Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Editorial

Affaibli à l’intérieur, le parti redore son blason dans le monde

Censure et expulsions.

Après l’expulsion il y a un mois de 3 journalistes du Wall Street Journal, le 18 mars (lire : Le navire tangue. Le régime se crispe.), le Waijiobu annonçait une riposte à la mesure américaine – elle-même une réplique au renvoi des 3 journalistes du WSJ - de limiter à 100 le nombre d’agents travaillant pour les 5 structures d’information chinoises (Xinhua, CGTN, China Radio International, China Daily et le Quotidien du Peuple).

La décision montait brutalement d’un cran les tensions entre les deux pays, en dépit de la signature de l’accord commercial dit de « 1re phase » le 13 décembre dernier (lire : Chine – États-Unis. Mise en scène d’un armistice commercial. Le diable est dans les détails.)

Tous les journalistes travaillant en Chine, Hong Kong et Macao pour le New-York Times, le Wall Street Journal et le Washington Post, avaient 20 jours pour rendre leur carte de presse et quitter le pays.

Le même jour, 2 tweets du Conseil de sécurité national des États-Unis, allaient au fond des choses de la liberté d’information : « La décision du Parti communiste chinois d’expulser des journalistes de Chine et de Hong Kong est une nouvelle étape visant à priver le peuple chinois et le monde de vraies informations sur la Chine ».

Dans la foulée, les éditeurs du Washington Post, du New York Times et du Wall Street Journal cosignèrent une lettre ouverte au gouvernement chinois. En substance l’appel qui regrettait l’expulsion, mettait l’accent sur l’exigence d’une libre circulation de l’information, condition d’une lutte efficace contre la pandémie.

Au cœur de la controverse et des non-dits, la réalité de la responsabilité du Parti dans le déclenchement de la pandémie mondiale de Wuhan.

Le tout au milieu d’une querelle de mots où Pékin exprimait sa colère qu’on baptise le covid-19, « virus chinois » – à laquelle Trump répliqua avec insistance que la pandémie était bien « chinese », avant de modérer ses propos.

Dans une série de tweets, le 24 mars, sous le coup d’un vaste éventail de critiques, y compris du rapporteur spécial des NU pour la lutte contre le racisme, il a fait volte-face.

Le changement de ton et de discours a porté ses fruits. Le 27 mars, nouvelle détente sino-américaine après des semaines de tensions croissantes, Trump et Xi jinping, se sont engagés au téléphone à coopérer dans la lutte contre la pandémie. « La Chine a traversé de nombreuses épreuves et a développé une solide compréhension du virus. Nous travaillons en étroite collaboration. Un grand respect » tweetait Trump.

*

A l’intérieur, la censure s’applique tous azimuts avec férocité. Pour autant, dans le droit fil des contestations agitant les réseaux sociaux depuis janvier (lire : Wuhan, crise médicale et craquements dans l’appareil.), l’opinion et une cohorte de journalistes animés par l’exigence de vérité et de transparence, réagissent avec une étonnante vivacité et ne s’en laisse pas compter, tandis que circulent des rumeurs sur l’affaiblissement de la position de Xi Jinping au sein de l’appareil.

Réveil de l’exigence d’information libre

La mouvance des journalistes et plus tard des « plates-formes d’information » indépendantes apparues sur le net, constituent depuis plus de dix ans déjà, un fond de tableau, en « 2e ligne », derrière la propagande officielle. Sans succès le parti a tenté de les faire disparaître. La crise médicale et les bévues du régime du mois de janvier, semblent leur redonner une nouvelle vigueur rebelle.

Récemment, le magazine Caixin 财 新 créé par Hu Shuli en 2009, journaliste iconoclaste hors normes attachée à la liberté de la presse dont les appuis au sein du Parti vont du Vice-Président Wang Qishan à Zhou Xiaochuan, ex-gouverneur de la Banque Centrale, a couvert avec force détails dérangeants – il est vrai en prenant soin de ne pas attaquer l’exécutif de front – les péripéties de la censure bureaucratique ayant retardé le déclenchement de la réponse publique aux premières heures de l’épidémie.

Le 30 janvier, Caixin publiait notamment, 7 jours avant son décès, une émouvante interview du Dr Li Wenliang, déjà malade. On pouvait aussi lire dans les colonnes du journal l’ordre donné le 1er janvier par la Commission de Santé provinciale de cesser les tests concernant le coronavirus et d’en détruire les échantillons. Lire : Covid-19 : La démocratie, l’efficacité politique et l’attente des peuples.

Caixin ne fut pas le seul journal à couvrir l’épidémie depuis Wuhan. D’autres, cités par « Le Vent de la Chine » tels « Sud Magazine – Southern Weekly – 南方周末 - » envoyèrent des correspondants dont l’esprit d’enquête critique a fait souffler un vent nouveau d’ouverture sur les médias chinois.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

Comment Xi Jinping voit le rapprochement stratégique entre Vladimir Poutine et Kim Jong Un ?

Le semi-échec du sommet suisse sur l’Ukraine et la vaste ambition de médiateur global de Xi Jinping

« Dialogue de Shangri-La »- Dialogue de sourds- L’agressivité anti-occidentale de Pékin devient planétaire

Voyage de Xi Jinping dans une Europe désunie. Au-delà des postures, le coup de froid avec Bruxelles et la longue rémanence des intérêts nationaux chinois

Antony Blinken en Chine. Sous la surface des bonnes paroles, les braises de fortes tensions