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Mais que fait donc l’AFD en chine ?

Extrait du site de l’AFD (29 mais 2019) « En visite à Pékin du 26 au 29 mai, Rémy Rioux, directeur général de l’Agence française de développement (AFD) a réaffirmé son soutien à ses partenaires chinois en faveur du climat et du développement durable, avec la signature de 3 conventions de partenariat à hauteur de 250 millions d’euros. Ce déplacement a également été l’occasion de faire progresser le partenariat en pays tiers, notamment en Afrique, avec la China Development Bank. »


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Dans cet article, qui est un « coup de gueule », Louis Montalte, s’intéresse à l’action de l’Agence Française de Développement en Chine.

Prenant sa mission au pied de la lettre rappelée par l’auteur, cette institution financière publique continue à se comporter comme si la Chine, 1re puissance commerciale qui s’affiche aujourd’hui comme la 2e économie de la planète en passe de rattraper les États-Unis, était toujours un « pays en développement ».

La rédaction.

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Dans le cadre de la visite du président Macron en Chine, Rémy Rioux, directeur général de l’AFD, était à Pékin les 5 et 6 novembre 2019.

Le site de l’AFD nous apprend que, lors de ses entretiens au ministère chinois des Finances et à la Commission nationale de la réforme et du développement, Rémy Rioux a présenté l’activité croissante de l’AFD en Chine, porteuse de partenariats franco-chinois, au service d’une ambition conjointe des deux pays en matière de climat, d’environnement et de biodiversité.

Ces rencontres ont donné lieu à la signature de deux conventions de prêts avec le gouvernement chinois :

1. Un prêt de 60 millions d’euros pour un projet d’aménagement et de mise en valeur du site archéologique et naturel de Fengxiang dans le Shaanxi. Ce projet concrétise les objectifs partagés par la France et la Chine en faveur de la protection de l’environnement, de la biodiversité et du développement durable des villes et des territoires.

2. Un prêt de 60 millions d’euros pour financer un programme sur la prévention et la gestion des risques industriels dans la région autonome Zhuang du Guangxi, marquant l’intérêt d’accompagner la transition industrielle chinoise.

Le site de l’AFD nous rappelle également la mission de l’AFD :

« Le groupe Agence française de développement (AFD) est un établissement public qui met en œuvre la politique de la France en matière de développement et de solidarité internationale. Le développement est l’un des trois piliers de l’action extérieure du pays, avec la diplomatie et la défense. Notre mission est de contribuer au progrès économique, social et environnemental des pays à revenus faibles et intermédiaires. »

C’est peu dire que ces prêts heurtent notre sens de la logique.

Même si la Chine n’est pas encore un pays riche en termes de revenus par habitant, elle revendique néanmoins sa place de deuxième puissance économique mondiale et se place, sans conteste, à la tête des pays créditeurs qui prêtent aux pays en voie de développement.

Un défi au bon sens.

Publiée sur le site de l’Ambassade de France en Chine, la photo illustre l’action de l’AFD dans la « petite ville » de Xianju (500 000 habitants tout de même) dans le Zhejiang à 170 km au sud de Hangzhou. Appuyée à un prêt français de 75 millions d’€, le projet consiste à créer un « écomusée » au sein du parc national de Xianju 仙居风景名胜区. L’initiative ambitionne de bâtir un pôle exemplaire d’enseignement de l’écologie, de l’efficacité énergétique et de l’architecture bas carbone. Outre son ampleur quelque peu présomptueuse, l’idée paraît toujours articulée à une conception de la coopération, plus « didactique » que « participative » entre partenaires de même niveau. Le fait que l’initiative soit financée par un prêt français et non par une banque chinoise est objectivement un sujet d’étonnement.


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Il arrive que le « bon sens » se trompe. Mais les interrogations qu’il soulève sont presque toujours un stimulus d’alerte qu’il est imprudent de négliger.

Dans un article du Figaro/AFP, daté du 28 mai 2019, Rémy Rioux défendait néanmoins ses projets d’aide à la Chine :

« La France trouve son compte » dans ces projets de développement », a-t-il expliqué. « Elle a intérêt à ce que la Chine réussisse sa transition écologique et sa transition économique ».

