›› Editorial
En arrière-plan, la contestation globale de l’Amérique.
La réalité est qu’en refusant de condamner le Hamas, Pékin dont la posture internationale est actuellement calibrée à la rivalité avec l’Amérique, prend clairement le parti anti-occidental.
Les programmes de la télévision publique CCTV n’ont accordé que peu de place aux mutilations sauvages du Hamas. En revanche, les émissions de grande écoute sont longuement consacrées aux frappes aériennes sur Gaza et à la désolation des habitants, accablés par les vastes destructions provoquées par les bombardements.
Observant l’arrivée du porte-avions Gerald Ford dans la zone, les médias d’État ont très vite accusé les États-Unis de prendre parti.
Dans un éditorial du lundi 9 octobre, le Global Times accusait les Occidentaux – en particulier Washington – « d’attiser les flammes du conflit plutôt que de calmer la situation ». (…) Il ajoutait une généralisation de principe décalée de la réalité de la situation sur le terrain : « Il s’agit d’une tendance constante pour les pays occidentaux dans de nombreuses régions de conflit, où ils créent souvent des obstacles substantiels à la résolution des crises ».
Sur les réseaux sociaux fortement contrôlés et censurés, de nombreux internautes expriment leur soutien aux Palestiniens et critiquent Israël – souvent en s’en prenant directement ou de manière voilée aux États-Unis -. Alors que certains, assez rares, ont exprimé leur choc et leur indignation face aux meurtres brutaux de civils israéliens par le Hamas, le déluge de messages anti-israéliens révèle que la ligne autorisée n’est pas neutre.
Cela ne signifie pas que Pékin ait abandonné son habituelle stratégie de rester le plus longtemps possible à « la poignée d’éventail »pour garder en main le plus de cartes possibles. Alors qu’à Mahmoud Abbas, Xi Jinping a promis de nouer un « partenariat stratégique », manière routinière de signifier à un interlocuteur l’importance qu’il lui accorde, c’est tout de même avec Israël que la Chine a développé les coopérations les plus concrètes.
Coopération avec Israël et poids du Monde arabe.
Depuis 2013, le commerce bilatéral avec Israël - très en faveur de la Chine qui enregistre un surplus commercial de 8 Mds de $ notamment dû à l’export de ses voitures électriques - a plus que doublé passant de 8,22 à 17,62 Mds de $ en 2022, avec une nette accélération depuis 2021, cependant moins qu’avec les États-Unis (22 Mds de $) et très en-dessous du commerce avec l’UE (49,19 Mds de $).
Partie du projet des « Nouvelles routes de la soie », Israël a également accueilli l’opérateur chinois de travaux publics Shanghai International Port Group (SIPG), pour la construction au port d’Haïfa d’un nouveau terminal de conteneurs, opérationnel depuis 2021.
Pour autant, dans l’évaluation de ses priorités stratégiques, le Parti fait le calcul que Tel-Aviv sera toujours l’allié de Washington et qu’à l’ONU, sa politique qui réprime sévèrement les Ouïghour nécessitera la bienveillance complaisante des pays arabes qui pour l’instant ne lui fait pas défaut. (lire notre article de juillet 2019 : Controverses globales autour du traitement des Ouïghour. Pékin rallie un soutien hétéroclite et brouille la solidarité des musulmans).
Le choix d’afficher une neutralité distancée tout en prenant chaque fois que possible fait et cause pour les Palestiniens dans l’espoir de faire contrepoids à Washington, s’est précisé en 2021.
Alors que les tensions du volcan mal éteint de la bande de Gaza commençaient à monter et que Tel-Aviv avait focalisé son attention militaire sur la sécurité des « territoires occupés », Pékin alors président du Conseil de sécurité, avait exprimé son soutien aux Palestiniens et s’était présenté comme une alternative aux États-Unis.
Mais comme le souligne Jonathan Fulton, chercheur associé à l’Atlantic Council résident à Abu Dhabi, la Chine qui ambitionne de concurrencer Washington sur sa zone d’influence stratégique directe du Moyen-Orient, « n’a ni l’expérience ni la capacité de peser de manière significative dans un conflit dont les racines sont aussi longues et complexes. »
« La vérité » dit-il « est que la Chine considère la question israélienne comme une opportunité pour marquer des points dans le monde arabe et dans le reste du monde en développement. » (…) « Quand, dans les enceintes internationales la Chine critique Israël, elle obtient le soutien d’une vingtaine de pays arabes. »
Après tout, leur ralliement constitue un très efficace contrepoids aux accusations de “génocide culturel ” venant des pays occidentaux caractérisant sa politique de rééducation des musulmans Ouïghours au Xinjiang.
