›› Editorial
Mains tendues réciproques.
Photo datant du premier mandat de D. Trump, avant le déclenchement de l’épidémie à l’automne 2019 à Wuhan au milieu des occultations crispées de l’appareil chinois à l’origine de leur brouille.
Le 6 novembre dernier, au moment où la victoire de D. Trump est apparue assurée, l’appareil chinois a, malgré les tensions de la relation, fait savoir par un communiqué qu’il rechercherait la coexistence pacifique 和平共处, basée sur le respect mutuel 相互尊重 au bénéfice des deux parties. 合作共赢.
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Signe objectif d’une volonté d’apaisement, aucune des envolées emphatiques de Wang Yi décrivant l’élargissement de l’influence chinoise dans le sud global délaissé par Washington, n’était empreinte de la féroce vindicte anti-américaine exprimée le 2 juin dernier lors du dialogue de Shangri-La, à Singapour par le nouveau ministre de la Défense Dong Jun - aujourd’hui sur la sellette, officiellement pour des faits de corruption - (lire : « Dialogue de Shangri-La »- Dialogue de sourds- L’agressivité anti-occidentale de Pékin devient planétaire).
Répétant sa vision que la Chine stabilisée en interne grâce à Xi Jinping, contribuerait à l’apaisement du Monde, Wang Yi qui affirma que la coopération sino-américaine avait le potentiel de produire des résultats positifs, a lancé un appel au Président élu Donald Trump.
« Nous espérons que le nouveau gouvernement américain fera le bon choix, 我们希望美国新政府做出正确抉择 et accomplira la moitié du chemin vers la Chine 同中方相向而. [Nous espérons] Qu’il éliminera les interférences [parasites] 排除干扰 ; Qu’il surmontera les obstacles 跨越障碍 et qu’il s’efforcera de développer avec la Chine des relations stables, saines et durables 力争中美关系稳定, 健康,可持续发展. »
Exprimant une perspective édifiante articulée à la mise en scène de la bonne foi chinoise, il a ajouté : « Nous sommes disposés à maintenir le dialogue avec les États-Unis, 我们愿同美方保持对话, à gérer les différends 管控分歧, à accroître la confiance 增信释疑, à dissiper les doutes, à élargir la coopération 拓展合作 et à explorer ensemble 共同探寻 la bonne manière d’avoir des relations 正确相处之道 pour que, sur cette planète 在这个星球上, [nos] deux grands pays 两个大国 en profitent 造福 en même temps que le monde 惠及世界.
Coïncidence heureuse ou opportunisme calculé, le discours de Wang est intervenu quelques heures seulement après que D. Trump déclarait que Pékin et Washington pourraient travailler ensemble « pour résoudre tous les problèmes du monde ».
Initiative insolite, au milieu d’une série de nominations de « faucons » antichinois dans l’appareil des Affaires étrangères et de sécurité de la Maison Blanche, Donald Trump a même invité le président chinois Xi Jinping à sa deuxième investiture, le 20 janvier prochain. Alors que l’appareil à Pékin n’a pas répondu, l’invitation a été saluée par l’ambassade de Chine à Washington.
Se targuant de franchise, l’iconoclaste futur président américain, s’est même laissé aller à faire l’éloge de Xi Jinping « un gars extraordinaire » avec qui, dit-il, il « avait eu de très bonnes relations » jusqu’à la pandémie de Covid-19, dont il a avoué qu’elle avait créé entre les deux un fossé difficile à combler.
Lignes rouges.
Il reste que, tout en exprimant clairement le souhait de stabiliser la relation avec Washington par le respect mutuel que les grandes puissances se doivent les unes aux autres, Wang Yi a énuméré les principes et conditions intangibles de la relation sino-américaine, traçant « les lignes rouges » à ne pas franchir [mot à mot qui ne peuvent pas être contestées] 不容挑战的红线.
« La Chine protègera résolument sa souveraineté, sa sécurité ainsi que ses intérêts de développement et s’opposera fermement aux sanctions illégales et injustifiées infligées par les États-Unis à la Chine ». Dans ce contexte, Pékin s’impose de répondre sans équivoque à « l’ingérence flagrante » de Washington dans ses affaires intérieures à Taïwan.
