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Restaurer la confiance des Occidentaux, l’insistante priorité du régime

Le 27 mars, le Président Xi Jinping a invité des PDG, des universitaires et des hommes politiques américains au Grand Palais du Peuple. Photo Huang Jingwei/ Xinhua/ AP.


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Bonne nouvelle pour l’appareil. Après 13 mois moroses consécutifs, en mars, les indices de production montrent des signes de reprise. Dépassant les prévisions des analystes, l’indice PMI manufacturier Caixin/S&P – dont la barre de 50 marque la frontière entre croissance et contraction - a atteint 51,1 contre 50,9 en février, confirmant une expansion pour la cinquième semaine consécutive.

Alors que le marasme immobilier est loin d’être résorbé, ces résultats qui font suite à une récente amélioration des chiffres de l’export et des ventes au détail suggérant une reprise de la consommation des ménages, sont un soulagement pour l’exécutif. Dix jours après le début du printemps, il peut espérer que l’objectif de croissance de 5% pour 2024 fixé par le PM Li Qiang lors de son rapport à l’ANP de mars pourrait être réaliste.

« Caixin Insight Group » constate que l’indice de confiance des entrepreneurs s’est également redressé du fait de la baisse du prix des matières premières qui réduit les coûts de production et donne aux fabricants une meilleure marge de manœuvre pour faire face à la concurrence des prix sur le marché. En moyenne, les bénéfices industriels ont augmenté de 10,2% au cours des deux premiers mois de 2024, inversant la tendance moyenne à la baisse qui, en 2023, avait atteint moins 2,3%.

Même si les principaux leviers de la croissance restent l’investissement interne et la consommation, un très inquiétant point noir subsiste cependant, témoin d’une défiance internationale.

Chute des IDE et inquiétudes de l’appareil.

Conséquence des tensions géopolitiques et des mises aux normes internes infligées à l’économie par l’appareil (lire : Raidissement marxiste de Xi Jinping. Quand la propagande se heurte aux réalités) en 2023, les investissements directs étrangers (IDE), [avec les investissements d’infrastructure et la consommation intérieure un des plus efficaces moteurs de la croissance] se sont effondrés.

Alors qu’au temps où, par ses perspectives de profit, le marché chinois exerçait un attrait irrésistible sur les investisseurs occidentaux, les IDE annuels excédaient toujours 150 Mds de $, s’approchant même plusieurs fois des 300 Mds de $ (en 2011 : 298 Mds de $ ; en 2013 : 291 Mds de $, avec un sommet en 2021 à 344 Mds de $), en 2023, ils n’ont été que de 33 Mds de $. La tendance a continué en janvier 2024, avec une baisse de 11,7% par rapport à janvier 2023.

Une alerte avait déjà sonné quand, selon les données de la balance des paiements internationaux publiées par la Banque de Chine, il était avéré qu’au troisième trimestre 2023, les flux d’IDE avaient été négatifs à moins 11,8 mds de $. Le bilan jamais observé depuis 1998 indiquait que les investisseurs étrangers retiraient leurs actifs financiers du pays plus rapidement qu’ils n’y investissaient.

Cette réalité qui signale que l’attractivité de la Chine faiblit, fonde l’inquiétude de l’appareil qui, depuis plusieurs mois multiplie les promesses de réformes et les encouragements pour corriger la désaffection des investisseurs étrangers.

Le 21 février dernier la « Commission centrale pour l’approfondissement global de la réforme » organe suprême en charge de piloter la politique de réforme du Parti - 中央全面深化改革委员会- en abrégé 中央深改委, déclarait que « La Chine persistera dans sa stratégie de réforme et d’ouverture en vue de résoudre les problèmes de développement et faire face aux risques et aux défis à venir » ;

L’assurance que l’appareil ne ralentirait pas sa politique de réformes, faisait suite à une série de mesures internes destinées à endiguer la déflation et le marasme immobilier (réduction des réserves bancaires obligatoires et baisse de 12% du taux de référence pour les prêts hypothécaires). Elles furent suivies par un assouplissement des procédures de visas pour encourager le tourisme.

Enfin, le 27 mars, à l’issue du Forum annuel de Développement de la Chine (China développement Forum 中国发展论坛) qui eut lieu à Pékin 24 et 25 mars, Xi Jinping a reçu plusieurs chefs d’entreprise et responsables américains [1] au Grand Palais du Peuple.

Le but était à la fois de les rassurer sur l’état de l’économie et l’impact des nouvelles règlementation internes tout en confirmant le thème du forum : « Apporter sans cesse de nouvelles opportunités au monde par le développement de la Chine 不断以中国新发展为世界带来新机遇 »

Alors que la délégation américaine reçue par Xi Jinping s’est peu exprimée, le Waijiaobu a largement relayé son discours aux investisseurs américains. Lire : President Xi Jinping Meets Representatives of U.S. Business, Strategic and Academic Communities.

