Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Chine - monde

Xi Jinping accueille Vladimir Poutine à Pékin. Parfaite symbiose et risques de fausses notes

La difficile acrobatie du grand écart chinois.

Alors que Pékin affiche une neutralité de façade pour préserver ses débouchés sur les marchés occidentaux, son plan de paix en douze points qui n’appelait pas au retrait russe de l’Ukraine, s’est heurté au refus des Occidentaux, tandis que pour préserver sa relation avec Moscou, Pékin répète le discours russe sur l’extension de l’OTAN vers l’Est, cause majeure de la guerre.

Enfin, le refus de Xi Jinping de condamner l’agression du Kremlin a fini de dégrader l‘image de la Chine en Occident, tandis que la violence du conflit ukrainien renforçait l’alignement sur les États-Unis d’une Europe toujours incapable d’organiser sa défense de manière autonome.

Cette cristallisation du camp occidental face au couple sino-russe est en train de provoquer par contagion un durcissement commercial des Européens face aux exportations chinoises de véhicules électriques, devenues le symbole du non-respect par Pékin des lois du libre marché [1].

Alors que la stratégie internationale de Xi Jinping a radicalement tourné le dos aux préceptes de prudence et de discrétion de Deng Xiaoping, le plus madré des dirigeants chinois depuis la mort de Mao qui recommandait aux Chinois de se tenir à l’écart de toute alliance internationale et de « cacher leurs “brillances“, leur conseillant de cultiver “l’ombre” – 韬光养晦 tao guang yang hui - » la rencontre à Pékin entre Vladimir Poutine et Xi Jinping était placée sous l’opprobre de Washington qui fustigeait l’aide chinoise à Moscou.

Alors que la Direction chinoise la nie catégoriquement, pour la Maison Blanche, l’aide chinoise à l’agression contre l’Ukraine est substantielle par le soutien à l’industrie russe sous la forme de machines-outils, de moteurs de drones, de turboréacteurs et de microélectronique exportés directement ou par le biais d’un pays tiers.

L’aide chinoise prend aussi la forme d’achat d’hydrocarbures en réalité une bonne aubaine pour Pékin qui stocke à moindre prix, les réserves de pétrole importées par une flotte de « tankers fantômes » armés par Moscou.

Selon les informations fournies par la société de recherche Vortexa basée à Londres qui fournit en temps réel des informations sur les mouvements de bateaux et les flux mondiaux de pétrole et de gaz, le groupe chinois CNOOC dont les achats de pétrole russe à prix réduit ont notablement augmenté, stocke ses importations dans des réserves stratégiques à Dongying.

Situé sur le golfe de Bohai le port vient d’activer trois quais capables d’accueillir des tankers de la classe Aframax (255 m) opérant habituellement en Mer noire, et dispose d’installations logistiques d’une capacité de stockage de 31,5 millions de barils, soit 5 millions de m3, qui représentent plus de 10% de la capacité totale de stockage française.

*

Enfin, le 17 mai, Xi Jinping a accompagné V. Poutine à Harbin, capitale du Heilongjiang, au cœur de la Mandchourie où vit encore une importante communauté russe.

Au milieu des spectaculaires réminiscences architecturales de la Russie impériale et d’un patchwork de cultures bigarrées, se croisent les racines mandchoues, celles des russes blancs ayant fui la révolution, et même des juifs échappés des pogroms de l’empire tsariste.

Dans ce cœur de la Chine du Nord, aussi connu pour son festival de glace chaque janvier, Harbin est né grâce à la vitalité de la communauté des ingénieurs russes venus au XIXe siècle construire le chemin de fer Transmandchourien.

Les deux y ont visité une foire commerciale dédiée au commerce avec la Russie, où fleurissaient les slogans vantant les mérites des bons plats russes 俄罗斯美食. Mais ils ont surtout été accueillis à l’Institut de Technologies, réputé parmi les meilleurs de Chine, creuset de l’innovation notamment dans les domaines de l’espace et des équipements de défense.

Là se situe une incohérence logique. Ou peut-être une provocation.

Si, comme ne cesse de le répéter le porte-parole du Waijiaobu, Xi Jinping tenait à ce point à contredire Washington qui accuse la Chine d’aider la Russie dans sa guerre contre l’Ukraine, alors pourquoi cette visite dédiée à l’un des plus emblématiques instituts de recherche que les Chinois baptisent eux-mêmes un des « sept fils de la défense nationale - 国防七子 - » ayant tous d’étroites relations avec l’APL et travaillant à la mise au point d’équipements de pointe dans le secteur de la défense ?

La vérité est peut-être qu’en arrière-plan l’héritage de prudence de Deng Xiaoping, télescope violemment le nationalisme souverainiste de Xi Jinping animé par un esprit de revanche historique dont les racines plongent dans les humiliations infligées à la Chine au XIXe siècle par les « Huit puissances ».

Xi a trouvé en Vladimir Poutine lui aussi humilié par la chute de l’URSS, un allié contre l’Occident qu’ensemble ils considèrent à la fois comme décadent et en même temps porteurs de valeurs de droit, de liberté et de séparation des pouvoirs qui les menacent.

Note(s) :

[1Face aux perspectives de sanctions agitées par Bruxelles contre l’exportation de véhicules électriques, Pékin dispose de la marge de manœuvre de la Hongrie, membre de l’UE et de l’OTAN qui fabriquera sur son sol les modèles électriques de BYD, projet que la récente visite officielle de Xi Jinping à Budapest a confortée.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

Organisation de Coopération de Shanghai, réunion de l’OTAN et front sino-russe anti-occidental

Dangereuse escalade en mer de Chine du sud

Au-delà de la reprise des contacts militaires, la lourde rivalité sino-américaine en Asie-Pacifique

Au Pakistan, des Chinois à nouveau victimes des terroristes

Munich : Misère de l’Europe-puissance et stratégie sino-russe du chaos