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Pékin ce n’est pas de la tarte

Chapitre II

Vous connaissez maintenant les raisons pour lesquelles je souffrais le martyr dans cette ascension harassante en essayant de récupérer des lambeaux de souffle qui semblaient dérisoirement insuffisants à mon organisme tout occupé à ses efforts de digestion... La petite église n’était plus très loin mais je crachais mes poumons en scrutant le sommet de la petite montagne pas plus haute que la Rhune ou le Mondarrain d’après les estimations savantes d’André qui est capable de trouver l’altitude exacte de n’importe quelle colline, en convertissant trigonométriquement d’un seul coup d’œil l’angle créé par l’horizontale du sol et par le sommet, lorsque ce dernier effleurait l’arête de son béret basque. Ca, c’est balèze...

J’avais largué la jeep au dernier pont, à quelques kilomètres de l’église, pour prendre un raidillon qui coupait sans vergogne les lacets de la piste. J’avais eu un mal fou à convaincre le chauffeur que mon état s’était miraculeusement amélioré et qu’il pouvait me laisser sans danger entreprendre ma petite escalade pour prendre quelques photos... Le pauvre s’imaginait transporter un mourant et la perspective de voir son étranger perdu dans la nature et d’avoir la police sur le dos, le forçant à avouer on ne sait quel crime, ne le réjouissait qu’à moitié... J’avais dû lui promettre et jurer de ne pas m’éloigner du droit chemin avant qu’il ne daigne me donner, de mauvaise grâce, sa permission... Son instinct de chauffeur garde-chiourme lui commandait de ne pas me quitter d’une semelle, mais son intérêt lui susurrait de ne pas trop s’éloigner de sa voiture... Dilemme shakespearien-maoïste, à rendre fou un chauffeur de base...

La côte était raide et le sentier envahi par des hautes herbes. J’étais en nage. Le déjeuner me pesait sur l’estomac. Il faut dire que nous avions pris un petit en-cas, à la Source du Cheval Blanc, une petite auberge de bord de route, perdue au fond d’une petite vallée, tenue par un montagnard adepte de cuisine bio. Sa gargote ne payait pas de mine mais sa cuisine méritait une voie lactée au Michelin. « Aussi bon qu’à l’hôtel Euzkadi sur la place d’Espelette, où pourtant les tripoxas sont divins et l’axoa ineffable » avait, on ne peut plus objectivement, décrété André qui était également, soit dit en passant, le patron de ladite auberge d’Euzkadi...

Afin de conserver des forces pour le dîner, nous avions décidé de nous contenter d’un bouillon de faisan aux champignons sauvages et aux rhizomes locaux qui avait adouci le plat suivant, constitué de filets de poisson baignant dans une soupière d’huile pimentée qui fondaient dans la bouche en vous arrachant la moitié des lèvres. Avait suivi un « la rou » aux bambous, un plat de légumes sautés accompagnés de fines tranches de ces jambons fumés qui pendent aux vieilles poutres, en compagnie de guirlandes de saucisses et de chapelets de piments séchés.

Tout cela aurait pu être pardonnable si je n’avais pas cru de mon devoir de ne pas refuser, pour ne pas vexer mes hôtes, les huit autres plats qui avaient défilé ensuite : le canard fumé au camphre, le “huiguorou”, un plat de lard piquant bouilli puis revenu dans la poêle avec quelques feuilles de chou et quelques branches d’oignons montés, quelques raviolis fourrés aux herbes aromatiques de la montagne et quelques autres délicatesses toutes plus curieuses et délicieuses les unes que les autres... Plusieurs jours à cette diète drastique m’avaient déjà fortement rembourré les poignées d’amour sur les hanches et handicapaient gravement mon ascension...


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