›› Technologies - Energie
2. Public et privé. Mélange des genres.
Ces évolutions conduisent à faire le point sur la réalité des différences entre entreprises privées et publiques en Chine. Au passage, les confusions entre « public » et « privé », entretenues par les dirigeants chinois sont probablement à l’origine de la majorité des déboires des entreprises occidentales en Chine, dont la perception de la situation est souvent troublée par l’illusion d’avoir à faire à une entreprise privée.
Toutes les entreprises travaillant pour l’armée sont publiques, tout comme les entreprises des secteurs de l’énergie, et des matières premières. Il en va de même dans l’électronique et l’informatique, qui dépendent du ministère de l’information, y compris les entreprises montées par les universités, comme à Haidian (quartier high-tech de Zhongguancun au Nord-Ouest de Pékin). Les universités se financent sur les bénéfices, mais le contrôle reste étatique.
Les secteurs de l’aéronautique, des transports ferroviaires, les chantiers navals, appartiennent soit à l’Etat, soit a l’armée, soit sont sous le contrôle des gouvernements locaux (pour les chantiers navals). Les entreprises de construction n’échappent pas non plus à ce schéma. Elles sont contrôlées soit par l’armée ou l’état central, soit par le bureau des affaires foncières des gouvernements locaux. Seuls les promoteurs immobiliers peuvent être privés, mais ils sont souvent associés à des banques d’état.
A noter que, comme ailleurs, les secteurs de l’immobilier et de la construction donnent lieu à une intense corruption, parfois par le biais de mafias, qui se livrent au blanchiment d’argent sale. Au passage rappelons que la question de la corruption figure au centre des préoccupations internes du régime au point que Hu Jintao lui-même a plusieurs fois signalé qu’elle constituait la menace la plus grave contre la légitimité du Parti et mettait en cause sa capacité à rester au pouvoir.
Toutes les entreprises automobiles sont sous le contrôle de l’Etat, ou des municipalités, ou de grandes corporations, elles aussi étatiques [SDIC par exemple à Shanghai, ou Beijing Investment à Pékin]. Il y a cependant des fournisseurs privés de pièces détachées.
Dans la chimie, la majorité des sociétés sont publiques, à l’exception de joint-ventures montées avant 2000, où on trouve des entreprises, étrangères ou chinoises, privées. Dans les secteurs de la santé (hôpitaux et pharmacologie), tout dépend naturellement du ministère ou des gouvernements régionaux. Le secteur financier est, lui aussi, sans surprise, totalement étatique.
Dans l’industrie légère, il y a probablement plus d’un million de sociétés privées, souvent tenues par des natifs de Wenzhou ou des Cantonnais, particulièrement doués pour les affaires. C’est le seul secteur où les entreprises privées sont plus nombreuses que les publiques. Mais, bien souvent ces sociétés dépendent des banques d’état pour leurs financements et doivent s’appuyer sur les pouvoirs locaux pour se mettre aux normes administratives et fiscales, ce qui ouvre la porte aux trafics d’influence et aux abus de biens sociaux.
Dans le secteur de l’agriculture, les terres appartenant a l’état, on ne peut pas dire qu’il y ait des privés au sens strict. La question ne se pose donc pas stricto sensu. Mais on trouve de petites structures autonomes, de taille modeste. Le secteur des services (banques, assurances notamment) fonctionne entièrement sur le même principe.
Le gouvernement chinois a ouvert les bourses de Shenzhen/Shanghai/Hong Kong, pour « privatiser » ses sociétés, attirer des capitaux, faciliter la mise sur pied de JV et s’ouvrir l’accès aux technologies. Mais les sociétés cotées ne sont que des émanations de sociétés d’état.
Le principe étant de placer les meilleurs actifs dans une structure, cotée en bourse à Shenzhen, Shanghai, Hong Kong, parfois même au New-York Stock Exchange, alors que la maison mère, immense structure tentaculaire, impliquée dans une longue série d’activités diverses, qui peuvent aller de l’hôtellerie aux missiles stratégiques, en passant par l’énergie ou la grande distribution, garde le contrôle.

