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›› Société

L’obsession de pureté idéologique

Le 22 août dernier, à Pékin l’entrée désormais condamnée d’une salle de spectacle De Yun She 德雲社 de Guo Degang.Photo AP.


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La note qui suit est un suivi des réactions des internautes au harcèlement politique qui, le 7 septembre dernier a frappé Guo Deguang, l’un des humoristes des plus populaires de Chine. https://www.questionchine.net/le-parti-se-crispe-l-heure-n-est-plus-a-l-humour-et-encore-moins-a-la-derision

Aujourd’hui, alors que l’appareil n’a livré aucune information officielle sur sa situation personnelle, ni sur son éventuelle inculpation, Guo Degang a cessé ses représentations. En même temps, l’appareil exerce de fortes pressions sur les organisateurs de son spectacle et sur les salles qui pourraient l’accueillir.

La plupart ont été condamnés à des amendes, tandis qu’un communiqué officiel émanant du bureau de la culture et du tourisme de Wuhan 武汉市文化和旅游局, étrangement cautionné à l’étage supérieur par le service d’application 监督处 de la loi 执法 sur le marché culturel global综合 文化市场de la province du Hubei 湖北省, indiquait également que les personnes impliquées feraient l’objet, sans plus de précision, d’un « traitement sévère 严肃处理 ».

Fin 2025, Guo avait déjà été sermonné par le Bureau de la culture du district de Xicheng à Pékin, pour, dans un Xiangsheng intitulé « grand talent petit courage - 艺高人胆小 » avoir ironisé sur les troupes de théâtre affiliées à l’État qui se gardent de brocarder une institution, un groupe ou un artiste opérant sous l’ombrelle de la puissance publique.

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Répertoriées par le China Digital Times, les réactions en ligne à l’enquête visant Guo Degang ont été cinglantes. De nombreux internautes chinois qui ont fustigé la disproportion de la réaction publique y ont vu le signe avant-coureur d’un rétrécissement de l’espace culturel et un retour aux persécutions subies par les artistes, écrivains, musiciens et, en général, tous les créateurs, durant la Révolution culturelle.

Quelques exemples :

« On vit à quelle époque, au juste ? Ils sont bien trop susceptibles. » ; Il a déformé les paroles ? Et alors ? »

« Dorénavant on n’écoutera que des opéras classiques. Au moins on ne risquera pas de se tromper. »

« Faire de cette affaire une faute politique majeure, c’est pathétique ».

« Difficile de croire qu’une telle chose arrive en 2026…Quand le corps politique est couvert de plaies purulentes, le moindre contact fait mal.  »

« La Révolution culturelle n’a pas pris fin. »

Et cette conclusion du long message d’un internaute, intercepté avant la censure.

« Je ne peux tout simplement pas m’empêcher de penser que si une petite blague anodine faite sur scène par un humoriste peut déclencher une enquête officielle, cela ne signifie-t-il pas que l’espace qui nous est imparti, à nous gens ordinaires — cet espace pour parler, discuter ou plaisanter — continuera à se réduire ? »

Quelle leçon tirer de cet épisode de féroces représailles politiques contre un célèbre amuseur public pour une plaisanterie aussi anodine.

A l’affut du moindre indice de contestation politique.

« Gorbatchev était un Idiot » c’est en tous cas ce que Deng Xiaoping disait, si on en croit Deng Zhifang 邓志方l son fils (source Foreign Policy « Les squelettes dans le cercueil de Deng » 13 septembre 2011.

La photo (AFP : Catherine Henriette) a été prise à la mi-mai 1989, au moment des revendications démocratiques de la place Tian An Men, lors de la visite à Pékin du Secrétaire Général du PCUS et Président du Présidium du Soviet suprême de l’URSS, promu en 1988 avec le mandat de mettre en œuvre la perestroïka. A la chute de l’URSS, Deng a vu en Gorbatchev, le symbole de l’échec d’une réforme mal conduite qui plaçait la réforme politique avant la reforme économique. L’exemple a conforté l’appareil dans l’exigence de se protéger des influences extérieures et de toute contestation politique interne.


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En réalité, noyée dans le flou d’une stigmatisation à large spectre accusant un humoriste de blasphémer à propos d’un vieux chant révolutionnaire exhumé des mythes de la guerre civile, la manœuvre est symptomatique d’un système politique obsédé par la pureté idéologique, appliqué à réduire au maximum le moindre interstice de liberté.