Au milieu de pesantes tensions, Xi Jinping appelle à la coopération.

En substance, le nª1 chinois a souligné l’importance de préserver la dynamique positive de la rencontre au sommet de San Francisco où la Chine avait été traitée en grande puissance, dans un contexte où les points de friction [NDLR : Questions de Taïwan et de mer de Chine du sud, captations illégales de technologies, non-respect des règles du marché] devaient être abordés de manière « responsable. »

Suivant le thème général de son discours aux entrepreneurs à San Francisco en novembre 2023, dans lequel il avait demandé au public si Pékin et Washington étaient des « adversaires ou des partenaires », il a cette fois placé la relation dans le cadre d’un duopole de puissances, co-gestionnaires de la planète.

Faisant l’impasse sur la somme des conflits et des tensions en cours, allant du fracas des armes en Ukraine et à Gaza, à la contestation de l’Occident par le « Sud global » lui aussi en effervescence agité par des guerres incessantes, dont Moscou et Pékin se sont fait les champions, en passant par les tensions dans le détroit de Taïwan en mer de Chine et la longue liste des récriminations américaines, Xi Jinping a joué la carte de la sagesse responsable, en complète dissonance avec le féroce climat anti-chinois aux États-Unis.

Au milieu d’un ébranlement des plaques tectoniques des rapports de forces d’une ampleur jamais observée depuis 1945, mais toujours sans perdre de vue l’objectif de redonner le goût d’investir en Chine, son appel à la coopération apaisée des puissances qui flatte l’opinion publique chinoise, visait aussi en filigrane à promouvoir l’image d’une Chine sereine et apaisée contrastant avec la fébrilité agressive de Washington.

Alors qu’aux États-Unis personne n’a oublié le nationalisme agressif de la réaction de Pékin en août 2022 en réaction à la visite à Taiwan de Nancy Pelosi, Xi Jinping, inquiet des ratés d’un des moteurs de la croissance chinoise, a formulé un discours certes adoucissant, mais déconnecté de la réalité des conflits en cours.

« La Chine et les États-Unis devraient s’entraider plutôt que de s’entraver mutuellement, tant dans les domaines traditionnels tels que le commerce et l’agriculture que dans les domaines émergents tels que le changement climatique et l’intelligence artificielle. »

L’expression est celle d’un volontarisme optimiste théorique sans autre proposition concrète que celle de rappeler à l’Amérique qu’elle n’a pas d’autre choix que de s’accommoder de la montée en puissance de la Chine. Il n’est pas certain que le discours suffise à corriger la défiance des investisseurs.

Le dernier symptôme en date d’une imprévisibilité interne d’un régime aux effets répulsifs est qu’après le forum de développement des 24 et 25 mars, le contact direct entre la presse et le premier ministre Li Qiang a encore une fois été annulé. Nouvel indice de la disparition définitive du mode de gouvernance collégial remplacé par l’autocratisme personnel de Xi Jinping, la relégation du Premier Ministre au rôle de premier exécutant sans la moindre liberté de parole fait planer sur les affaires le risque de l’arbitraire.

Pour autant, il serait erroné de croire que tous les PDG américains sont sur la même ligne de défiance à la Chine. Beaucoup, notamment ceux des secteurs de la haute technologie ou de l’électronique grand public continuent d’y voir un fort potentiel de développement.

Critiques du FMI et éloges de Tim Cook.

Du Forum sur le développement tenu à Pékin les 24 et 25 mars, on retiendra deux réactions.

La première est celle de la Directrice générale du FMI, l’économiste bulgare Kristalina Georgieva qui a mis les doigt sur les fragilités de l’économie chinoise.

Apportant une nuance à l’autopromotion des discours rassurants de Li Qiang et Xi Jinping sur les effets de relance d’un emprunt public de 150 milliards de $ destiné à doper l’investissement et à stabiliser la croissance et sur les promesses des nouvelles technologies du transport électrique, des programmes spatiaux ainsi que de l’industrie pharmaceutique, elle a clairement estimé que la Chine était à la croisée des chemins.

Afin de tenir à distance le piège d’une stagnation dangereuse pour un pays qui doit chaque année créer 11 millions d’emplois, l’exécutif chinois devrait aller au bout des réformes socio-économiques (meilleure efficacité du système de santé et généralisation des retraites) seuls moyens de transférer une part de sa richesse globale de 2e économie mondiale vers les familles et d’augmenter la part de la consommation dans le PIB.

