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Xi Jinping accueille Vladimir Poutine à Pékin. Parfaite symbiose et risques de fausses notes

Le 16 mai, Vladimir Poutine et Xi Jinping au grand palais du peuple à Pékin.


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Les 16 et 17 mai, après avoir porté le fer dans les plaies de la solidarité européenne hésitante à Belgrade et Budapest, Xi Jinping a accueilli Vladimir Poutine à Pékin. Tous les observateurs ont constaté l’alchimie spectaculaire de leurs sympathies personnelles.

Dès le premier jour, leur communiqué commun affirmait la parfaite résilience de leurs affinités à la fois privée et stratégique. « Les relations sino-russes devenues pour nous prioritaires ont résisté à l’épreuve des changements rapides du monde. Elles connaissent aujourd’hui la meilleure période de leur histoire. »

Il faut se rendre à l’évidence, moins de dix jours après son passage à l’Élysée où le Président français espérait qu’il pourrait peser pour freiner l’agressivité de Moscou en Ukraine, Xi Jinping affichait publiquement une impressionnante complicité avec Vladimir Poutine, tandis que sur le terrain à Kharkiv, l’insistante résilience russe exerçait une forte pression sur l’armée ukrainienne à court de munitions et parvenue aux limites de ses ressources humaines.

Le ferment fédérateur de la vindicte américaine.

Après les promesses d’un appui d’urgence de 2 Mds de $ à l’Ukraine par Antony Blinken de passage à Kiev le 14 mai, le 17 mai, lendemain de l’arrivée à Pékin, de V. Poutine accompagné de son nouveau ministre de la défense Andrey Belousov et de son prédécesseur Sergei Shoigu, promu Secrétaire du Conseil de sécurité, la Maison Blanche, attisait encore la colère de Xi Jinping, réduisant mécaniquement sa disposition à composer avec l’Occident.

A la suite d’une volée de doublements (parfois de triplements) des droits de douane infligés aux secteurs chinois de l’aluminium, des véhicules électriques, des batteries au lithium, des métaux rares, des grues ou engins de manutention portuaires et même des gants chirurgicaux en caoutchouc, une décision signée de Joe Biden bloquait l’importation aux États-Unis des produits textiles de 26 nouvelles entreprises chinoises opérant au Xinjiang, accusées d’imposer un travail forcé à une main d’œuvre issue de la population ouïghour.

Les sanctions portaient à 65 le nombre de sociétés sanctionnées par Washington dans le cadre du « Uyghur Forced Labor Prevention Act », dont Pékin répète qu’il n’est qu’un instrument de l’Amérique pour « déstabiliser » la province du Xinjiang et « freiner le développement de la Chine ».

Pour les élites chinoises, la mesure a pris une dimension symbolique catastrophique dans un contexte où, contre Pékin, pèse l’infamant blâme de « génocide » (cependant non repris par les NU, - lire : La Chine, l’Occident et les Ouïghour), quand par ailleurs, 51 pays l’accuse de « crimes contre l’humanité ».

Xi Jinping et V. Poutine dont les économies sont très complémentaires, la Chine en quête d’énergie et de matières premières, la Russie important une longue liste de produits de l’industrie et de l’agriculture chinoises, se sont déjà rencontrés plus d’une quarantaine de fois.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, ils se sont vus à quatre reprises alors que leurs échanges qui explosent, ont atteint 240 Milliards de $, dépassant l’objectif de 200 Milliards que les deux s’étaient fixé lors de leur rencontre en 2023.

Le sommet des 16 et 17 mai a confirmé leur proximité stratégique, marquée à la fois par leur vision autocrate de la gouvernance, leur promesse de resserrer leurs relations militaires et le projet commun de rebattre les cartes des rapports de forces mondiaux au détriment de l’Occident et de Washington.

A cet effet, ils rallient non seulement les BRICS élargis, dont l’Iran, troisième pilier d’une alliance à trois entre Moscou, Pékin et Téhéran, farouches adversaires de l’Amérique (lire : Chine, Iran, États-Unis : Avantage Pékin. Retour sur la longue histoire entre la Perse, l’iran des Ayatollahs et la Chine & Les BRICS à Johannesburg, symbole de la contestation de l’Amérique et de l’Occident), mais également l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), elle aussi augmentée des ennemis de l’Amérique (lire : Le G7 au Québec et l’OCS à Qingdao, les deux pôles rivaux du monde) auxquels s’agglutine le « Sud Global ».

Leur complicité stratégique est aussi attisée par leur aversion commune aux sanctions que leur infligent Washington et ceux des Occidentaux qui suivent l’Amérique.

Pour autant, en dépit de la mise en scène d’une connivence sans faille placée sous la pression extérieure de Washington qui accuse Pékin de contourner les sanctions contre Moscou, il est probable que leurs arrière-pensées ne coïncident pas tout à fait.

Une connivence stratégique anti-occidentale avec réserves.

Au moment où il accentue ses pressions militaires dans la région de Kharkiv, Vladimir Poutine souhaite sans doute que Xi Jinping ne réduise pas les livraisons d’équipements à caractère dual civil et militaire. En même temps, il cherche à asseoir la relation bilatérale sur une dépendance réciproque dans la durée et à la cimenter par des accords commerciaux stratégiques de grande ampleur.

A côté du MAE Lavrov, de Serguei Choïgu et de l’économiste Andrei R. Belousov, nouveau ministre de la défense expert de la Chine, ancien nº2 d’une Commission de promotion des échanges sino-russes, figuraient cinq vice-ministres, les dirigeants de Rosatom, pilier de l’énergie nucléaire, ceux de l’agence spatiale Roscosmos, et Alexander Novak, en charge du pétrole et du gaz russe, y compris du développement du gazoduc « Power of Siberia 2. ».

C’est là que le bât blesse.

Colossale structure qui, depuis le gisement de la péninsule de Yamal empiétant largement sur l’Arctique, traverse la Sibérie jusqu’à la Chine par la Mongolie – ce qui inquiète Pékin, qui craint que le passage par un pays tiers ouvre la voie à des pressions extérieures -, le gazoduc « Power of Siberia 2 » qui prévoit de livrer annuellement 50 milliards de m3 de gaz à la Chine est l’objet d’une intense pression chinoise pour obtenir une concession massive sur le prix du m3.

Si les intentions ultimes et la stratégie de la Russie de V. Poutine à la recherche d’un allié d’envergure dont la puissance économique est huit fois supérieure à la sienne, sont assez claires, celles de Xi Jinping, lui aussi engagé dans la contestation de l’Occident, sont, en ces temps de freinage économique, brouillées par l’exigence de ménager ses marchés d’exportation occidentaux.

Lire nos articles qui décrivent les tensions entre la Chine et l’Europe Chine-UE. Misère de l’Europe puissance, rapports de forces et faux-semblants, les efforts chinois pour préserver le marché américain : Restaurer la confiance des Occidentaux, l’insistante priorité du régime.

En même temps, Pékin mettait en scène sans conviction la mission en Europe de Li Hui qui tentait, sans y parvenir, de convaincre l’Europe de la neutralité chinoise dans la guerre en Ukraine. Lire : Le grand-écart d’Olaf Scholz en Chine).


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