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Les « contrats à terme » de Shanghai. Espoirs et obstacles

Le 26 mars eut lieu à Shanghai la cérémonie d’inauguration du centre de contrats pétroliers à termes de Shanghai dans le cadre du Shanghai Futures Exchange. L’ambition est de créer une nouvelle référence concurrente des standards pétroliers du Brent et du WTI et de mieux maîtriser la facture pétrolière en la libellant en Yuan.


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Il y avait le « pétrodollar », voilà peut-être le « pétroyuan » ou peut-être pas.

Le vocable qui court depuis déjà quelques années dans les médias renvoie aux tentatives du gouvernement chinois pour augmenter la puissance internationale de sa monnaie en tirant profit du fait – en réalité une vulnérabilité - que la Chine est, de loin, le plus gros importateur de pétrole au monde, tout en figurant parmi les 10 premiers producteurs d’une ressource elle-même la plus commercialisée sur la planète.

En arrière plan on distingue l’intention chinoise de mieux maîtriser ses dépenses d’énergie.

En janvier 2018, les importations chinoises - nouveau record – ont atteint 9,57 millions de barils/jour, soit près 40,6 millions de tonnes pour la totalité du mois de janvier (en hausse de 4% par rapport à 2017), dépassant les importations américaines et classées juste après l’agrégat des importations de l’UE à 12 millions de barils/jour.

(Pour mémoire, dans ce paysage la France se classe au 12e rang des importateurs avec 56,7 millions de tonnes/an, venant en majorité d’Arabie Saoudite – 18,6% -, du Kazakhstan – 13,8% et du Nigeria – 11,7% - représentant à eux trois 44,1% des achats français).

L’augmentation des importations chinoises était attisée par trois facteurs analysés par le site OIlPRICE.com : une consommation conjoncturellement en hausse à la veille du Chunjie, la réaction logiquement intéressée des raffineurs privés ayant tous ensemble saisi l’opportunité de l’élargissement des quotas d’importation décidé par les pouvoirs publics en 2017 et la mise service par Rosneft le 1er janvier de l’oléoduc Russie – Chine. »

C’est dans ce contexte que, le 26 mars la Chine a, dans le cadre de son « Shanghai International Energy Exchange (INE) 上海国际能源交易中心 » lancé l’initiative baptisée « China’s Crude Oil Futures [1] – en Chinois 中国 原油 期 货 交易 中心 ».

Le nouveau « standard de Shanghai ».

Le but est de proposer une nouvelle référence globale des « contrats à terme » pour les prix du brut fixés en monnaie chinoise. La référence de Shanghai ambitionne de concurrencer celles en cours définissant les prix des pétroles mondiaux à partir de standards de qualité dont les plus connus du grand public sont le « Brent » (plusieurs gisement de mer du nord) célèbre pour sa qualité de « légèreté » servant de référence à 60% des pétroles mondiaux et West Texas Intermediate (WTI).

Au passage, ce dernier définit un pétrole plus léger que le Brent, plus facile à raffiner, mais dont la cotation est en baisse sur le marché depuis 2011 en raison des surplus américains à la suite de l’augmentation de la production des pétroles de schistes. Aux standards du Brent et du WTI s’ajoutent ceux de l’OPEC (13 pays), ceux de Dubai, d’Oman et de l’Oural (référence des exportations russes) qui sont tous libellés en Dollars, ce qui trace les limites de l’expérience chinoise.

Officiellement, l’expérience de Shanghai dont les Chinois disent qu’elle répond à la nécessité de définir « un standard asiatique adapté aux besoins de la région » prend soin de ne pas s’afficher pour ce qu’elle est aussi : l’ambition normative du pouvoir chinois de maîtriser sa formidable facture énergétique (420 millions de tonnes en 2017 dont le prix fluctue autour de 250 Mds de $) en la libellant dans une monnaie dont il contrôle les variations.

Mais ayant compris les enjeux posés par la convertibilité limitée du Yuan, la plupart des investisseurs, intermédiaires et « traders » ont exprimé à l’égard de l’initiative chinoise un élan plus attisé par la curiosité que par un réel engouement.

Maîtriser la facture pétrolière.

Le graphe publié par le WSJ montre qu’en 2017 les importations chinoises de pétrole ont dépassé celles des États-Unis. A 3 millions de barils/jour en 2004, les importations chinoises atteignent aujourd’hui de 9,57 millions de barils/jour. Dans le même temps les importations américaines sont passées de 11 à 8 milliards de barils/jour.


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Le 26 mars, une dépêche de l’AFP analysant les principaux obstacles freinant l’enthousiasme des investisseurs, soulignait que les contrats à terme chinois étaient libellés « dans une monnaie dont Pékin encadre les fluctuations tous en restreignant les mouvements de capitaux. »

Michal Meidan, Docteur en Sciences Politiques de Sciences Po Paris, spécialiste de l’Asie de l’Est, chercheuse associée à Chatham House et membre de l’Oxford Institute for Energy Studies, anticipe qu’à court terme les contrats shanghaïens attireront les investisseurs chinois en quête d’un placement rémunérateur, le mouvement ayant le potentiel de créer à court terme une référence de prix chinoise.

Le 26 mars UNIPEC filiale commerciale de SINOPEC, premier raffineur chinois a ainsi conclu un premier contrat à terme d’importation de brut du Moyen Orient adossé aux nouvelles normes de Shanghai.

Même s’il est peu probable que celle-ci devienne un concurrent global pour les contrats à terme libellés en dollars, il est possible que, si Pékin parvenait à convaincre plusieurs de ses grands partenaires commerciaux de facturer leurs exportations en Yuan, la tendance ainsi créée pourrait peser sur les cours mondiaux. Elle accompagnerait les efforts de la direction politique pour augmenter le poids international du Yuan.

La longue route du Yuan vers le statut de référence.

Les premières cibles de la manœuvre internationale du Yuan appuyée sur le pétrole qui, selon une source chinoise, pourrait être lancée dès l’été 2018, sont la Russie et l’Angola, dont la proximité stratégique avec la Chine est connue. L’objectif suivant, assurément plus difficile compte tenu du poids de l‘alliance avec Washington, serait l’Arabie Saoudite.

Pour autant, quel que soit l’angle de vue, la route est encore longue. Considérée à partir du poids financiers des transactions pétrolières chinoises évaluées à plus ou moins 300 Milliards de $ - exportations des produits raffinés compris – comparé aux 14 000 Mds de transactions pétrolières globales, l’empreinte pétrolière chinoise sur les marchés, importante dans l’absolu, ne représente pourtant que moins de 3% du total.

Plus encore, comptant le poids du Yuan dans les paiements internationaux, on constate qu’il est toujours au 5e rang global, mais qu’en une année, sa part sur les marchés à reculé de 2,5% à 1,7% (données de l’agence SWIFT).

Reuters ajoute que, du fait de son déficit de liquidité sur le marché des changes, seulement 4% des 5000 Mds de $ de transactions journalières sont libellés en Yuan, contre 90% toujours effectuées en dollars, indiquant que l’idée de "petroyuan" est encore prématuée.

Lire aussi : Une image contrastée de la puissance du Yuan.

Notes :

[1Un « contrat à terme », ou « Future » en anglais, est un engagement ferme d’acheter ou de vendre une quantité convenue d’un actif à un prix convenu et à une date future convenue. Les futures sont des produits standardisés et cotés : ils portent sur des actifs référents pour un montant standard et à échéances fixées. (Définition proposée par Les Echos).


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