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›› Editorial

Taiwan. La volte-face américaine

La presse américaine et Xinhua se sont aussitôt emparés du sujet. Après des mois de confusion, ponctuée de provocations directes touchant le cœur même de la légitimité historique de la République populaire de Chine à propos de la question de Taiwan, Donald Trump vient de faire marche arrière. Le 9 février, il a téléphoné au n°1 chinois Xi Jinping pour lui indiquer que la Maison Blanche respecterait « la politique d’une seule Chine », arrière plan ambigu de la politique chinoise de Washington depuis 1979.

La séquence qui exprime un écart entre les paroles et les actes, entre les affirmations péremptoires et la complexité du réel, est l’occasion d’ouvrir une réflexion sur le type de stratégie à opposer aux intentions de Washington exprimées par la répétition électorale du slogan « America first », sans même prendre la précaution de l’envelopper dans un discours de coopération internationale à laquelle la Maison Blanche semble radicalement tourner le dos. En même temps, l’épisode qui éclaire la stratégie de Trump et la fermeté chinoise, jette une lumière crue sur la paralysie stratégique de l’Europe.

Soulagement en Chine et en Asie.

En Asie, à l’annonce de la nouvelle, le soulagement international a été immédiatement palpable. Y compris à Pékin où, à quelques mois du 19e Congrès, au milieu des marchandages en vue de la composition subtile du nouvel exécutif chinois, le Bureau Politique ne pouvait s’accommoder d’une aussi grave remise en cause publique de son projet de réunifier Taiwan au Continent.

Mais, échaudé par les précédents écarts du nouveau Président américain et la présence dans son entourage de personnalités très critiques des politiques commerciales chinoises et de ses prétentions exorbitantes en mer de Chine du sud, le régime reste méfiant et attend de voir.

A l’instar de He Weiwen, ancien attaché commercial chinois à San Francisco et New-York, aujourd’hui membre à Pékin du Centre de recherche sur la globalisation : « L’atmosphère est redevenue favorable. La suite dépendra de la teneur des négociations ». He garde probablement en tête que, comme le souligne Bloomberg, « Trump peut modifier l’ambiance en un seul twitt. »

Ma Zhengang, ancien ambassadeur à Londres qui fut également conseiller politique à Washington, suggère à Pékin de ne pas trop se réjouir, « ce qui exprimerait une faiblesse », mais reconnaît que la porte a été ouverte pour des échanges sur de nombreux sujets allant du commerce à la Corée du Nord en passant par l’Iran.

Le réajustement américain a également été accueilli avec soulagement à Tokyo où le porte-parole du gouvernement s’exprimait le 10 février, au moment même où Shinzo Abe arrivait à Washington. Le même jour, à Taiwan, la présidence rappelait l’importance pour l’Île de bonnes relations entre la Chine et les États-Unis.

La Chine n’est pas dupe de la méthode Trump.

A ce stade du compte-rendu apparaît clairement le modèle diplomatique de Trump articulé autour de coups de bluffs, expédients courants dans les négociations commerciales, plaçant d’abord les enchères à un niveau à la fois inattendu et inacceptable pour, ensuite, tirer profit du soulagement provoqué par une apparente marche-arrière. Mais on le voit, les Chinois ne sont pas dupes. Rompus aux manœuvres obliques à la déception et aux changements de pied, ils ne craignent pas de monter les enchères, surtout quand le prestige public de l’exécutif est en jeu.

Plus encore, s’il est vrai que l’épée de Damoclès taiwanaise a été évacuée du paysage, le plus dur des négociations reste à faire. Pékin le sait et s’y prépare. Jamais Washington, le Pentagone et l’US Navy, tenants de la première puissance maritime globale, n’accepteront la prévalence chinoise en mer de Chine du sud, grande comme la Méditerranée que Pékin rêve de transformer en mer intérieure chinoise.

Quant aux marchandages commerciaux et tarifaires, ils s’appuient chez Trump sur le rejet par une grande partie de l’opinion américaine de l’option économique néo-libérale transfrontières que Pékin continue à défendre contre la vague mondiale qui la refuse.

Enfin, l’épisode qui ne comportera probablement pas de vainqueur, mais débouchera sur des compromis obligés compte tenu de l’importance des enjeux, devrait donner à réfléchir aux Européens. Contrairement à la Chine, ces derniers ne parviennent en effet pas à se poser en interlocuteur crédible de Washington pour s’extraire de la situation de vassalité où ils se trouvent et se hausser au niveau d’un partenaire stratégique que la Maison Blanche prendrait au sérieux.

Fermeté chinoise et disgrâce stratégique de l’Europe.

Dans une de ses dernières « Lettres de Léosthène », publication bimensuelle confidentielle, Hélène Nouaille explore la catalepsie européenne et la compare à l’assurance stratégique dont la Chine vient de faire preuve en traçant sans ambiguïté une ligne rouge autour de Taiwan.

L’analyse d’une Europe stratégique devenue inaudible à force de contradictions entre son message de bon élève de la mondialisation libérale et l’accélération des tendances centrifuges ponctuées par un durcissement des peuples contre les systèmes politique discrédités, examine l’absence de réaction ferme des élites bruxelloises et européennes après les attaques anti UE de Trump et de son ambassadeur nouvellement nommé : Ted Malloch.

Le tableau présenté par Hélène Nouaille dresse un contraste saisissant entre la mort apparente de l’Union et l’intransigeante inflexibilité du régime chinois quand il est attaqué dans un de ses substrats politiques les plus essentiels : l’unité de la Chine.

Pour le moment en tous cas, souligne en substance Hélène Nouaille, les réponses aux agressions verbales venant de Washington qui, toutes, ravalaient l’Europe au rang d’un ectoplasme, au mieux quantité négligeable, au pire à mettre au pas, sont restées très en-dessous de la réaction chinoise.

Pourtant, souligne Jean Quatremer, cité par la Lettre, « il suffirait d’un seul refus parmi les 27 pour récuser la candidature de Ted Malloch » qui, depuis quelques semaines, multiplie les déclarations insultantes contre l’Europe. Mais, ajoute Quatremer, le courage n’est pas la marque de fabrique des États européens, seuls ou en groupe.

Décidément, dans le monde multipolaire que les stratèges appelaient de leurs vœux après les déboires américains au Moyen Orient, l’Europe est devenue une sorte de corps astral, impuissant à tenir son rang, tandis que la Chine protège, contre vents et marées, ses intérêts, avec constance et sang froid. Au point qu’elle apparaît aujourd’hui comme le seul contrepoids crédible à l’omnipotence égocentrique des États-Unis.


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