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›› Société

La reconnaissance faciale. Une vaste ambition politique de contrôle de la société

La « précision cristalline » des yeux du peuple.

A Chongqing, municipalité autonome étroitement surveillée par le pouvoir central, le réseau de caméras a été baptisé selon le vieux slogan maoïste légitimant le quadrillage de la société au prétexte de la sécurité. « 群众 雪亮 的 眼睛 – qunzhong xueliang de yanjing – qu’on pourrait traduire par “la précision cristalline des yeux du peuple“ ».


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Si l’on hausse l’observation d’un étage on perçoit un grand programme visant, avec le concours des « start-up » de la mouvance des nouvelles technologies de l’information, à installer un contrôle général de la société grâce à l’exploitation par algorithmes de l’immense base de données vidéo accumulées par la police.

A Chongqing dont on connaît la sensibilité politique depuis l’affaire Bo Xilai et où quelques mois avant le 19e Congrès le n°1 Sun Zhengcai a été limogé pour être remplacé par, Chen Min’er, un proche du président (lire 19e Congrès. Les couteaux sont tirés. Xi Jinping élimine ses opposants, consolide son pouvoir et s’installe pour durer.), l’efficacité du réseau des caméras de surveillance a été qualifiée à partir d’un vieux slogan maoïste faisant référence à la vigilance acérée du peuple : « 群众 雪亮 的 眼睛 – qunzhong xueliang de yanjing – qu’on pourrait traduire par “la précision cristalline des yeux du peuple“ ».

La référence au « peuple », confère naturellement au projet une légitimité politique articulée aux angoisses de sécurité de la classe moyenne. Adrian Lenz Docteur de l’Université de Cambridge cité par le Washington Post dont les recherches sur la Chine portent sur le Tibet et le Xinjiang explique que la sophistication des technologies de surveillance donnent au pouvoir le sentiment qu’il pourra à terme exercer un contrôle exhaustif sur la vie courante des Chinois.

« En tirant profit des bases de données personnelles plus importantes qu’ailleurs et de l’intérêt porté par la communauté des hautes technologies de l’information, il espère “tracer“ les allées et venues des citoyens, leurs croyances et leurs réseaux de contacts », avec l’intention ultime d’assigner à chacun une « note » de fiabilité sociale et politique.

Un impressionnant projet d’inquisition et de quadrillage.

Le projet vise à mettre la société aux normes, tant au point de vue politique que dans le domaine du comportement social et civique.


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S’il est vrai que la légitimité sécuritaire du projet saute aux yeux - « 90% des crimes sont commis pas les 10% de non résidents » dit un rapport de police -, il n’en reste pas moins que le puissant arsenal de contrôle ouvre un vaste espace d’inquisitions conférant aux autorités un pouvoir omnipotent sur la société. Déjà les documents officiels montrent l’intention de collecter le plus de données possibles sur les citoyens à partir de l’analyse comparatives des vidéos de surveillance et de l’innombrable stock de photos détenues par l’appareil de sécurité.

Il est vrai que dans certains pays d’Europe et aux États-Unis la densité des surveillances vidéo est encore plus forte qu’en Chine. Il reste que les lois occidentales de protection des particuliers sont, pour l’heure, un frein à la dérive policière vers un contrôle généralisé de type « meilleur des mondes » portant un projet de quadrillage et d’étiquetage de toute la société.

En Chine, en revanche, ces scrupules qui se sont récemment exprimés en France n’existent pas. Tous les documents officiels spéculant d’abord sur l’efficacité, expriment la volonté des pouvoirs publics d’atteindre plusieurs objectifs connexes allant de l’ambition de se porter en pointe des recherches globales sur l’intelligence artificielle, cruciale dans la reconnaissance faciale efficace, jusqu’à l’utilisation de l’extraordinaire masse de données personnelles accumulée par le régime à des fins de contrôle sécuritaire et politique de la société.

Enfin, la vérité oblige à dire qu’aujourd’hui, l’efficacité des logiciels de reconnaissance est encore très loin de répondre aux ambitions d’un « quadrillage » sophistiqué de la société par individus. Selon le FBI, aux États-Unis, 85% des recherches produisent des réponses ambigües exigeant une intervention humaine pour lever les doutes.

La question qui renvoie à des considérations éthiques, fait débat autour de la suspicion selon laquelle les « marges d’erreur » laisseraient libre cours au ciblage de catégories particulières d’individus, qu’il s’agisse de Ouïghour, de dissidents tibétains, de Chrétiens ou d’opposants politiques.

Les autorités chinoises évacuent la critique en affirmant que la Chine avait un stock de données individuelles bien plus riche que celui des pays occidentaux. Elles n’ont pas tort.


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