Évoquant le marasme immobilier et la faillite des administrations provinciales, Goergieva a ajouté que Pékin devrait prendre des mesures « décisives » pour terminer les logements inachevés bloqués par des promoteurs en faillite et réduire les risques liés à la dette des gouvernements locaux.

La deuxième intervention remarquée fut celle de Tim Cook PDG de Apple, présent en Chine dans une offensive de charme pour tenter de redresser l’insistante tendance à la baisse des ventes de ses iPhones, en recul de 13% depuis 2015.

Très critiqué aux États-Unis, mais loué par la direction politique à Pékin et la porte-parole du Waijiaobu Hua Chunying pour ses appréciations laudatives sur l’innovation et l’ouverture de la Chine après un entretien avec Li Qiang, il a confirmé l’engagement du groupe par la décision d’établir des nouveaux centres de R&D et d’ouvrir d’autres points de vente dont le 47e Apple store inauguré par lui à Shanghai, le 21 mars à Jing’an.

Aux États-Unis on lui reproche de ne pas comprendre que ses efforts pour redresser les ventes du groupe en Chine sont vains. La marque à la pomme est à la fois concurrencée par des nouveaux venus chinois comme Huawei ou Xiaomi soutenus par la ferveur nationaliste et handicapée par la défiance du régime envers les équipements et les logiciels occidentaux dans une atmosphère générale sérieusement dégradée par les embargos infligés par Washington à la Chine sur les hautes technologies et les microprocesseurs.

*

Enfin, preuve qu’au milieu des tensions stratégiques, l’administration américaine est elle aussi animée par une intention d’apaisement par le dialogue, le 3 avril, Janet Yellen, 78 ans cette année, secrétaire d’État au trésor et ancienne Présidente de la réserve fédérale, a entamé à Guangzhou sa deuxième visite en Chine en moins d’un an (lire : Les irréductibles tensions de la relation sino-américaine).

Au cours de son voyage qui durera cinq jours, elle a prévu de rencontrer He Lifeng, très proche de Xi Jinping et membre du BP et Liu He à la retraite qu’elle connaît bien, ancien membre du BP (2017-2022) et vice-premier ministre (2018-2023) qui fut aussi en charge du sujet aujourd’hui très sensible de la stabilité des finances.

Son intention est de mettre sur la table des négociations plusieurs sujets au coeur des controverses qui, en amont de la campagne électorale américaine, nourrissent les tensions avec Pékin. Notamment, le statut de l’application mobile Tik Tok (lire : Mises en garde occidentales contre la force intrusive des réseaux sociaux chinois), la surcapacité industrielle chinoise à l’origine de l’invasion des véhicules électriques et des panneaux solaires subventionnés, le droit de propriété à propos des microprocesseurs et l’embargo américain qui les frappe.

Alors que plusieurs analystes doutent que Pékin accepte de modifier ses approches commerciales et qu’à Washington, plusieurs voix s’élèvent pour imposer plus de taxes aux produits chinois, les premières déclarations de Yellen à Canton appelaient au dialogue tout en mettant l’accent sur les risques d’un engrenage néfaste :

« J’ai également souligné que la construction de relations économiques saines nécessite des règles du jeu équitables pour les travailleurs et les entreprises américaines, ainsi qu’une communication ouverte et directe sur les domaines sur lesquels nous ne sommes pas d’accord. Et cela inclut la question de la surcapacité industrielle de la Chine, dont les États-Unis et d’autres pays craignent qu’elle puisse avoir des retombées mondiales »

Pour bien mesurer les difficultés politiques de la mission de Yellen, on notera que dans l’esprit de Xi Jinping, les sujets des nouvelles technologies constituent l’un des atouts de Pékin dans sa compétition avec Washington. Autre remarque essentielle qui renvoie aux tensions internes au régime chinois, Liu He et He Lifeng que Yellen a demandé à rencontrer font chacun partie de coteries rivales.

Le premier qui fut proche de Li Keqiang, avait été au cours de ses postes jusqu’en 2023, partisan d’un accommodement avec l’Occident et la banque mondiale. Le deuxième, actuel nº13 du BP (lire : Membres du 20e Bureau politique) est plus attaché à la ligne de Xi Jinping visant à protéger becs et ongles les atouts dans les secteurs des nouvelles technologies, permettant a la Chine de défier l’Occident et les États-Unis.

Note(s) :

[1Parmi eux :Evan G. Greenberg, Président du Conseil d’administration du Comité National pour les relations sino-américaines, (Département d’Etat) Craig Allen, Président du Comité économique Chine – États-Unis, Stephen A. Schwarzman, Cristiano R. Amon, et Raj Subramaniam, Présidents de Blackstone, Qualcomm et FedEx, Graham Allison, Doyen de Harvard’s John F. Kennedy School of Government.


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