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Séisme à Hualien et nouvelle flambée de défiance dans le Détroit

Malgré la violence de la secousse, et le nombre important de répliques, le bilan humain du séisme - 18 décès et 1160 blessés - est faible. Mais comme lors du séisme bien plus meurtrier de Nantou il y a 25 ans, le sinistre a été l’occasion de sérieuses passes d’armes entre Pékin et Taipei. Photo par Shufu Liu / Présidence taiwanaise.


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La vulnérabilité de Taïwan aux tremblements de terre est connue. Située sur la partie ouest de la « ceinture de feu du pacifique », arc de cercle qui borde les côtes de l’Asie et des Amériques, où se produisent de nombreux chocs sismiques, l’Île est régulièrement secouée par des séismes.

Au cours du seul XXe siècle entre 1901 et 2000, elle a été frappée 91 fois. Les secousses les plus meurtrières ont eu lieu le 3 décembre 1903 (Chiayi, magnitude 7,1 – 1030 morts -) ; le 17 mars 1906 (Chiayi, magnitude 6,8 - 1266 morts -) ; le 21 avril 1935 (Miaoli, Taichung, magnitude 7,1 – 3276 morts -) ; le 21 septembre 1999 (Nantou, magnitude 7,7 – 2415 morts -).

La dernière convulsion en date eut lieu à 18 km au sud-ouest de Hualien à l’est de l’Île, le 3 avril 2024 à 7h58 du matin heure locale. D’une magnitude de 7,3, elle a été suivie de plusieurs centaines de répliques, ressentie non seulement à Taipei et sur la côte Ouest de l’Île, mais aussi jusque sur le Continent à Shanghai, Hangzhou et Xiamen.

Dans l’Île, 27 immeubles se sont effondrés dont un, à Changhua au sud de Taichung, à plus de 120 km de l’épicentre et 26 à Hualien même, où 150 autres ont été endommagés. Des « alertes Tsunami » ont été diffusées au Japon et aux Philippines.

Compte tenu de la violence de la secousse, le plus remarquable est le faible bilan humain - seulement 18 décès et 1160 blessés à la rédaction de cette note - à comparer avec les 2415 morts et 11 000 blessés de la dernière secousse de même puissance, il y a un quart de siècle, en septembre 1999 à Nantou au centre de l’Île.

Un bilan humain réduit au minimum.

Il est vrai que cette fois, le séisme a eu lieu dans une zone trois fois moins peuplée, où les immeubles ne sont pas très élevés. Mais, selon Wei Jia Yan, le maire de Hualien, la faiblesse du bilan est aussi le résultat de l’éducation de la population aux risques sismiques, y compris des enfants dès leur plus jeune âge.

Surtout, alors que dans le secteur de la construction les critères de résistance aux séismes ont été durcis pour réduire les risques d’effondrement, l’Île a été couverte de 200 stations de surveillance équipées de sismographes permettant d’alerter la population.

Des « cartes sismiques » sont mises à jour en temps réel. Anticipant et rendant publique la position probable de l’épicentre, elles donnent le temps aux populations de se mettre à l’abri et réduisent les délais de réaction des secours dont les interventions sont mieux orientées.

Résultat, avec un bilan humain aussi réduit, les Taïwanais furent moins traumatisés qu’en 1999, même si cette fois, de puissants glissements de terrain retardèrent les secours aux touristes bloqués dans le parc national de Taroko, tandis que certaines populations gravement sinistrées se demandent comment elles vont finir l’année. C’est le cas de ces villageois de Xincheng, 15 km au nord de Hualien, dont les revenus qui ne tiennent qu’au tourisme ont chuté de 90%.

Le séisme du 3 avril fut aussi l’occasion d’une exaspération taiwanaise. Offusqué par une intervention à l’ONU, le jour même du séisme de Geng Shuang 耿爽, 51 ans, représentant adjoint de la délégation chinoise, Taipei a refusé l’aide que lui proposait Pékin.

Passes d’armes acerbes avec Pékin.

Exprimant clairement la souveraineté du Continent sur l’Île exclue de l’ONU en 1971, qu’il a appelée « China Taiwan » comme Pékin l’impose à tous ses interlocuteurs, Geng Shuang a, au nom de la Chine, remercié la communauté internationale pour ses manifestations de compassion adressées aux habitants de l’Île.

