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La survivance parasite du Hukou et l’urgente priorité d’intégrer les enfants de migrants au système éducatif national

Pékin avait déjà instauré des nuances dans la mise en œuvre du Hukou pour le rendre plus flexible. Les experts soutiennent en effet depuis longtemps que le système de contrôle des migrations non seulement pénalise injustement les populations rurales, mais plus encore, il bride également le potentiel de croissance du pays.

Selon cette théorie, qui semble cependant faire l’impasse du coût supplémentaire pour les collectivités locales des services sociaux accordés aux migrants, une fois intégrés aux zones urbaines et bénéficiant d’un accès plus libre aux services municipaux, les migrants ruraux deviendraient des consommateurs plus dépensiers, aidant ainsi l’économie chinoise à s’affranchir de sa dépendance aux investissements financés par la dette.


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Fin mai, le Conseil des affaires d’État annonçait de nouvelles directives visant à fournir des services de base aux citoyens là où ils résident réellement, plutôt qu’en fonction de leur lieu d’enregistrement officiel.

La mesure était en réalité l’aveu que le système du Hukou datant de l’ère maoïste, instauré en janvier 1958, continue à produire des inégalités en dépit de plusieurs allègements notables dans les villes moyennes et la suppression en 2014, de la différence entre le statut de Hukou rural et urbain.

Hérité de l’organisation impériale de contrôle des mouvements de la population agraire soumise à l’impôt foncier et en nature constitué par une partie des récoltes versée aux greniers impériaux, le Hukou moderne avait été institué pour contrôler l’exode rural.

Aujourd’hui, clé d’accès aux services sociaux et à l’éducation, il reste toujours utilisé dans les grandes métropoles pour limiter l’afflux de migrants et contrôler la dilatation anarchique des zones de pauvreté. A cet effet, les villes de premier rang ont établi des critères d’accès hors de portée des migrants tels que des niveaux minimums de diplômes, la garantie d’un emploi stable et l’acquittement attesté de l’impôt.

L’affichage d’un volontarisme vertueux.

L’importante migration interne en Chine a entraîné une augmentation du nombre d’enfants migrants qui se heurtent toujours à des obstacles considérables pour accéder aux écoles publiques, notamment quand leurs parents doivent acquitter des frais supplémentaires illégaux que les municipalités n’hésitent pourtant pas à leur réclamer.


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Les nouvelles directives étaient accompagnées d’un commentaire explicatif ciblant précisément ces inégalités. Elles visent, dit la note du Conseil d’État, à « garantir aux résidents sans enregistrement de domicile local le même accès aux services publics de base qu’à ceux qui possèdent un titre de séjour ”hukou“  »

Elle ajoutait que la mesure qui contribuera à « répondre aux besoins croissants de la population en matière de qualité de vie est essentielle pour améliorer l’urbanisation et stimuler la consommation intérieure. »

Concrètement  : Les directives définissent des mesures pour renforcer le soutien scolaire aux enfants de migrants et encourager davantage de villes à étendre la couverture des logements sociaux aux résidents sans enregistrement de domicile local mais disposant d’un emploi stable.

Les restrictions liées à l’enregistrement de domicile donnant accès à l’assurance sociale des employés seront totalement levées, tandis que l’accès à la couverture médicale de base et aux services d’emploi sera amélioré.

Les mesures prévoient également l’extension progressive des services publics de base, notamment la protection de l’enfance, les soins aux personnes âgées, l’aide sociale et le soutien aux personnes handicapées, aux résidents sans enregistrement de domicile local, tout en assouplissant les restrictions d’enregistrement.

Ce n’est pas la première promesse de réforme du système de Hukou. En 2023, un expert chinois déclarait à Reuters : « La réforme du Hukou est un sujet complexe, […] on ne peut pas la mener à bien par simple volontarisme. »

Mais déjà la faille d’un financement insuffisant dont seront victimes les enfants de migrants.

Alors que la migration massive de la main-d’œuvre des zones rurale vers les zones urbaines a été l’un des principaux moteurs de la croissance spectaculaire du pays, elle a aussi généré des catégories d’enfants dites « laissés pour compte » dans les campagnes et « migrants » dans les villes. Bien qu’elles représentent près de 50% des enfants scolarisables du pays, les pouvoirs publics ne leur ont pas apporté des facilités d’éducation comparables à celles du reste de la société.


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La réalité est que dans le cadre du système largement décentralisé chinois, un des principaux obstacles réside dans le financement par les collectivités locales de l’augmentation considérable des charges en matière de services publics, résultant de la prise en compte des migrants.

C’est pourquoi, les nouvelles directives publiées en mai insistaient sur une progression graduelle « adaptée aux réalités locales  », les collectivités locales devant « faire de leur mieux dans la limite de leurs moyens », ce qui laisse entendre que, sans intervention des pouvoirs publics, ce problème restera du ressort des autorités locales aux ressources insuffisantes, et que les inégalités persisteront.

C’est là que le bât blesse. L’affichage vertueux du mois de mai, intégrant largement les migrants est laissé à la diligence des pouvoirs locaux qui n’ont pas les finances pour le faire.

Le faux semblant porte l’effet pervers aux conséquences néfastes de long terme d’instituer un système éducatif de la jeunesse à deux vitesses.

Les enfants des migrants resteront une population scolaire de seconde zone.

Qu’il s’agisse de ceux ayant suivi leurs parents dans les villes de premier rang où la survivance sélective du Hukou les prive de tous les droits sociaux y compris l’accès à l’école, ou de ceux restés dans leur province, dont les moyens limités ne sont plus à la hauteur des enjeux de exigences d’une éducation de haut niveau.

Selon les sources démographiques chinoises, en prenant en compte de manière plus large tous les enfants touchés par la mobilité de la population (ce qui inclut à la fois les enfants migrants et les enfants restés au pays dans les zones rurales ou urbaines d’origine), le chiffre des enfants dont le niveau d’éducation est affecté, atteint 46,4 % de la population totale des enfants, soit environ 138 millions.

Le problème a récemment fait l’objet d’une lumineuse analyse sur WeChat que les pouvoirs publics n’ont pas censurée, ce qui indique à la fois sa qualité et sa concordance avec un souci bien réel des autorités.


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