Dans une analyse du 30 août 2026, publiée dans China Leadership Monitor dont il est l’éditeur, Minxin Pei, sino-américain formé à l’Université des Études internationales de la ville de Shanghai et à Harvard, notait en substance que l’intransigeance dogmatique héritée des méthodes de la guerre froide marquées par la répression excessive et les purges de la moindre nuance politique, portait le risque de susciter dans la société chinoise du 21e siècle d’importants effets contre-productifs.

En prenant du recul sur la pensée de Xi Jinping, Minxin Pei attribue la rigidité intransigeante de l’appareil à la crainte qu’à force d’ouverture et de souplesse dogmatique, le Parti Communiste chinois subisse le même sort que l’URSS des années 1989 - 1991.

Alors qu’il est difficile, dit Minxin Pei, de déterminer avec précision ce que l’appareil chinois a retenu de l’échec soviétique, en revanche il est clair que toute sa stratégie vise systématiquement à tenir à distance la plus anodine critique politique.

La détermination s’exprime à l’intérieur où, contrairement à la déstalinisation en Russie, le Parti cultive avec une ferveur mystique le culte de Mao et s’applique à réduire systématiquement les moindres vulnérabilités en veillant notamment à l’hégémonie politique sans partage du Bureau Politique, d’où est écartée la moindre nuance. (1)

A l’extérieur, au milieu d’une claire stratégie anti occidentale, recrutant au passage la vaste nébuleuse du « Sud Global  » hostile à l’Occident, le Parti construit de solides partenariats avec Moscou, Téhéran et Pyongyang, piliers internationaux antidémocratiques de la scène mondiale.

Au fond, la crainte existentielle de l’appareil est en partie enracinée dans la mémoire d’une coïncidence.

Celle de la visite en Chine à la mi-mai 1989, de Michael Gorbatchev, symbole de l’ouverture politique possible de l’URSS, en pleine effervescence du rassemblement d’étudiants sur la place Tian An Men.

Après la mort de Hu Yaobang, le 15 avril 1989, les dissidents de Tian An Men portaient la revendication démocratique, dont la racine inquiétante pour le Parti plongeait dans le mouvement du « Printemps de Pékin » (1978-1979), avec ses Dazibao, réclamant la 5e modernisation démocratique affichés en plein cœur de la capitale.

C’est une évidence que la chute de l’URSS commencée précisément en 1989, a dissuadé l’appareil politique chinois, par ailleurs ébranlé par des luttes internes sur la nature du régime après la mort de Mao, de libérer des forces politiques capables de contester le monopole du Parti à la tête de la Chine.

Quatre décennies après Tian An Men, Xi Jinping est au nom du renforcement du Parti, plus que jamais sur cette ligne de fermeté rigide bloquant sans état d’âme tout espace de respiration politique.

Note.

1.- Depuis 2024, accusés de corruption assez souvent avérée, mais pas toujours, de nombreux responsables ont été exclus de l’appareil et du PolitBuro.

Juin 2024. Général Wei Fenghe : (魏凤和) — ancien ministre de la Défense et ancien membre de la Commission militaire centrale, expulsé du PCC.

Juin 2024. : Général Li Shangfu (李尚福) — ancien ministre de la Défense et membre de la Commission militaire centrale, expulsé du PCC

Octobre 2025  ; Général He Weidong (何卫东) Membre du Bureau politique, vice-président de la Commission militaire centrale Expulsé du PCC et de l’armée ; soupçonné de graves infractions et renvoyé vers la justice militaire.

Juillet 2026 : Ma Xingrui (马兴瑞) Membre du Bureau politique, ancien secrétaire du Parti au Xinjiang et seul civil de cette liste, Expulsé du PCC et démis de ses fonctions publiques après enquête disciplinaire.

Sept. 2026 : Général Zhang Youxia (张又侠) Membre du Bureau politique, vice-président de la Commission militaire centrale Expulsé du PCC et de l’armée pour violations graves de la discipline et de la loi.

La meilleure indication d’une violente purge au sein de l’armée est qu’ à l’automne 2026, la quasi-totalité de la Commission Militaire Centrale nommée en octobre 2022 a été éliminée.

Enfin si on remonte au XXe congrès du parti en octobre 2022, on se souvient que Xi Jinping avait éliminé du Comité permanent et du Bureau Politique, ceux qui n’appartenaient pas à son réseau politique Li Keqiang, alors 1er ministre, et Wang Yang tous deux anciens membres du Comité Permanent, et Hu Chunhua ,exclu du PolitBuro.


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