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›› Société

Les tribulations immobilières de Liang Liang et Li Jun

Tout est bien qui finit bien. Soupçons de manipulation politique

La suite des évènements révèle une ambivalence dans un contexte où plusieurs messages sur WeiBo laissèrent entendre que le couple avait été menacé ou/et soudoyé.

Après que la vidéo militante dénonçant la censure et les pressions physiques avait été supprimée, les deux réapparurent pour informer leurs « supporters » des réseaux sociaux que la police avait été alertée, mais que « tout était réglé - 切都秩序井然 » et qu’ils étaient « satisfaits 满意 » de la solution apportée.

Le 19 novembre, les autorités locales confirmèrent que les auteurs des attaques physiques seraient sanctionnés, mais en même temps, signalant une répulsion atavique des pouvoirs publics face au moindre risque de trouble social, sur WeiBo et Bilibili, le compte commun de Liangliang et Lijun, @亮和丽君夫妇 était bloqué.

Trois jours plus tard, sur son compte personnel, Li Jun postait un message annonçant que les deux allaient retourner dans leur province avec leur fille. Elle y ajouta une remarque signifiant que son état d’esprit était passé du militantisme combatif à l’apaisement. « Maintenant, avec notre fille, nous espérons une vie paisible - 现在我们有了女儿. 宁愿过平静的生活. »

Sur les réseaux, leur histoire est devenue virale. L’idée que les deux abandonnaient leur rêve a irrité nombre d’internautes. Mais peu après, leur horizon s’est éclairci. Adoucissant sa politique de mise aux normes du secteur immobilier (lire : Le grand défi politique des taxes à la propriété) , l’exécutif est intervenu pour aider à « restructurer » la dette de SUNAC réduite à 4,5 Mds de $.

En novembre, point final d’un réaménagement en cours depuis le mois de septembre, cautionné par 98% des créanciers de SUNAC et approuvé par la Haute Cour de Hong Kong, 10,2 Mds de $ de la dette du groupe ont été échangés contre une combinaison d’obligations convertibles et d’actions de sa filiale « Sunac Services Holdings ». La construction de l’immeuble de 33 étages a repris. L’appartement de Zhengzhou ne sera pas abandonné.

Aussitôt, Liang Liang et Li Jun postèrent une nouvelle volte-face annonçant que tout bien pesé ils allaient quand même tenter leur chance à Zhengzhou en créant leur propre affaire.

De nombreux internautes qui trouvèrent étrange cette suite de renversements abrupts, soupçonnèrent que les autorités locales pourraient être intervenues pour « reconstruire » l’histoire du couple et en « remodeler » le dénouement.

Le but ? Évacuer le risque socio-politique porté par la crise de l’immobilier, elle-même conséquence d’un dysfonctionnement systémique dont Michael Pettis craint qu’il pourrait menacer la stabilité financière du pays.

« Les dommages croissants causés aux bilans des banques par l’effondrement de l’immobilier pourraient également rendre plus difficile la stabilisation d’autres pans de l’économie ».

(Lire le § Confiance et consommation en berne ; essais de relance et marasme immobilier.).

*

En tous cas, depuis la fin novembre, le hashtag #亮亮丽君决定在郑州创业# - Liang Liang et Li Jung ont décidé de monter leur affaire à Zhengzhou - fait un tabac sur les réseaux sociaux.

Ils sont célèbres.

Depuis un an leurs vidéos militantes sur Douyin n’ont pas laissé les internautes indifférents. Elles furent d’abord le reflet en direct des montagnes russes émotionnelles éprouvées par les jeunes couples, y compris ceux qui se sont scrupuleusement pliés aux schémas les plus traditionnels de la société – bonnes études exigeantes, travail assidu, mariage, et création d’une famille sans histoire -.

Pour beaucoup, ce jeune couple autrefois plein d’espoir, aujourd’hui désillusionné, représente un problème social et économique plus vaste au sein du secteur immobilier chinois. « Liang Liang et Li Jun ne sont que la pointe de l’iceberg ; il y a des milliers de couples confrontés à des défis similaires », écrit un blogueur sur Weibo (@鸿蒙钊哥).

Leurs tribulations croisent en effet un risque systémique porté par la fragilité du secteur immobilier dont les promoteurs les plus célèbres (Evergrande Group Country Garden, Kaisa Group, Fantasia Holdings, Sinic Holdings, Modern Land, et Sunac) sont couverts de dettes.

*

Notons enfin les efforts des blogueurs pour porter le débat à hauteur politique. Alors que certains peut-être proches du pouvoir local ou manipulé par lui, affirment que l’histoire de Liang Liang a été exagérée et que leur appartement n’est jamais entré dans la catégorie « inachevé et pourrie - 烂尾楼 làn wěi lóu) puisque la construction n’a été que temporairement stoppée. D’autre messages soulignèrent son imprudence financière. « Alors que leur budget était déjà tendu, ce n’était pas le moment d’acheter un appartement ni d’avoir un enfant » (…) « Ayant mal évalué les risques, ils sont eux-mêmes à l’origine de leurs problèmes ».

Leurs contradicteurs les accusent de « Darwinisme social 社会达尔文主义 égoïste et impitoyable. » Ils soutiennent que « la faute ne devrait pas être imputée au couple qui lutte pour une vie meilleure, mais au promoteur. C’est lui qui a rompu le contrat et leur a rendu la vie si difficile. »

Au demeurant disent certains, encore imprégnés du modèle de croissance articulé à l’exode rural, « le projet du couple quittant les petites villes pour étudier et travailler dans les grandes villes, reflète une valeur commune non seulement en Chine mais dans le monde entier.  ».


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