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Publication sur Internet des notes secrètes américaines

Selon le Pentagone, il s’agit de la plus grave fuite de documents classifiés depuis la mise en ligne régulière des « wikileaks » en 2013.

Voilà en effet quelques semaines que circulent sur des réseaux sociaux comme « Discord » et « 4Chan », des dizaines de documents secrets émanant du Pentagone.

Pour la plupart ils sont des comptes-rendus de situation adressés aux plus hautes autorités politiques du pays. Beaucoup concernent la guerre en Ukraine et sont depuis le 6 avril, date de leur révélation par le New-York Times, le sujet de nombreux articles des médias de la planète.

Alors que certains médias comme « Le courrier des stratèges » y voient une manipulation américaine « destinée à entretenir l’espoir d’une offensive de printemps pilotée par l’OTAN et à masquer les nombreux échecs des renseignements occidentaux », le Pentagone atteste qu’ils sont authentiques, mais met en garde contre les notes altérées diffusées par la Russie, notamment pour le bilan des pertes des deux camps dont celles de la Russie ont été très largement minorées.

S’il est exact que la certification par le Pentagone, premier concerné, ne permet pas d’affirmer de manière définitive la véracité des documents dont beaucoup évoquent à la fois la situation des forces ukrainiennes pas toujours optimistes et leur imbrication étroite avec l’OTAN pour le renseignement, l’entraînement et la préparation des actions de combat, d’autres notes secrètes concernent la Chine.

Renseignements sur la Chine dans les « fuites » du Pentagone.

Une des notes circulant sur Internet révèle la constante préoccupation américaine que Pékin apporterait un soutien à l’effort de guerre du Kremlin en Ukraine.

« La Chine  » dit le document, « s’estimerait fondée, malgré les menaces de sanctions de Washington, d’augmenter son appui direct à Moscou en cas de frappes ukrainiennes dans la profondeur effectuées grâce à l’acquisition d’objectif et aux équipements de tirs américains, sur des cibles lointaines d’importance stratégique majeure, ou ciblant des personnalités russes de premier plan. »

« Une attaque ukrainienne massive utilisant des armes américaines ou celles de membres de l’OTAN serait probablement  » dit le document, « considérée par Pékin comme la preuve que Washington est directement responsable de l’escalade du conflit  ». (…) « Le constat pourrait éventuellement être une justification pour que la Chine fournisse à la Russie une aide létale ».

Il est possible que ce type d’analyse dévoilée par les fuites ait été à l’origine des récentes mises en garde américaines contre la livraison d’armes létales par la Chine. Une initiative que Pékin a démenti tout en renforçant ses liens économiques avec la Russie.

En même temps, commentant les fuites, l’édition internationale du Quotidien du Peuple n’a pas manqué de dénoncer la puissance d’intrusion tous azimuts de la NSA, de la CIA et des renseignements militaires américains (Defence Intelligence Agency - DIA -) « En dépit des précédents scandales d’espionnage de ses alliés ayant provoqué des flots de protestations publiques, la surveillance par Washington de ses alliés n’a pas cessé. » [1]

D’autres documents font état d’une intense surveillance des mouvements de la marine chinoise et des progrès en matière d’équipements de défense. Une des notes, datée du 25 février, décrit un test de missiles hypersonique intermédiaire DF-27 [2] ayant « probablement  » dit la note « la capacité de pénétrer la défense anti-missiles américaine. »

Une autre parle les récents déploiements de bâtiments d’assaut amphibie de type Yushen LHA 31 dotés de huit hélicoptères embarqués de type Z-8CJ (NDLR : copies du SA 321 Super-Frelon, construit par Sud-aviation en coopération avec Sikorski et Fiat).

Surtout, plus directement préoccupant pour les États-Unis, un estimation de la DIA estime qu’en cas de conflit dans le Détroit, l’armée de l’air chinoise serait capable d’obtenir rapidement la supériorité aérienne face à son adversaire taïwanaise.

Les documents font également état des renseignements électroniques d’écoute (Signal Intelligence – SIGINT -) dans les zones proches et moins proches de l’Amérique. L’un d’entre eux évoque la colère de Pékin après que Huawei n’ait pas été retenu dans le plan d’infrastructures 5G de la Jordanie et, en même temps, l’espoir d’Amman que les relations économiques et commerciales avec Pékin puissent se poursuivre, en dépit des menaces de représailles.

Une autre interception dit que le Nicaragua ayant rompu ses relations avec Taïwan en décembre 2021, négociait avec un groupe chinois la construction d’un port en eau profonde pouvant accueillir les bâtiments de la flotte chinoise.

