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Xi Jinping et Poutine féroces critiques de l’Amérique de Trump.
Dans leur déclaration commune, oubliant leurs propres agressivités militaires dans le détroit de Taiwan ou contre l’Ukraine, Xi Jinping et V.Poutine ont vertement fustigé les politiques de force et les aventures militaires de D.Trump au Vénézuéla et en Iran.
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A l’occasion de ce qui fut sa 25e visite officielle à Pékin en un quart de siècle - et la première depuis le déclenchement de la guerre en Iran stratégiquement proche de la Chine -, Vladimir Poutine a signé avec Xi une déclaration commune réaffirmant la force « exceptionnellement élevée » de leurs liens, leur aspiration commune à un « monde multipolaire » et la conviction que leur proximité stratégique constituait le principal facteur de « la stabilité globale ».
La longue déclaration commune ciblait directement la « politique de force » et sans concertation de D.Trump, notamment à l’étage le plus élevé, son projet antimissiles du « Golden Globe », « menace manifeste à la stabilité stratégique » basée, depuis la guerre froide, sur l’interdépendance des armements offensifs et défensifs.
La condamnation de l’Amérique a également stigmatisé - allusion directe à la guerre en Iran - « les frappes militaires contre d’autres pays pour assassiner des dirigeants d’États souverains » et « le prétexte de négociations pour, en réalité, préparer de nouvelles frappes ».
Sans surprise, évoquant la capture de Nicolas Maduro, Pékin et Moscou ont également stigmatisé « l’enlèvement et la comparution forcée d’un chef d’État devant un tribunal » constituant « une violation du droit international qui sape les fondements de l’ordre international ».
La dénonciation qui disait « apporter un soutien sans réserve au statut de l’Amérique latine en tant que zone de paix », manquait cependant la partie de l’image des contagions révolutionnaires, parrainées par Pékin, teintées de terrorisme et de narcotrafic aux portes de l’Amérique (Lire : la mise au point de QC eu 19 janvier : https://www.questionchine.net/la-longue-saga-du-rapprochement-revolutionnaire-entre-caracas-pekin-et-teheran)
Xi Jinping, a également abordé la guerre américano-israélienne contre Téhéran. Pragmatique, l’œil sur les intérêts directs de son pays, il a d’abord souligné l’importance de « réduire les perturbations des approvisionnements énergétiques, des chaînes d’approvisionnement et du commerce. ». Refusant toujours de considérer la menace existentielle du terrorisme iranien doté de l’arme nucléaire, il a affirmé, avec Poutine, l’importance de « la poursuite des négociations et de la cessation complète de la guerre qui, dit-il, ne souffrait aucun retard »
Au cours de la visite éclair qui n’a duré que 24 heures marquée par des effusions amicales qui contrastaient avec la rigueur protocolaire de la visite de D.Trump, Xi Jinping et V, Poutine ont, selon Xinhua, en plus du long communiqué commun, signé une vingtaine d’accords de coopération, allant du commerce à l’énergie nucléaire en passant par la construction d’une nouvelle ligne ferroviaire transfrontalière.
Les deux parties ont également convenu de prolonger l’exemption de visa pour leurs citoyens respectifs jusqu’à fin 2027 et se sont engagées à renforcer leur coopération dans le domaine de l’intelligence artificielle.
Ressentant a l’évidence le besoin de rehausser son importance dans le rapprochement opportuniste anti-américain, Poutine n’a pas manqué d’insister sur le rôle de la Russie fournisseur clé d’énergie à la Chine, « Malgré la crise au Moyen-Orient, la Russie continue d’assurer un approvisionnement fiable en ressources, tandis que la Chine demeure un consommateur responsable de ces ressources. »
(A ce sujet, lire notre article du 26 avril 2023, qui faisait le point des contrats de gaz entre Moscou et Pékin, de la proximité sino-russe et de l’agilité chinoise pour contourner les sanctions :https://www.questionchine.net/ukraine-la-chine-n-aidera-pas-la-russie-a-vaincre-mais-elle-est-decidee-a-empecher?artpage=2-2
Pour autant, signe évident d’une défiance de Pékin, soucieux de diversifier ses sources d’énergie et exigeant sur le prix des livraisons ainsi que sur les retours sur investissements d’un projet dont le financement est entièrement assuré par des avances chinoises, le communiqué officiel ne mentionnait pas le projet « Power of Siberia II », qui, dans l’esprit de Moscou, devait compenser la fermeture du marché européen depuis l’invasion de l’Ukraine.
Sous la surface sino-russe, une insistante défiance.
La carte (Gazprom, Petroleum Economist, Financial Times, IISS) montre les 2600 km du gazoduc « Power of Sibera II qui devrait livrer chaque année 50 milliards de m3 de gaz à la Chine depuis la péninsule de Yamal. Un protocole d’accord a été signé entre CNPC et Gazprom, mais le prix du gaz, les modalités du financement et les échéances n’ont pas encore été arrêtées. La déclaration commune Xi - Poutine n’a pas fait mention du projet.
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Cette réalité abrupte qui n’aura pas manqué d’inquiéter Poutine met à jour le persistant effritement de l’influence russe au sein du couple stratégique Moscou - Pékin. Tandis qu’au sol, à l’Est de l’Ukraine, les troupes russes perdaient du terrain, l’ébranlement de la placidité du Kremlin est clairement apparu quand, peu avant la visite de Poutine, l’Ukraine a lancé une vaste attaque de plusieurs centaines de drones dans la profondeur aux abords immédiats de Moscou.
Concrètement et au-delà des affichages, les craquements restent possibles entre les deux voisins séparés par 4200 km de frontières communes, géants stratégiques de la guerre froide qui se sont toujours méfiés l’un de l’autre, mais dont les rapports de forces sont aujourd’hui inversés. Jadis mentor incontestable de la relation, la Russie est aujourd’hui devenue le partenaire junior d’une connivence opportuniste où la Chine prend toute la place.
Sur ce thème, en mai 2025, QC rendait compte de l’analyse d’Elizabeth Wishnick docteure en sciences politiques de l’Université Columbia, et titulaire d’une maîtrise en études russes et est-européennes de l’Université Yale. (Lire https://www.questionchine.net/chine-russie-un-seul-lit-pour-deux-reves)
En bref.en dépit de la richesse des affichages et de la profusion des actions communes directes ou indirectes, dont le but est d’étaler leur hostilité commune à la domination du monde par l’Occident et les États-Unis, la question se pose de la cohérence de leurs projets stratégiques, qu’il s’agisse de l’énergie, de l’Arctique, de la Corée du Nord, du « Sud global » ou même du Pacifique occidental.
