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›› Editorial

Affaibli à l’intérieur, le parti redore son blason dans le monde

Violentes critiques politiques.

Mais il y a plus. Prenant des risques politiques importants, des intellectuels ont haussé leurs critiques jusqu’au secrétaire général lui-même.

Parmi eux, dans un style très contrasté. Le premier Xu Zhangrun, professeur de droit constitutionnel à Qinghua, connu des lecteurs de QC, ferraille contre le n°1 depuis l’été 2018 (lire : Fêlures.) au nom de la constitution, du droit et de la « gouvernance ».

Le deuxième Ren Zhiqiang, entrepreneur immobilier, devenu commentateur politique est violemment critique du Président Xi qu’il interpelle publiquement sans ménagement, s’attaquant à sa personne et à ses aptitudes à diriger la Chine.

Alors que les critiques de la bureaucratie sont tolérées, parfois encouragées quand elles désignent des boucs émissaires, les deux qui ont franchi la ligne rouge des attaques contre la tête du régime, sont aujourd’hui privés de liberté, Xu en résidence surveillée dans sa ville natale de Hefei dans l’Anhui, et Ren, dont la famille et les amis n’ont plus de nouvelles, mis au secret par la police.

Xu Zhangrun, un réquisitoire politique et une mise en garde.

Le 4 février dernier, peu avant son arrestation Xu publiait une violente charge contre le Parti et son n°1, intitulée « Alerte virale : Quand la fureur prend le pas sur la peur ».

Le titre qui parle de lui-même, spécule sur le déchaînement spontané des exaspérations contre l’arbitraire, la mauvaise gouvernance et l’autoritarisme. Il propose aux Chinois un texte articulé en 9 points dont le fil conducteur est la face obscure du « rêve chinois » de Xi Jinping.

Ayant exploré un à un les fantômes politiques rodant autour du pouvoir, depuis l’affaissement moral, l’injustice et le retour en force des courtisans, jusqu’au courage de parler, né de la peur de la maladie, en passant par l’épuisement de l’esprit réformiste, la censure et la cyber-surveillance généralisée, Xu achève son pamphlet par une mise en garde.

« Alors que la révision constitutionnelle de 2018 autorisant un pouvoir personnel sans limites, fait à nouveau surgir le spectre d’un retour totalitaire, le compte à rebours (de la chute) a commencé. » (…)

« Il s’égrène au gré des erreurs politiques dans la gestion des questions de Taïwan et de Hong Kong, de la dépression économique et du chaos des relations sino-américaines, résultat d’une politique étrangère agressive ayant conduit à l’isolement international du pays » (…)

« Autant de signes d’échec de l’autoritarisme, contresens politique moderne, dont les conséquences produisent l’inverse du but recherché ».

Dans la longue liste des attaques qui visent à la fois le Parti et Xi Jinping, une phrase mérite attention. Elle décrit le système politique de Xi Jinping à la racine de l’effondrement du système d’information, cause de la fracture entre le pouvoir et le peuple et source de la destruction des canaux normaux d’alerte civique.

« Nous avons une forme évolutive de tyrannie militaire sous-tendue par une idéologie “légaliste-fasciste-staliniste [Fa-Ri-Si, 法 日 斯]“. Celle-ci est bricolée à partir des souches chinoises traditionnelles de la pensée légiste 中式 法家 思想, mariée à une interprétation léniniste-stalinienne du marxisme, à quoi s’ajoute une variante du fascisme « germano-aryen » (法西斯主义).

On le voit, Xu Zhangrun articule son attaque à une réflexion conceptuelle. Sa pertinence saute aux yeux quand on se souvient de la grande parade militaire rigide et agressive du 70e anniversaire du parti, dominée par le portait géant de Xi Jinping. La perspicacité de la réflexion apparait aussi quand on lit les textes de référence théoriques de Wang Hunning.

Lire : Wang Hunning, l’architecte « du rêve chinois. » Par Théophile Sourdille. (IRIS)

Ce dernier animé par le parti-pris d’efficacité de la pensée centralisatrice assimilée par opportunisme politique à toute la pensée politique chinoise, véhicule un nationalisme sans nuance à l’origine d’une démesure géopolitique rappelant en effet l’hubris de puissance du régime nazi.

En interne, la pensée a, sur fond de « normalisation orwellienne », conduit à la très contestée suppression constitutionnelle de la limitation du nombre de mandats présidentiels, ouvrant la voie à un pouvoir personnel sans limites.

Ren Zhiqiang fustige l’incompétence du n°1.

Quand la charge de Xu est une analyse théorique des ressorts idéologiques et opérationnels du système Xi Jinping, celle de Ren Zhiqiang 69 ans, fils d’un ancien vice-ministre du commerce, membre du parti et de la Conférence Consultative du Peuple chinois, est une attaque violente sans nuance de la personne même du n°1 à qui l’ancien magnat de l’immobilier, n’accorde ni légitimité politique, ni capacité intellectuelle pour gouverner la Chine.

Le 18 février, il publiait sur le net un pamphlet incendiaire intitulé « La vie du peuple est menacée par un dangereux virus autant politique qu’épidémique : 人民的生命被病毒和体制的重病共同伤害 ».

Après être revenu sur les manquements et retards de l’appareil au début de l’épidémie, il tirait la plus violente et la plus diffamante salve publique jamais déclenchée contre un n°1 chinois en exercice par un opposant resté en Chine « Je ne vois pas un empereur debout dans ses “nouveaux habits“, mais un bouffon dénudé insistant pour continuer à être empereur. »

L’attaque était accompagnée de rumeurs, toutes difficiles à vérifier, de tensions au sein de l’appareil mettant en cause les choix politiques et les méthodes du n°1.


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