Commentaires de QC.

Au total, si tant est qu’elles soient authentiques, les seules informations réellement perturbantes des fuites sont le dévoilement des plans de l’offensive de printemps de l’armée ukrainienne, l’étroite imbrication avec l’OTAN et les lacunes en équipements et en effectifs des troupes de Kiev, notamment en équipements sol-air courte et moyenne portée.

Comme le souligne un article du Washington Post du 14 avril, « Les documents
concernant l’Ukraine brossent un tableau sombre du conflit. L’évaluation de la DIA conclut que, même si l’Ukraine récupérait des quantités « significatives » de territoire - un résultat jugé improbable - les gains territoriaux ne conduiraient pas à des pourparlers de paix. (...) Elle prévoit que l’année se terminera avec les deux parties ne réalisant que des gains territoriaux marginaux en conséquence de “troupes et fournitures insuffisantes pour des opérations efficaces.
 »

L’information est probablement à la racine des récentes inflexions à Kiev et Washington qui envisagent à la fois l’objectif militaire de la reconquête du Donbass annexé illégalement par Moscou et des négociations à propos de la Crimée dont la reconquête militaire, hors de portée, pourrait constituer une escalade stratégique dangereuse.

Au-delà, les fuites entretiennent un malaise déjà ancien confirmant une fois de plus que les services secrets américains surveillent tout le monde, y compris, leurs alliés. En cela, hormis leur ampleur incomparable, ils ne sont pas différents des autres.

Quant aux informations liées à la Chine, elles confirment que pour Washington la livraison à Moscou par Pékin d’équipements militaires constituerait une ligne rouge dont le franchissement est toujours possible en dépit des démentis de Pékin. Les autres informations sur la Chine rappellent des situations connues.

L’exemple du Nicaragua accrédite l’analyse que Pékin s’applique sans faiblir à réduire l’influence internationale de Taïwan en usant sans compter de la « diplomatie du chéquier  ».

L’objectif global de cette stratégie qui croise ceux de la vaste empreinte chinoise dans les pays émergents ou en développement en Afrique, en Asie du Sud-est et en Afrique est d’affirmer l’influence rivale de la Chine face à Washington et à l’Occident. Plus directement, comme le souligne l’information - en réalité connue de tous - sur le Nicaragua, elle consiste à implanter des points d’appui portuaires sur les plates-bandes américaines en Amérique centrale.

Enfin, les fuites confirment une constante à la racine des crispations entre la Chine et l’Occident. Pour promouvoir l’implantation des relais 5G du fleuron technologique Huawei, les diplomates chinois n’hésitent pas, comme le révèlent indirectement les tensions avec la Jordanie, à faire pression sur Amman en menaçant de fermer l’accès au marché chinois.

Note(s) :

[1Les fuites ont une nouvelle fois étalé sur la place publique l’espionnage de ses alliés par le Pentagone. Les révélations qui mettent en danger les réseaux de sources par exemple en Israël, en Corée du sud ou en Ukraine ont une sensibilité particulière pour les diplomates américains conscients que l’étalage compromet leur action.

En même temps qu’elles ont dévoilé quelques faiblesses de la défense sol-air et de la préparation au combat de nouvelles brigades ukrainiennes de 4000 hommes, elles ont aussi révélé les plans de contre-offensive de Kiev que les militaires ukrainiens ont été forcés de modifier.

En Afrique, les notes montrent que le renseignement électronique US a pénétré l’organisation du Groupe Wagner, mais, là aussi, les sources humaines infiltrées sont menacées.

[2La photo d’un DF-27 à l’entraînement publiée à l’occasion des fuites diffère de celles connues venant de la 2e Artillerie.

Il pourrait s’agir d’une arme appartenant à la 3e génération de missiles stratégiques assimilables aux missiles DF-41 (12 à 15000 km), capables de porter, à plusieurs fois la vitesse du son, une arme nucléaire, par un vecteur dont la portée moindre (4 à 8000 km), le place à cheval entre les IRBM (Intermediate Range Balistic Missile – 3000 à 5500 km) - et les ICBM (Intercontinental Balistic Missile – au-delà de 5500 km -) des classifications OTAN.

Les informations à ce sujet et notamment la désignation des armes restent incomplètes et floues. Rappelons que le 1er octobre 2019, la 2e Artillerie avait fait défiler à Pékin un missile DF-17 à portée intermédiaire équipé d’un « système planant hypersonique » baptisé DF-ZF pouvant, selon les information de l’APL, lui imprimer une vitesse de Mach 10. Lire à ce sujet : Une menace chinoise « hypersonique ? ».


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