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La marine chinoise lance deux destroyers géants

Le graphe compare la dimension d’un destroyer « classique » de la classe Haikou à celle des nouveaux destroyers de type 055 dont 6 exemplaires équiperont la marine chinoise et que les Américains appellent des « croiseurs ».


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Alors qu’appuyée par l’armée de l’air [1], la marine chinoise, augmentant ses pressions militaires sur Tsai Ing-wen, venait d’achever une série d’exercices dans les détroits de Taïwan et de Luçon séparant le sud de l’Île de l’archipel des Philippines, les chantiers navals de Dalian lançaient le 3 juillet deux destroyers de fort tonnage équipés de systèmes élaborés de défense anti-aérienne longue portée, de missiles anti navires et d’équipements de lutte anti-sous-marine.

Le lancement de ces bâtiments de plus de 12 000 tonnes, plus gros que n’importe quelle unité de combat de la marine française hormis le PA Charles De Gaulle et au tonnage plus important que celui des plus puissants croiseurs américains de la classe Ticonderoga, faisait suite à la mise à l’eau en juin 2017 et mai 2018 des deux premiers destroyers de cette classe 055, d’une série de 6, dont le dernier est en chantier depuis mars dernier.

La puissance des Destroyers de la classe 055.

Les deux destroyers géants encore à quai avant leur lancement au chantier naval de Dalian en juillet dernier.


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L’effort qui s’accélère, fait partie de la volonté chinoise de créer une puissante force navale articulée à plusieurs porte-avions, capable de tenir à distance la marine des États-Unis aux abords de Taïwan et en mer de Chine du sud.

Dotés de 6 générateurs d’une puissance totale de 30 MW et de 4 turbines à gaz développant au total 112 MW, puissamment armés et équipés d’importants moyens de détection et de défense aérienne, les bâtiments de la classe 055, sont une variante élargie des lance-missiles de la classe Luyang III.

Leur armement compte deux cellules abritant 112 tubes de lancement vertical capables de tirer toute la panoplie des missiles chinois depuis les HHQ-9 anti-aériens jusqu’aux CJ-10 d’appui terrestre en passant par les missiles YJ-18 anti navires à longue portée et les missiles anti-sous-marins.

La très caractéristique superstructure centrale abrite un radar naval de type 346B à balayage électronique actif dernier cri dont la portée est augmentée de 30% par rapport aux anciens radars passifs. Plusieurs types de sonars anti-sous-marins à quoi s’ajoutent deux hélicoptères Z-18 embarqués confèrent au bâtiment une puissante capacité de lutte contre les sous-marins.

Le tout dessine une panoplie d’armements et de moyens de détection parfaitement adaptés à une crise militaire dans le détroit de Taïwan ou aux abords des îlots contestés de la mer de Chine du sud.

Le poids géopolitique de la marine chinoise.

En 2016 et 2017 seulement la marine chinoise a été équipée de plus de 20 navires de combat neufs. Aujourd’hui, la flotte chinoise compte près de 500 unités dont au moins 160 de premier rang neufs ou rénovés. Parmi eux 2 porte-avions, plus de 60 sous-marins d’attaque, 13 SNLE, 37 destroyers et une cinquantaine de 52 frégates. A quoi il faut ajouter 120 patrouilleurs lance-missiles et canonnières de divers types, plus de 90 chasseurs de sous-marins et une trentaine de bâtiments anti-mines.


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L’arrivée à un rythme rapide dans le paysage des marines de guerre mondiales des nouveaux destroyers chinois de la classe 055 dont nombre d’experts estiment que 8 exemplaires seront construits d’ici 2020, est un des meilleurs indices récents de la montée en puissance qualitative et quantitative de la marine de l’APL. Elle est aussi une indication des capacités des chantiers navals de Dalian et Shanghai qui se partagent la construction des destroyers géants.

Les projections les plus prudentes estiment qu’en 2020, la marine chinoise sera dotée d’environ 200 navires de combat de surface et sous-marins de premier rang contre 80 français et 480 américains. Parmi eux près de 30 bâtiments modernes neufs ou rénovés et 2 porte-avions.

A titre de comparaison, le site PLA Realtalk estime que le seul total de destroyers neufs ou rénovés de type 052C, 052D et 055 mis en service d’ici 2020 dépassera en nombre la totalité de la marine de Taïwan. Autre comparaison, la série des destroyers 052D de la classe Luyang III en cours de construction et de livraison est équivalente en nombre à la totalité de la flotte de destroyers et de frégates de la Royal Navy.

Certes la quantité ne rend pas compte de la qualité d’une flotte de combat dont l’efficacité opérationnelle est tributaire de la maturité des systèmes intégrés, de la formation professionnelle des équipages, de leur entraînement et de leur maîtrise tactique. Pour autant, il faut anticiper que la montée en puissance quantitative sera doublée d’une amélioration significative de la complexité et de la qualité des entraînements.

Par ailleurs, il est évident que le nombre de navires immédiatement disponibles et leur rayon d’action augmentent les capacités globales et la fréquence des déploiements. Eux-mêmes deviennent par leur ampleur un facteur de la bascule géopolitique dans le détroit de Taïwan, en mer de Chine du sud ou dans l’océan indien.

Notes :

[1La gesticulation navale autour de l’Île était appuyée par des survols à basse altitude de chasseurs de combat Su-30 et Su-35 et le passage de bombardiers stratégiques H6-K à long rayon d’action.

Basés à Suixi au nord de Hainan, à moins d’une heure de vol de Taïwan et à 30 minutes des îles Paracel, les Su-35 russes, version améliorée pour l’export du Su-27 sont connus pour leur grande manœuvrabilité. Appareils multi rôles, dotés des équipements électroniques et des armements missiles dernier cri, à cheval sur la 4e et la 5e génération des avions de combat, ils sont un des atouts de la défense aérienne chinoise et l’outil de l’APL pour la maîtrise aérienne au-dessus du détroit de Taïwan.

Supérieures à celles du F-15 américain, de l’Eurofighter ou du Rafale, leurs capacités de combat face aux chasseurs furtifs de la 5e génération, tels que les F-22 et F-35 reste à démontrer.

Russes et Chinois négocient actuellement l’achat par l’APL d’une nouvelle série de Su-35 après les 24 premiers appareils payés 2Mds de $ du contrat de novembre 2015 dont les 4 premiers ont été livrés en janvier 2017. Les pourparlers achoppent sur l’exigence de Pékin de construire la nouvelle série en Chine.

Le schéma fut appliqué pour les Su-27 à Shenyang de 1995 à 2006. Grâce à la cession de la licence de fabrication contre 2,5 Mds de $ par Mikhaïl Simonov PDG de Sukhoï, sans l’accord officiel de Moscou, le contrat avait permis aux ingénieurs chinois de s’approprier une partie de la technologie par rétro-ingénierie. Les captations favorisées par la crise politique russe avaient abouti à la mise au point en 1998 du J-11A chinois.


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