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›› Editorial

En Chine, Cheng Li-wun, accuse Lai Qing De de fomenter la guerre et célèbre la paix « d’Une seule Chine » prônée par Xi Jinping

Le 8 avril, première étape de son voyage en Chine, Cheng Li-wun s’est rendue au mémorial de Sun Yat-sen. Elle y a célébré les racines révolutionnaires communes entre la République de Chine et la République Populaire. En même temps, toute à son désir de se couler dans le narratif mémoriel anti-japonais qui fut celui de Xi Jinping, lors de la grande parade militaire du 3 septembre 2025, elle a, au prix d’une distorsion de l’histoire, décrit le « Père de la Nation chinoise » comme un parangon de la lutte contre l’Empire Nippon.


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Le 7 avril, à l’invitation de Xi Jinping, au moment où, attisant l’inquiétude de Taipei, la pensée stratégique américaine est toute entière focalisée sur la guerre en Iran, et que, le 5 avril, les Taïwanais venaient, comme les Continentaux, de fêter le Qingming jie 清明節, leur « fête des morts », l’avocate Cheng Li-wun, 鄭麗文, 57 ans, la nouvelle et très charismatique Présidente du KMT depuis novembre 2025, est arrivée à Shanghai pour une longue visite de quatre jours jusqu’au 12 avril qui l’a également conduite à Nankin au mausolée de Sun Yat-sen.

Alors que toute l’Île avait les yeux fixés sur son voyage et sa prochaine rencontre avec Xi Jinping, lui-même était, dans l’attente de sa rencontre avec D. Trump, habité sans esprit de recul par le projet de réunification avec Taïwan élevé au rang d’une mission historique du Parti à accomplir, y compris, « par la force si nécessaire ».

Au moment de son départ vers Shanghai et Nankin où elle a honoré la mémoire consensuelle de Sun Yat Sen [1] vénéré sans réserve de part et d’autre du Détroit, la personnalité flamboyante et extravertie de Cheng laissait derrière elle un parlement taiwanais paralysé par la puissante controverse sur l’augmentation du budget de la défense que le KMT refuse de voter.

La tension plonge l’Île dans le débat existentiel d’avoir à choisir entre, d’une part, une posture de défense renforcée par l’augmentation du budget des armées destiné à financer les coûteuses livraisons d’armes américaines, au risque d’attiser la vindicte de Pékin, et, d’autre part, le pari de l’apaisement prôné par Cheng Li-wun, porté par son slogan, « La paix est le véritable amour de Taïwan - 和平才是真愛台灣 » et « la provocation n’apportera pas la paix - 挑釁無法帶來和平 ».

Quand la deuxième partie du slogan critique sans détour la posture de durcissement défensif de l’Île prônée par le parti de Lai Qing De au pouvoir qui table sur l’indéfectible soutien américain, au risque de provoquer le PCC et la guerre, Cheng Li-wun en appelle à ceux des Taïwanais qui, redoutant un conflit dans le Détroit, s’interrogent aussi sur la loyauté de l’allié américain, dont toute l’attention stratégique est focalisée sur l’Iran face auquel le Pentagone a déployé une armada considérable.

En filigrane plane la crainte que Washington ne s’engagerait pas en même temps sur deux fronts d’importance majeure avec la même garantie d’efficacité opérationnelle.

A Taiwan, doutes sur l’engagement de l’Amérique et sévère réquisitoire contre Cheng.

A Taiwan, soulignée par une étude de la RAND corporation, la population commence à douter de l’engagement américain dans la défense de l’Île en cas d’agression chinoise. Cette impression générale doit cependant être nuancée par les promesses américaines de livraison d’armes à l’Île dont l’achat est bloqué au Yuan Législatif par le veto du KMT.


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L’inquiétude sur l’implication des États-Unis, avait été clairement exprimée par une analyse de deux chercheurs de la RAND corporation publiée il y a un an, longtemps avant le déclenchement par D. Trump de la guerre en Iran, le 28 février 2026 : From Strategic Ambiguity to Strategic Anxiety : Taiwan’s Trump Challenge.

