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›› Technologies - Energie

Shenzhou 10 et Tiangong 1, dernier arrimage. Quelle coopération avec la Chine ?

Chine – États-Unis. Méfiances et rivalités stériles.

L’exigence déçue de coopération globale.

Les implications stratégiques globales de cette problématique qui, aux États-Unis et ailleurs, n’a pas fini d’opposer les « pour » et les « contre » la coopération spatiale avec la Chine sont assez bien résumées dans un article paru en février 2013 dans le magazine américain « The Space Review », US cooperation with China in space : Some thoughts to consider for space advocates and policy makers.

L’auteur, Christopher Stone commence par identifier les coopérations possibles, soulignant que la méfiance stratégique et l’interdiction des coopérations sensibles ne doivent pas systématiquement fermer la porte à toutes les possibilités d’échanges. Dans cette optique il énonce trois domaines où la coopération serait possible.

1) Les transferts de technologies, désormais contrôlés par des règlements internationaux (International Trafic in arms regulations – ITAR -) légitimant les embargos quand existent des risques de captation de technologies ou des menaces de sécurité, mais pouvant en revanche autoriser la série des véhicules Shenzhou à s’amarrer à la station internationale ;

2) les efforts de régulation internationale des opérations spatiales – y compris les systèmes anti-balistiques ou la présence de débris – et la mise au point d’un code de conduite par des traités qui restent à négocier, mais dont la teneur doit faire l’objet de dialogues dont l’autorisation ne dépend pas du Congrès, mais de la Maison Blanche ;

3) Les échanges d’informations sur l’espace, tels que la course des astéroïdes et l’organisation de séminaires scientifiques, qui, rappelle l’ auteur, prirent place même durant la guerre froide avec l’URSS.

A ces pistes de coopérations possibles qui touchent à l’organisation générale de la conquête de l’espace par l’homme, s’ajoutent des considérations mises en avant par ceux qui disent prendre en compte l’intérêt stratégique des États-Unis et de leurs alliés.

Le fond des arguments qui sous-tendent cette mouvance au Congrès met en avant les dangers d’un développement spatial totalement cloisonné et le probable surgissement de malentendus porteurs de risques de sécurité, alors que nombre d’autres pays ont déjà entamé des coopérations spatiales avec Pékin. Pour d’autres, qui vont plus loin, la coopération spatiale serait même un adjuvant pour les intérêts stratégiques nationaux des États-Unis et de la Chine, à condition d’y consentir un minimum de transparence et de jouer la carte de la réciprocité.

Certains parlementaires opposés à l’embargo estiment aussi que le rapprochement sino-américain pourrait permettre aux États-Unis de regagner une pertinence dans le projet de la Station Spatiale Internationale (SSI), perdue depuis l’arrêt des missions de la navette en 2001.

Fin 2012, un éditorial de « Discovery News » avançait que la coopération avec la Chine dans le domaine du transport spatial permettrait à Washington de reprendre la main, non seulement sur le projet SSI, mais également sur celui de l’exploration des confins de l’espace, à condition d’y consacrer suffisamment de moyens technologiques et financiers.

Défiance des conservateurs américains au Congrès

L’autre versant de l’article est un rappel des arguments bien connus mis en avant par les opposants à tout échange avec la Chine dans le domaine spatial (hostilité de la Chine envers les États-Unis, lourde implication de l’APL dans les programmes, risques que les États-Unis perdent leur suprématie acquise depuis 40 ans, absence de démocratie et atteintes aux droits de l’homme).

Au point que, réagissant aux missions en Chine de Charles Bolden, directeur de la NASA et de John Holdren, responsable des politiques scientifiques et technologiques à la Maison Blanche, les Congressmen les plus conservateurs avaient fait voter une loi très restrictive interdisant d’utiliser des fonds publics pour développer quelque forme de coopération que ce soit avec Pékin.

Le cœur des rhétoriques renvoie aux stratégie globales, multiformes et multi-secteurs de la Chine toutes orientées vers le développement de sa puissance et la recherche du leadership au moins régional sinon mondial, articulé autour de l’ancienne conception de Thucydide expliquant que l’influence repose sur la « sécurité, le prestige et la richesse ».

Dans ce contexte, la conquête spatiale est pour la Chine un argument de puissance et d’influence pour regagner dans le monde la place qui lui revient. Contrairement à l’Europe et aux États-Unis elle y consacre sans compter toutes les forces nécessaires, quel qu’en soit le prix, notamment pour maîtriser les technologies de pointe ou se les approprier par tous les moyens, qu’ils soient légaux ou illégaux.

Dans cette stratégie, la diplomatie par laquelle Pékin nie absolument qu’elle est en recherche de puissance, est un outil de déception derrière lequel elle s’abrite pour, selon les analyses très conservatrices de l’American Enterprise Institute « réduire la puissance des États-Unis en Asie, leurs accès et leurs alliances, afin de limiter l’autonomie des démocraties asiatiques ». En bref, conclut l’article, dans le programme spatial chinois, il y a bien plus que la simple fierté, la gloire ou le prestige de mettre des astronautes en orbite ou d’explorer l’espace.

Il serait « en réalité partie d’une stratégie globale visant à assurer la sécurité nationale et à promouvoir le développement économique et l’accès aux sources d’énergie. Par dessus tout, il vise à freiner l’influence diplomatique américaine en Asie-Pacifique, et, en cas de conflit à gêner l’accès des États-Unis aux satellites de renseignement et de navigation ».

Revenant à une logique moins paranoïaque, la conclusion générale de l’article n’appelle pas au blocage, mais à un « scepticisme prudent », soulignant qu’il existe plus d’une manière de considérer la question de la coopération avec la Chine et pas seulement « le tout ou rien ».

Plus largement on peut estimer que les arguments qui spéculent sur la recherche de puissance et de sécurité par la Chine s’appliquent également aux stratégies américaines, qui, elles aussi, pourraient, faute de dialogue, conduire à de dangereuses crispations. Dans ce contexte où survivent les vieilles stratégies de compétition stériles, alors même que le cours du monde exige de plus en plus de coopération globale, on ne peut que regretter que la voie de l’Union Européenne porte si peu.


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