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›› Editorial

Quand les hyperboles nationalistes paralysent l’esprit de conciliation et hypothèquent l’avenir

A son passage à Pékin le 8 octobre dernier, Mike Pompeo n’a pas été reçu par le Président Xi jinping et les échanges avec Wang Yi, le ministre des Affaires étrangères ont été empreints d’une forte acrimonie. Aux reproches chinois dénonçant l’agressivité américaine, Pompeo a répliqué en soulignant les méthodes commerciales peu orthodoxes de Pékin et en répétant les accusations d’ingérence chinoise dans la politique intérieure américaine qui semblent articulées, dit la Maison Blanche, à la volonté de discréditer D. Trump.


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Nous étions habitués aux déclarations ambigües jetant des voiles pudiques sur les dissensions, faisant l’impasse sur les contrastes culturels, ponctuées de promesses de coopérations. Glosant sur la conduite apaisée des affaires du monde, elles mettaient sous le boisseau les angoisses de profondes rivalités globales.

Ce schéma articulé à la conscience que les deux premières puissances de la planète n’avaient pas d’autre choix que de négocier leurs différends et leur angoisses pour s’en arranger est, pour le moment et en apparence du moins, renvoyé aux calendes grecques.

Il reste qu’en Chine, le sentiment du temps long projetant les échéances du rêve chinois jusqu’en 2049 produit un recul et une intuition d’avenir qui submergent les péripéties du présent et favorisent les accommodements tactiques à des fins ultérieures plus vastes.

S’il est vrai que rien ne sera jamais oublié des actuels embarras causés par la présidence Trump, à Pékin, la réflexion stratégique du long terme reste arrimée à la conviction qu’à la longue, c’est l’impératif du compromis qui triomphera. Au pire, l’exigence d’apaisement sera confortée par la conscience que la dissuasion nucléaire interdit la montée aux extrêmes militaires.

Mais pour l’heure, il faut reconnaître que les émotions ont envahi la totalité du paysage visible.

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A son dernier passage à Pékin, Mike Pompeo que Xi Jinping, choqué par les attaques du vice-président Pence a refusé de recevoir, a essuyé les plâtres de ce nouveau mode de relations sino-américaines, articulé à des ressentiments qui ne sont pas nouveaux, mais dont l’aigreur était jusqu’à présent noyée dans la ouate feutrée des précautions diplomatiques.

Le 8 octobre, à Diaoyutai, résidence des visiteurs étrangers de marque au nord-ouest de la capitale chinoise et ancien domicile de Mao et de ses proches durant la révolution culturelle, le Secrétaire d’État aux affaires étrangères de Donald Trump a, dès les toasts d’accueil, essuyé une charge brutale du ministre des affaires chinois.

Répondant au déferlement d’accusations du vice-président Mike Pence, le 4 octobre, Wang Yi a, devant la presse – chose inhabituelle en Chine -, accusé Washington de ne cesser d’attiser les tensions et de dégrader à dessein la confiance réciproque.

Au-delà de la guerre commerciale dont les coups sont de plus en plus brutaux, touchant désormais plus de 50% des exportations chinoises vers l’Amérique, assortie d’une chute régulière des bourses chinoises (+ de 20% depuis janvier), l’angoisse de Pékin s’alimente de la crainte que l’administration Trump pourrait remettre en cause la reconnaissance par Washington de la « politique d’une seule Chine », fondement même de la relation depuis le rapprochement opéré par Nixon dans les années 70.

La question de Taïwan au cœur des craintes chinoises.

Au cours des échanges avec M. Pompeo, Wang Yi a reproché à Washington de ne pas respecter les termes des 3 communiqués, alors que la présence américaine dans l’Île augmente depuis la mise en service en juin dernier du nouvel Institut de Taïwan et la signature par D. Trump du « Travel act », le 16 mars 2018. Lire : « Quand Pékin harcèle Taïwan, Washington lui ouvre les bras. »


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Au cours d’une autre réunion, Wang Yi qui fut ambassadeur à Tokyo (2004 – 2007) mais dont la sensibilité particulière à la question taïwanaise date de l’époque où il était Directeur du bureau des Affaires taïwanaises (2008 – 2013), a exhorté Pompeo à respecter les « Trois communiqués » (1972, 1979, 1982), déclarations d’intention de la Maison Blanche acceptant le principe de l’unité de la Chine qui accompagna l’établissement des relations officielles entre Pékin et Washington (1979). Lire : Dans l’œil du cyclone, veillée d’armes électorale.

Tout comme la sècheresse de l’accueil à Diaoyutai répondait à l’agression tous azimuts de Mike Pence, la fébrilité chinoise à propos de Taïwan exprimée par Wang Yi ripostait aux raidissements de l’Amérique décidée à protéger Tsai Ing-wen des harcèlements diplomatiques dont elle est l’objet depuis son accession à la présidence.

Pékin, dit Wang Yi, attend de la Maison Blanche, qu’elle cesse d’interférer dans la politique chinoise de séductions financières destinée à détacher l’Île de ses appuis diplomatiques et qu’elle « prenne des mesures concrètes » pour freiner les dérives indépendantistes de Tsai Ing-wen, conditions de la stabilité des relations sino-américaines.

Yang Jiechi ancien ministre des Affaires étrangères (2007 – 2013) qui fut ambassadeur à Washington (2000 – 2004), membre du bureau politique, spécialiste des relations sino-américaines dont la carrière est au cœur des controverses avec Washington en mer de Chine du sud, à Taïwan et même en Corée du nord où pourtant les deux affichent une volonté de coopération, a reconnu que l’actuelle tourmente ponctuée par d’échanges très agressifs, était le signe que la relation était à un tournant.


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