Le 26 mars 2025, sous le titre « De l’ambiguïté stratégique à l’anxiété stratégique », Jude Blanchette et Gerard DiPippo, du Centre de recherche Chine de la RAND, analysaient l’inquiétude logiquement fondée des autorités taïwanaises confrontées à deux pressions contraires. Lire : Chine – USA – Taiwan. Les ambiguïtés du Pentagone.

D’une part à l’intensification des pressions de l’APL dont la puissance dépasse désormais de loin les capacités militaires de l’Île et, d’autre part, à l’incertitude pesant sur les relations avec leur principal partenaire de sécurité dont les attitudes laissent entendre qu’il « considère le défi taïwanais comme une préoccupation lointaine ».

La conclusion, en deux parties, comparait d’abord la situation de l’Île à celle de l’Europe « contrainte de réévaluer sa relation avec son protecteur historique en matière de sécurité, tandis que la menace de son principal adversaire s’intensifie. ».

Elle énumérait ensuite la liste des mesures à prendre en urgence pour améliorer la résistance de l’Île à un blocus - augmenter les stocks d’énergie, de nourriture et d’eau potable ; accélérer le développement de ses infrastructures de communication sécurisés et redondants par satellite et préparer la population aux mesures de protection civile, etc.

Enfin, les dernières lignes de l’analyse soulignaient que les rivalités partisanes au Yuan Législatif constituaient désormais une menace manifeste pour la prospérité et la sécurité futures de Taïwan.

C’est peu dire qu’à Taipei, les députés DPP et les organes du pouvoir fustigent Cheng Li-wun.

Le 9 avril, Liang Wen-chieh, 梁文傑 nº2 de la Commission des affaires du Continent 大陸 委員會, l’accusait de s’être alignée sur le discours du PCC lors de sa visite au Mausolée de Sun Yat-sen. « Visiter le continent est une chose, mais on ne devrait pas s’y rendre pour reprendre le discours du Parti communiste chinois (PCC) à propos de Taïwan ce qui nous met dans une situation très dangereuse. »

Il réagissait aux propos de Cheng qui, comme Xi Jinping célébrait la victoire sur le militarisme japonais dont, dit Cheng, les Taiwanais gardaient un souvenir amer. « À ce jour, les deux rives du détroit de Taïwan restent incapables de panser la plaie béante infligée par l’impérialisme japonais durant la première guerre sino-japonaise, il y a 130 ans ».

A quoi Liang répliqua par une leçon d’histoire : « Présenter Sun Yat-sen comme un dirigeant opposé au militarisme japonais et interpréter les problèmes transdétroit comme des séquelles de la première guerre sino-japonaise, est pour le moins « “surprenant“  » (…)

(…) « Compte tenu des liens étroits qu’entretenait Sun Yat-sen avec le Japon durant sa carrière révolutionnaire, notamment au moment de la création du Tongmenghui (同盟會) à Tokyo, qui contribua à la chute de la dynastie Qing, dépeindre Sun Yat-sen comme un ennemi du militarisme et du colonialisme japonais constitue une grave distorsion de l’histoire.  »

Pour remettre l’histoire à l’endroit en prise avec l’actualité, il a rappelé à Cheng, qu’aujourd’hui les Taïwanais ne s’inquiétaient pas du militarisme japonais d’il y a un siècle, mais de la Chine et du régime autoritaire du PCC qui menaçait l’Île d’une action de force.

Note(s) :

[1La figure et l’héritage de Sun Yat-sen sont l’objet d’une déférente vénération de part et d’autre du Détroit.

Ayant renversé la dynastie Qing, fondé la République de Chine, dont il a été le premier président, il a mené la lutte contre les seigneurs de guerre pour stabiliser la Chine (œuvre menée à bien par son protégé Chiang Kai-shek qui, par la suite, a dénaturé son action.)

A Taïwan, officiellement toujours la République de Chine fondée en 1911, Sun Yat-sen est reconnu comme le fondateur - ou « Père de la Nation » - guofu 國父 - et son premier président.

En République populaire de Chine, il est perçu comme un révolutionnaire de la première heure (geming xianxingzhe - 革命先行者 geming xianxingzhe) et un nationaliste chinois, à la tête du premier « Front Uni », précurseur du socialisme par les « Trois Principes du peuple » réinterprétés à l’aune de l’idéologie communiste.


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