenance du Canada. L’objet de la chronique était un article qu’il avait signé dans le Figaro, publié le 3 septembre 2019.

L’analyse de QC qui n’était pas à charge, soulignait à quel point le monolithisme des médias français pouvait heurter le nationalisme chinois.

Les compte-rendus abordèrent en effet le sujet des émeutes de Hong Kong, sans jamais évoquer le point de vue chinois, ni mettre la situation en perspective par le symbole de souveraineté bafouée inscrite dans l’histoire de la R.A.S qu’aucun responsable chinois fût-il politiquement le plus ouvert ne pouvait ignorer. Lire : Lu Shaye, nouvel Ambassadeur de Chine à Paris fustige les médias français. Regards sur la rigidité du pouvoir chinois.

Il n’en reste pas moins que le 21 avril dernier, dans une interview sur LCI, commentant la guerre en Ukraine, Lu Shaye, beaucoup moins bien inspiré, avait obligé le Waijiaobu à une rapide mise au point, quand, ayant imprudemment mis en question la légitimité et le statut d’États souverains des anciens pays du Pacte de Varsovie, il avait déclenché une vaste controverse européenne et transatlantique.


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