Depuis Taipei, 吳釗燮 Wu Zhaoxie, Joseph Wu, 70 ans, le Ministre des Affaires étrangères de l’Île, piqué au vif, a aussitôt réagi avec aigreur en utilisant la dénomination officielle de Taïwan « La République de Chine condamne l’usage honteux que Pékin fait du tremblement de terre à Taïwan. »

L’amertume d’avoir été exclus en 1971 des Nations Unis est le fond de tableau douloureux de la conscience identitaire des élites taïwanaises. La blessure est d’autant plus vive qu’au milieu des années quatre-vingt-dix, le système politique a basculé vers la démocratie.

Lancé en 1988 à la mort de Jiang Jingguo, le fils de Tchang Kai-chek (lire : Chiang Ching-kuo, le fils du Generalissimo), le processus démocratique a abouti en 1996 à l’élection au suffrage universel direct de Lee Teng-hui, premier président de l’Île natif de Taiwan, neuf années après l’abandon de la dictature en juillet 1987 (lire : Le « père de la démocratie taïwanaise » est mort).

La défiance des Taïwanais en réponse à l’aide de Pékin n’est pas une première. Un épisode comparable eut lieu, il y a vingt-cinq ans, trois années après l’investiture de Lee Teng-hui, au moment du séisme meurtrier du 21 septembre 1999 à Nantou.

Il y a un quart de siècle.

Alors que les relations dans le Détroit avait été portées au rouge par la déclaration de Lee Teng-hui, qui en juillet 1999, deux mois avant le séisme, avait affirmé que les relations entre Taipei et Pékin devraient être celles de « deux États », une partie de la classe politique répugnait à accepter l’aide de Pékin dont la rhétorique agressive contre l’Île s’était enflammée.

Les rebuffades vinrent surtout des tenants du Parti pour le progrès démocratique en pleine croissance politique dans l’Île à seulement six mois de la victoire électorale de Chen Shui-bian en mars 2000.

« Aujourd’hui, les journaux chinois regorgent de reportages sympathiques sur la tragédie qui frappe les Taïwanais qu’ils appellent leurs frères de chair et de sang, mais c’est une ironie qu’il faille un tel désastre et un tel bilan humain pour apaiser les tensions dans le Détroit. » avait déclaré avec acrimonie le député Zhang Xucheng, 张旭成 dit Parris H. Chang, membre du 民進黨.

Plus officiellement, Chang Yung-shan, 張永山, porte-parole du Bureau des affaires continentales avait remercié Pékin pour son offre d’envoyer des médecins, des sismologues et des secouristes. Mais tout en notant que des équipes de secours de 17 autres pays, dont les États-Unis et le Japon, étaient déjà à l’œuvre, il avait ouvertement exprimé des doutes sur la sincérité de l’aide chinoise, laissant entendre qu’elle aurait des arrière-pensées politiques.

Après les promesses chinoises d’effectuer un don de 100 000 $, Jan Jyh-Horng, à l’époque Secrétaire général de la Strait Exchange Foundation (SEF) et aujourd’hui, nº2 et porte-parole du « Bureau des Affaires continentales » avait été plus direct.

« Avant que Taiwan prenne des dispositions pour les accepter, la Chine devra clarifier le montant exact de ses dons et les moyens de les transférer » [NDLR : A l’époque les « liens directs » qui furent officiellement établis le 15 décembre 2008, n’existaient pas encore]. (…)

Il concluait par une formule qui perdait en diplomatie ce qu’elle gagnait en clarté : « Nous exprimons nos remerciements et nous accepterons les spécialistes [envoyés par Pékin] si et quand nous en ressentirons le besoin. ».

Le 24 septembre 1999, trois jours après le séisme de Nantou, 胡志強, Hu Zheqiang, dit Jason Hu, (76 ans cette année), sous le coup de l’émotion du désastre, avait violemment condamné l’attitude de Pékin qui, dit-il, exploitait le malheur des Taiwanais : « Leurs paroles et leurs actes violent les principes humanitaires internationaux (...) et seront condamnés et considérés avec honte et regret par la communauté internationale ».

Un quart de siècle plus tard, la défiance exprimée par Joseph Wu qui accuse Pékin d’instrumentaliser le séisme n’a pas faibli. Pour mesurer où se situe la ligne de fracture en Asie pacifique, il suffit de constater à quel point la réaction de Taipei face aux propositions d’aide de Tokyo était différente.

Aux condoléances et aux promesses d’aide exprimées le jour même du séisme sur le réseau social X, par le Premier ministre japonais Fumio Kishida, Lai Qing De, à deux semaines de son investiture, a répondu avec gratitude « Vos paroles nous réchauffent le cœur et symbolisent le lien fort entre Taiwan et le Japon. Continuons à nous entraider et à nous donner la main pour surmonter ces moments difficiles. ».


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