›› Editorial
Le vœu pieux du ministre singapourien et la quête de respect chinoise. L’Urgence partagée de préparer une rencontre au sommet.
Clôturant la cession 2023 du « Dialogue de Shangri-La », le ministre de la Défense singapourien Ng Eng Hen qui appelait Li Shangfu et Lloyd Austin au dialogue, était dans son rôle. Mais pour l’heure l’éventualité est improbable, au moins aussi longtemps que Li sera sous le coup de sanctions américaines dont les Chinois jugent qu’elles sont une arrogance insupportable.
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Dans le long discours du ministre chinois qui mêlait la volonté de dialogue au rejet de l’Amérique, l’un des points auxquels Washington devrait porter le plus attention est la « quête de respect. »
Un siècle après le « mouvement du 4 mai 1919 », réaction nationaliste à l’attribution insultante au Japon de la colonie allemande du Shandong, le Parti émerge, auréolé de la puissance chinoise retrouvée en contestant l’Occident et son leader américain.
Au milieu de la longue liste de reproches adressés à Washington, la rebellion cristallise une rivalité systémique autour de la question hautement inflammable de Taïwan où se croisent l’histoire récente de la guerre civile, le souverainisme inflexible de Pékin et l’angle mort de la démocratie.
Exclue du champ de conscience de la Chine continentale, l’attachement à la démocratie est devenue le levier d’efficacité stratégique de l’île face aux pressions de Pékin ; prétexte idéologique au rapprochement de Washington avec Taiwan, elle enferme les États-Unis dans l’obligation de prendre parti à mesure que Pékin augmente ses pressions militaires sur l’exécutif taïwanais.
En même temps, elle fonde l’accusation de Pékin « d’ingérence » américaine dans les affaires intérieures chinoises et, ignorant les progrès de la liberté individuelle dans l’île, à la racine de l’idéologie de rupture actuellement au pouvoir à Taipei, elle enflamme l’accusation que Washington trahit l’esprit et la lettre des « Trois communiqués ».
Dans le cadre de la reconnaissance de la Chine maoïste par Washington, les « Trois communiqués », ont été signés conjointement en 1972 (Nixon et Zhou Enlai), 1979 (Carter et Deng Xiaoping) et 1982 (Reagan et Deng Xiaoping).
Ils s’accordaient sur la fin des relations officielles entre Taipei et Washington, la reconnaissance, de part et d’autre du Détroit, « d’Une seule chine » et « d’Un seul gouvernement de la Chine ». En même temps, ils précisaient que l’Île et les États-Unis continueraient à entretenir des relations économiques et culturelles, mais que Washington renoncerait progressivement à vendre des armes à l’Île, promesse qui n’a jamais été tenue.
Simultanément le « Taïwan Relation Act - T.R.A - », disposition de Droit Interne votée par le Congrès en 1979, obligeait l’exécutif américain à ne pas rester inerte en cas d’attaque directe de la Chine contre Taïwan non provoquée par une déclaration d’indépendance (lire : Les nouvelles eaux mal balisées de la question de Taïwan).
Sous la surface de ces tensions et rivalités irréductibles attisées par la quête de respect chinoise et l’obsession unificatrice quel qu’en soit le coût à laquelle s’oppose la ferme volonté américaine de dissuader Pékin d’attaquer Taïwan, se cristallise au moins une conscience commune.
Répétée à Singapour à la fois par Lloyd Austin et Li Shangfu, elle rappelle non seulement qu’une confrontation de grande ampleur dans le Détroit serait un désastre de portée planétaire, mais aussi que l’absence prolongée de dialogue en constitue un des ingrédients.
Tel était l’objet du voyage à Pékin d’Antony Blinken, le week-end du 17 juin. En ligne de mire, la préparation des prochains sommets du G20 en Inde, les 9 et 10 septembre et de l’APEC à San Francisco en novembre où Biden et Xi Jinping pourraient se rencontrer, pour tenter de redonner vie à la convivialité évanouie du sommet de Bali.
Au milieu des critiques acerbes des Républicains et au-delà de l’apaisement formel dont pour l’instant chacun à Pékin et Washington semble se contenter, les attentes concrètes sont minces.
Antony Blinken à Pékin. Un rattrapage acrobatique.
Selon Reuters, lors d’une réunion préparatoire préalable au voyage le mercredi 14 juin, les responsables américains avouaient ne pas s’attendre à une percée dans la relation. Dans la soirée, un échange téléphonique entre Blinken et Qin Gang était encore dans le ton de Li Shangfu à Singapour. Il exigeait que Washington cesse de traiter Pékin à partir d’une position de force et de condescendance et cesse de se mêler des affaires de la Chine.
Le porte-parole du Waijiaobu précisait la pensée de l’appareil sur la manière dont Pékin jugeait l’état de la relation « Il ne s’agit pas d’une soi-disant concurrence responsable, mais d’un comportement hégémonique extrêmement irresponsable qui ne fera que pousser la Chine et les États-Unis vers la confrontation ». On notera que, là encore, il est question de « respect ».
Cette quête était déjà le fond de tableau très sensible de la rencontre d’Anchorage, le 18 mars 2021, quand, dans une longue intervention abondamment commentée par les réseaux sociaux , Yang Jiechi, prédécesseur de Wang Yi au bureau politique et ancien ambassadeur à Washington avait assené que « les États-Unis n’avaient aucune légitimité pour prendre la Chine de haut et lui faire la leçon 美国没资格居高临下同中国说话. » (Lire le § « Sur Weibo, la force du nationalisme anti-américain. » de notre article : https://www.questionchine.net/il-y-a-cinquante-ans-le-reve-d-henry-kissinger?artpage=3-3.