Pour reprendre les arguments du directeur général de l’AFD, il n’est en revanche pas si évident que « la France trouve son compte », dans ces projets de développement. Au demeurant, en admettant que la France a bien intérêt « à ce que la Chine réussisse sa transition écologique et sa transition économique » on ne voit pas très bien en quoi, ces financements, somme toute marginaux, seraient significatifs et comment ils pourraient l’aider à réussir sa transition économique et sa transition écologique.

On a du mal à ne pas penser que, pour une banque publique française de développement, prêter quelques dizaines de millions d’euros à la deuxième puissance économique mondiale, pour, par exemple, la préservation et l’aménagement d’un patrimoine touristique dans le Shaanxi, frôle l’absurde.

Pourquoi, puisque nous sommes dans le saugrenu, l’AFD ne prêterait-elle pas également 100 millions à une entreprise américaine pour la création d’un nouveau casino à Las Vegas parce qu’il est important pour la France que Las Vegas consolide son « core-business ».

Reste à comprendre pourquoi la Chine est si prompte à accepter ces prêts que les banques commerciales chinoises pourraient aisément financer.

La Chine pays en développement ?

Dans la presse critique de l’hexagone, les prêts français même pour améliorer une centrale de cogénération au charbon au fin fond du Xinjiang passent mal.


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Peut-être le gouvernement chinois utilise t-il les mini-largesses de l’AFD pour conforter l’idée que la Chine est « encore » un pays en voie de développement ayant « toujours » besoin d’aide, alors que tout, dans ses actions extérieures, tendent à prouver le contraire.

Mais il y a de l’ironie à voir que, dans le même temps, les banques de développement de la Chine financièrement aidée par l’AFD, inondent de prêts, la plupart des pays pauvres de la planète, au point de les sur-endetter.

De plus, en acceptant les prêts français, Pékin conduit de manière détournée l’AFD à un grand écart entre ses intentions écologiques articulées aux annonces emblématiques de la COP 21 et la réalité des projets énergétiques chinois.

A Shihezi, 石河子 dans le Xinjiang par exemple - 600 000 habitants 140 km à l’ouest d’Urumqi, - l’Agence française prête quelques dizaines de millions pour améliorer une centrale de cogénération à charbon. L’intention est en théorie louable.

En réalité, outre que la France, elle-même aux prises avec d’importants problèmes budgétaires n’est peut-être plus en situation de prodiguer de généreuses aides financières, l’initiative, même techniquement justifiée, pourrait être un encouragement anti-écologique à la Chine l’incitant à continuer à construire des centrales à charbon, au prétexte que leurs émissions peuvent être contrôlées. Ce qui reste à prouver.

On touche là à quelques non-dits de la COP 21 déjà évoqués par QC : COP 21 : entre illusions et scepticismes. Réalités et limites des contributions chinoises.

Au demeurant, une telle coopération existe depuis 2016 entre Datong et EDF à une ampleur industrielle autrement plus convaincante. A Fuzhou, le groupe français a en effet coopéré avec son homologue chinois pour mettre en service une centrale à haut rendement.

Il s’agit d’un transfert de technologie utile et pertinent. On ne voit pas qu’il soit, de surcroît, nécessaire que la France participe à son financement.

Quant à la pertinence politique du projet de Shihezi, le moins qu’on puisse dire est qu’elle se discute au moment où le gouvernement chinois est accusé d’emprisonner plus d’un million de ouïghours. Logiquement, depuis une année, la presse française s’en est fait l’écho critique. (voir, entre autres, le Matin : L’AFD va financer un projet lié à une centrale à charbon en Chine ou Mediapart : L’AFD valide son prêt à la Chine, lié à une centrale à charbon)

Quoi qu’il en soit :

Pour une banque publique de développement, prêter à un pays riche au point d’être lui-même largement prêteur, c’est idiot. Pour les chinois, manipuler une banque publique étrangère, peut, on le voit, s’avérer utile.

Rapprocher les deux adjectifs c’est désigner la naïveté absurde de la politique chinoise d’une partie de l’administration française qui ne semble pas percevoir à quel point les situations et la Chine évoluent.


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