Ce mois-ci, Pékin a notamment sanctionné 13 entreprises de défense américaines et six de ses dirigeants pour riposter aux « annonces répétées de ventes d’armes à Taïwan », qui, affirme Wang Yi, violent gravement la politique d’une seule Chine.
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Le discours de Wang Yi fut aussi une vaste apologie du système politique chinois, vertical, antidémocratique et en rupture avec l’Occident.
En même temps il était un panégyrique de Xi Jinping nº1 de l’appareil, présenté comme la clé de voute et l’inspirateur de la politique intérieure de la Chine et de ses stratégies extérieures dans un monde que Wang décrit sous l’irrésistible influence du modèle chinois et de ses vertus apaisantes, clés de la stabilité internationale.
Fidèle apparatchik, blanchi pendant 39 ans sous le harnais des Affaires extérieures, Wang Yi est un inconditionnel du Président qui l’a fait entrer au Bureau Politique au 15e rang à l’automne 2022, lors du 20e Congrès à 69 ans, une année après l’âge de la retraite imposé aux cadres par la jurisprudence de l’appareil (lire : Membres du 20e Bureau politique).
Pièce maîtresse sans état d’âme de la politique étrangère et habile promoteur de ses ajustements, Wang Yi a navigué avec talent au gré des secousses de la période vindicative les « Loups guerriers » et des efforts d’apaisement qui suivirent.
Aujourd’hui, il se fait le promoteur convaincu des mains tendues à la Russie et à la vaste nébuleuse anti-occidentale du « Sud global » et des émergents, y compris les plus férocement agressifs contre Washington, comme l’Iran ou la Corée du Nord.
Signe que l’homme est un élément clé du sérail de Xi Jinping, à l’été 2023, à près de 70 ans, déjà à la retraite, il avait repris ses fonctions à la tête de la diplomatie chinoise, après la destitution de Qin Gang de 13 ans son cadet (lire : Destitution de Qin Gang. Une brutalité suspect).
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Réduite à l’essence même de la pensée de Xi Jinping sur fond de sa rancœur historique contre l’Occident responsable des humiliations infligées à la Chine au XIXe siècle, la stratégie conduite avec Vladimir Poutine animé de la même amertume anti-occidentale, est un activisme protéiforme et multidirectionnel.
En quête de respect westphalien de puissance à puissance sans ingérence réciproque, son but est triple :
1) Promouvoir le système politique du parti unique seul capable de maintenir la stabilité harmonieuse de la Chine ;
2) Riposter aux pressions de Washington dans le Pacifique Occidental, en mer de Chine du sud et dans le détroit de Taïwan ;
3) Rallier à sa cause la nébuleuse périphérique des déçus de l’Occident, en Afrique, en Asie et en Amérique Latine, vaste arc-boutant d’une vision de combat destinée à discréditer par le poids du nombre, la prévalence globale de l’Amérique et de ses alliés.
La stratégie de contournement par la périphérie que certains au Parti ont assimilé à la conquête maoïste des villes par le détour des campagnes, présente cependant un sérieux hiatus qui nourrit en interne les critiques adressées à Xi Jinping.
Dans l’actuelle étroite interaction des intérêts commerciaux entre la Chine et l’Occident, alors que les exportations chinoises deviennent plus chères et plus sophistiquées, les marchés des forces périphériques que la Chine courtise ne sauraient prendre le relais des Européens et des Américains, avec lesquels il est nécessaire de maintenir les relations les moins heurtées possibles.
La contradiction entre l’arrière-plan humilié de la rancœur anti-occidentale et le passage obligé commercial des incontournables marchés occidentaux plus solvables, explique en partie l’incessant balancement entre les raidissements et les mains tendues de Pékin.
Au-dessus de ces tensions internes surnage cependant le paradoxe majeur, trou noir de la pensée de l’appareil. Tout en faisant l’apologie de sa stratégie extérieure d’apaisement, il construit en mer de Chine du sud et à Taïwan un vaste dispositif de menaces et d’interdiction.
En contradiction flagrante avec son discours de bienveillance internationale, ses actes coagulent contre lui une alliance de pays libres, qui se réclament de la démocratie précisément rejetée par les « caractéristiques chinoises » de Xi Jinping.
