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›› Editorial

Vents contraires

Un craquement ?

Récemment les indices de dissensions entre Xi Jinping et Wang Qishan actuel vice-président et ancien n°1 de la Commission Centrale de Discipline de 2012 à 2017 qui fut chargé de lancer la campagne contre la corruption et de tirer les très brutales premières salves en 2013, dessinent la perspective d’une fracture plus profonde entre plusieurs visions du pouvoir. (voir en Annexe II la trajectoire politique de Wang Qishan différente de celle de Xi Jinping).

L’hypothèse d’un craquement entre le Président et Wang qui fut souvent présenté comme un très proche confident de Xi Jinping est encore très hasardeuse. Pour autant, la mise en cause pour corruption étant devenue une arme politique dont les tirs sont d’abord déclenchés contre l’entourage des cibles de haut niveau, il est légitime de s’interroger sur la signification de la toute récente mise en examen, rendue officiellement publique le 2 octobre, de Dong Hong 董宏.

Depuis 1998 à Canton, Dong est le proche camarade de Wang Qishan, qu’il avait aussi suivi à Hainan, à Pékin et jusqu’à la Commission de la réforme économique du Conseil des Affaires d’État aujourd’hui dissoute.

L’affaire est à suivre en gardant en mémoire que toute la trajectoire politique de Wang Qishan, dont le mandat s’achèvera en 2022, date à laquelle il sera atteint par la limite d’âge fixée par la jurisprudence – il aura 74 ans -, indique qu’il pourrait considérer de manière critique l’action de Xi Jinping.

Son jugement dissonant viserait non seulement l’agressivité de la politique extérieure, mais également la politique intérieure où il avait, dès 2013, souligné que la simple répression des corrompus qu’il conduisait pourtant fidèlement, ne traiterait que les symptômes du mal. Pour lui le seul remède efficace devrait s’intéresser au fonctionnement même de l’appareil politique.

Le 8 octobre, concluant un article sur le sujet, KATSUJI NAKAZAWA, spécialiste des affaires chinoises de Nikkei Asia se demandait si la relation entre Wang Qishan et Xi Jinping dont tout le monde louait la solidité, n’en était pas arrivée à son crépuscule. « Si c’était le cas » dit-il, « la structure du pouvoir chinois serait sur le point de connaître un changement tectonique ».

Nuages

A l’extérieur, en Occident le ciel s’assombrit encore un peu plus pour Huawei. Selon le WSJ, à Berlin, le cabinet d’Angela Merkel préparerait une législation alourdissant notablement les procédures d’approbation des équipements du Chinois pour du réseau de relais de la 5G.

Un flottement identique de la relation avec la Chine est à l’œuvre en Grèce après le passage de Mike Pompeo et le choix par le fournisseur d’accès Cosmote du Suédois Eriksson pourtant 30% plus cher, comme fournisseur exclusif des équipements de la 5G grecque. En Europe de l’Est, l’enthousiasme prochinois du schéma de relations 16 + 1 pourrait lui aussi avoir perdu sa dynamique.

En novembre de 2019, les services secrets tchèques annonçaient que la Chine était devenue « un risque comparable à celui de la Russie ». Les menaces proférées publiquement par le Ministre Wang Yi lors de la visite du président du Sénat tchèque à Taïwan n’ont rien arrang ; lire : Le sénat tchèque à Taïwan. Pékin perd son calme. Le fossé se creuse entre l’Île et les Chinois.

A Londres, le vent a tourné à 180° en fort contraste avec la lune de miel de la visite de Xi Jinping en 2015 (lire : Lune de miel entre Londres et Pékin. Le faste monarchique au service du pragmatisme) ; secouée par les crispations de la loi sur la sécurité à Hong Kong et l’accueil réservé à Nathan Law en juillet, la relation a carrément tourné à l’aigre.

Le 5 octobre, le tout nouveau Chancelier de l’Échiquier Rishi Sunak d’origine indienne, appelait à la fermeté et au réalisme dans la relation avec Pékin.

Alors que Pékin avait en 2018 acheté l’ancestral Hôtel des Monnaies (Royal Mint), surplombant la Tamise, face à la Tour de Londres aux limites de la City situé à un jet de pierre de l’ancien « China Town » pour en faire la plus vaste ambassade au monde –, projet grandiloquent où perce clairement un désir de revanche historique, un siècle-et-demi après les humiliantes guerres de l’opium –, voilà que le site de la prochaine mission diplomatique est ciblé par la communauté musulmane voisine peuplant les quartiers Est de la capitale britannique.

La raison de la colère est le traitement réservé par la Chine aux Musulmans Ouïghour du Xinjiang que le pouvoir chinois emprisonne illégalement en grand nombre en leur infligeant, sous prétexte de lutter contre le risque terroriste - qui n’est cependant pas une chimère -, un programme de rectification politique et des séances de travail forcé (sur le risque terroriste, lire : Xinjiang. Menaces djihadistes directes et spirale répressive et Risques de contagion radicale au Xinjiang).

La brutalité diplomatique en question.

Au moment où le pouvoir se raidit à l’intérieur, tandis qu’à l’extérieur monte une réprobation de l’Occident, le 30 septembre, Yuan Nansheng, qui fut jusqu’en 2014 Consul Général à San Francisco avec rang d’Ambassadeur, Docteur en droit, auteur prolifique de nombreux livres traitant des relations heurtées de la Chine avec l’Occident et ses voisins, mettait publiquement en garde contre la montée populiste et l’exacerbation nationaliste.

Aujourd’hui vice-Président de l’Institut des Études Internationales - 中国国际问题研究所 -, le centre de recherche stratégique du Waijiaobu, Yuan Nansheng se projette après la pandémie et anticipe que Washington échaudé par l’agressivité chinoise pourrait revenir à son ancienne stratégie de « containment - 遏制 » de la Chine.

Que craint-il ? Un retour à un succédané de guerre froide qui finirait par réduire le flux des échanges sino-américains aussi indispensables pour la Chine que pour les États-Unis. Il l’exprime sans trop de prudence et assez clairement pour que la tête de l’Appareil comprenne la critique.

« Bien qu’il soit peu probable que la Chine et les États-Unis s’engagent sur la voie du découplage, cette possibilité ne peut pas être éliminée et doit faire l’objet d’une attention particulière ».

Il ajoutait une critique acerbe du manque de subtilité des stratégies chinoises : « tenter de profiter du chaos de la pandémie en spéculant sur le déclin des États-Unis est une grave erreur stratégique. » (…) Car, dit-il, « maîtrisant les technologies de pointe, disposant du plus grand marché intérieur, contrôlant, par ses marchés boursiers le plus riche marché financier de la planète, les États-Unis pourraient être les premiers à sortir de la crise économique et à se remettre en ordre de marche ».

Enfin, prenant le contrepied de l’agressivité internationale des diplomates « Loups guerriers », (lire : La Chine agressive et conquérante. Puissance, fragilités et contrefeux. Réflexion sur les risques de guerre) Yuan prônait le retour à la prudence stratégique suggérée par Deng dans les années 90 « - 韬光养晦 –cachez vos éclats et cultivez l’ombre ».

« Certains », dit-il, « croient que la stratégie de Deng exprimerait une faiblesse. C’est un grand malentendu. (…). Le soldat tire son épée, mais le diplomate la range dans son fourreau. Personne ne doit savoir qu’elle est là. La diplomatie chinoise doit être plus solide. Et pas seulement plus brutale ».


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