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« So Long My Son » de Wang Xiaoshuai

Wang Jingchun (王景春), Yong Mei (咏梅) remarquables interprètes du couple d’ouvriers que sont Liu Yaojun le père et Wang Liyun avec leur fils Liu Xing - Xing Xing - sur les épaules de son père. La photo immortalise la période heureuse en Chine du nord avant l’accident qui quelques années plus tard causa sa mort par noyade de Xing Xing.


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Sur les écrans parisiens en ce moment : « So Long, My Son - 地久天 长, Di Jiu Tian Chang » longue fresque de trois heures à la fois intime et familiale, politique et tristement nostalgique s’étirant sur les 40 ans de la Chine en développement par Wang Xiaoshuai 王小, 62 ans, auteur, entre autres de « Beijing Bicycle - 十七岁的单车, Shiqi sui de dan che » , ours d’argent à la Berlinale de 2001, « Shanghai Dreams - 青 红 – Qing Hong – Vert / Rouge » prix du jury à l’unanimité au festival de Cannes en 2005 et de « Red Amnesia 闯入者- Chuang Ru Zhe – L’intrus », présenté en première mondiale à la Biennale de Venise en 2014.

Si les deux derniers films étaient une réminiscence autobiographique des conséquences traumatiques des politiques de développement accéléré des campagnes dans les années 60 et de la révolution culturelle, dix ans plus tard, « So Long my son » encensé par la critique, célébrant au passage les vertus de l’oubli et de l’amitié, antidotes aux absurdités politiques, est une longue et douloureuse contrition sur les abus autoritaristes et leurs effets psychologiques de la politique de l’enfant unique.

QC avait évoqué de sujet dans La politique de l’enfant unique en question et Les égarements du « 计划生 育 ». Quand le planning familial devient fou.

Wang Jingchun (王景春) et Yong Mei (咏梅), remarquables interprètes du stoïcisme silencieux du couple d’ouvriers que sont Liu Yaojun le père et Wang Liyun, la mère ont été récompensés de deux ours d’argent à la 69e Berlinale (février 2019). Leur jeu à la fois expressif, serein et taciturne s’adapte à merveille à cette lente plongée dans la Chine encore idéologique des années 80 dont la mutation s’accélère à mesure que le temps passe où les individus, les familles et les clans survivent à force de résilience et de solidarité familiale.

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« So Long… » met d’abord en scène la vie austère à la limite de la misère, mais digne et heureuse d’une famille dans une cité ouvrière de Chine du nord dont le destin est cruellement perturbé par l’avortement brutalement forcé de la mère Wang Liyun suite à la dénonciation hargneuse de Li Haiyan amie de longue date et responsable d’une section du parti à l’usine, puis par la mort de leur fils unique Xing Xing noyé, poussé à l’eau dans le réservoir d’un barrage par Shen Hao, le fils de Li Haiyan.

Le sentiment de culpabilité que la mère et le fils porteront toute leur vie comme un fardeau insupportable, constitue le fil conducteur du film. D’abord suggéré, ce dernier se dénoue quand, à la fin du film, Shen Hao, devenu médecin et après avoir assisté sa mère mourante et égarée par le remords, confesse aux parents de Xing Xing qu’il est le responsable de la mort de leur fils.

Les lentes péripéties toujours marquées par le style indolent de Wang et entrecoupées de retours en arrière accompagnent la migration du couple vers le sud. Il y est question des angoisses noyées dans le Maotai du père Liu Yaojun et du désespoir de sa femme.

Désemparé par le traumatisme psychologique de son épouse brutalement contrainte par le parti à interrompre sa grossesse et anéantie par la mort de son fils noyé, Liu Yaojun se réfugie dans l’adultère avec une de ses jeunes stagiaires Shen Moli, à l’atelier de mécanique, interprétée par Qi Xi. La jeune femme finira par émigrer en Amérique avec son fils illégitime, né de sa liaison avec son patron. Wang Liyun sa femme, alertée par un sixième sens féminin a percé le secret de son mari que tout le clan ignore, mais elle se tait.

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Le film s’achève en clair-obscur dans la Chine moderne avec la mort à l’hôpital de Li Haiyan (AI Liya) atteinte d’une tumeur au cerveau et accablée du remords d’avoir forcé son amie à avorter. En même temps Wang Xiaoshuai célèbre les vertus du pardon et de l’harmonie.

Le couple doublement en deuil des agissements d’une famille qui a détruit sa vie, accepte en cadeau l’appartement offert par Shen Yingming le mari, veuf de Li Haiyan, enrichi dans l’immobilier.

Par ce geste les uns et les autres scellent la réconciliation du clan, tandis que la tristesse de la famille éplorée se dissipe in-extremis avec la joie du retour du fils prodigue également baptisé Xing Xing, adopté au Fujian, où le couple s’était réfugié après les désastres de la première partie de leur vie, en Chine du nord.

Nostalgie et contraste moderniste.

Li Yaojun et Wang Liyuan, silencieux dans un port de pêche du sud de la Chine expriment la triste résignation des émigrés accablés par le malheur.


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La longue fresque familiale dont le début s’inscrit dans une des transes autoritaristes du parti relayées par la brutalité appliquée et consciencieuse des fonctionnaires locaux, vaut par l’acuité méticuleuse du cinéaste qui laisse percer sa nostalgie des solidarités familiales, palliatif aux effervescences idéologiques et aux chocs assénés par le destin et le temps qui passe.

La résilience muette du peuple, est parfois démentie par des fièvres sociales que Wang met brièvement en scène à l’occasion d’une réunion du parti quand les militants excédés se révoltent bruyamment contre un fonctionnaire de l’appareil qui leur annonce des licenciements.

Mais la patiente opiniâtreté des Chinois et leur stoïcisme sont magistralement mis en scène par plusieurs scènes. Celle où le couple immigré dans un port de pèche du sud où il se sent étranger, assis au bord d’un quai, exprime la résignation digne et austère de migrants accablés par le malheur.

Ou encore, la séquence quand le couple retourne dans le nord pour visiter la sépulture délaissée, aux inscriptions à moitié effacées où repose leur fils Xing Xing, au sommet d’une colline de poussière jaune, face à la ville en développement rapide.

Ayant disposé sur la tombe rapidement balayée à l’aide d’une brassée de paille, des provisions de bouche pour l’âme du défunt, ils s’assoient silencieux sur le sol, jambes allongées de chaque côté de la petite stèle jaune, tournant le dos à la ville.

En arrière-plan flotte un puissant contraste entre d’une part les contritions du parti à l’évidence gêné par les débordements idéologiques de son « planning familial » auquel il a mis fin en 2015 autorisant 2 enfants par couple et, d’autre part, le vent de fierté nationale qui souffle sur la Chine moderne que Liu Yaojun et Wang Liyun observent en silence, réconfortés par leurs amis et le retour de leur fils adoptif à qui ils avaient donné le même nom Xing Xing que leur fils disparu.

Pour plus d’informations sur Wang Xiaoshuai et son œuvre, consulter le site de Brigitte Duzan : Chinesemovies


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