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›› Politique intérieure

Le Parti purge Bo Xilai

Désaccords politiques.

C’est peu dire que l’équipe au pouvoir au style discret, modeste et empreint de retenue compassée n’appréciait pas la faconde médiatique de Bo qui semblait utiliser les médias pour promouvoir son image et forcer la main du Parti en vue de sa promotion au Comité Permanent lors du 18e Congrès. Surtout, « l’expérience de Chongqing », fortement imprégnée d’une vision sociale radicale, considérée par beaucoup comme dangereusement régressive, appuyée par la référence à Mao, dont le Parti garde un souvenir plus que mitigé, a suscité de fortes réactions négatives au sein du système.

Wen Jiabao qui, en 2007 s’était déjà opposé à la promotion de Bo Xilai au rang de Vice-premier ministre, avait, il y a quelques mois, donné de la voix pour dénoncer le mouvement des néo-maoïstes risquant de provoquer « une nouvelle révolution culturelle ». Fin août, un séminaire d’intellectuels ulcérés par la panne de l’esprit réformiste avait violemment critiqué le « bond en arrière » des références maoïstes, considérées comme les prémisses de calamités à venir.

Le symbole le plus dramatique de ces controverses fustigeant le style du Secrétaire Général de Chongqing, qui rappelle en effet la révolution culturelle, fut cette rencontre, le 5 mars dernier, à l’Assemblée Nationale Populaire, entre un Bo Xilai plutôt crispé et Deng Pufang, le fils paraplégique de Deng Xiaoping, condamné à la chaise roulante, à la suite de sa défenestration, en 1968, du 3e étage d’un bâtiment de l’université de Pékin par les Gardes Rouges.

S’il est vrai que le Parti continue à vénérer le souvenir de Mao, rédempteur de la Chine humiliée, la plupart de ses membres sont aujourd’hui définitivement opposés aux errements radicaux du maoïsme. En même temps les intellectuels libéraux s’inquiètent de l’ampleur de la mouvance nostalgique appuyée par la cohorte des indignés excédés par les dérapages éthiques de la modernisation, alors qu’ici et là, certains vont même jusqu’à prôner une prudente remise en cause de la pensée de Deng.

Un « électron libre » ambitieux et dangereux.

Au total, sorti des rails de la classique querelle entre réformateurs et conservateurs, jouant une musique à la fois populaire et insolite, décalée des partitions traditionnelles, Bo Xilai donnait le sentiment d’un « électron libre », dont l’allure, le style et la méthode heurtaient de plein fouet l’exigence de discrétion et de consensus. Pire encore, la force de son ambition faisait douter de sa loyauté en cas de crise interne, au point que certains imaginaient que sa soif de pouvoir personnel l’inciterait irrésistiblement à jouer son propre jeu.

Lors de sa traditionnelle conférence de presse qui, depuis 10 ans, clôture la réunion annuelle de l’ANP, Wen Jiabao, dont c’était la dernière prestation, a signé l’arrêt brutal de la carrière de Bo, dont il n’a jamais apprécié ni les idées, ni le style, en indiquant que « les autorités de Chongqing devaient tirer les leçons de l’incident impliquant Wang Lijun ».

Toujours sans commentaire et tout aussi laconique, Xinhua signalait que le successeur de Bo à Chongqing serait le Vice-premier ministre Zhang Dejiang (65 ans), membre du Bureau Politique, qui a déjà l’expérience de trois postes de Secrétaire Général du Parti dans les provinces de Jilin, Zhejiang et Canton. Ayant été formé en Corée du Nord, à l’université Kim Il Sung de Pyongyang à la fin des années 70, où il a obtenu un diplôme d’économie, à mille lieues des théories du marché, il est peu probable que ses initiatives s’écartent du cadre politique fixé par le Parti.

Quant au destin de Bo Xilai, il reste en suspens. S’il est vrai qu’il n’échappera pas à une enquête par la Commission de discipline, dont, comme à l’habitude à ce niveau, rien ne transpirera, l’hypothèse la plus probable est qu’il sera affecté à un poste honorifique. A moins que la querelle autour du « modèle de Chongqing », soutenu par un nombre difficile à estimer de partisans, prenne de l’ampleur. Dans ce cas il se trouverait sous les feux croisés de la bataille de succession, qui feraient peser sur lui de bien plus graves menaces.

Quoi qu’il en soit, cette péripétie assez brutale écorne sérieusement l’image idéale que le Parti Communiste Chinois tente de présenter à la face du monde, d’une transition paisible, ordonnée et sans surprises.


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