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›› Société

Américains poignardés et autocritique de la xénophobie par les réseaux sociaux

L’entrée du parc Beishan à Jilin où, le 10 juin, a eu lieu l’attaque au couteau contre les professeurs américains.


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Le 10 juin, à Jilin, 吉林 dans le nord-est de la Chine, un millier de kilomètres au nord de Pékin. 4 enseignants américains en stage d’échange ont été poignardés en même temps qu’un passant chinois dans le parc de Beishan 北山 situé sur une colline au nord-ouest qui domine la ville et la rivière Songhua 松花江 (Sungari en Mandchou).

Alors que les 4 Américains dont les jours ne sont pas en danger, ont été rapatriés vers l’Iowa d’où ils sont originaires, enseignants à l’Université Cornell de Mount Vernon qui, depuis 2018, a développé un programme d’échange avec l’Université de Jilin, la police chinoise a arrêté un homme nommé Cui, âgé de 55 ans.

Selon le communiqué de la police, après une bousculade apparemment anodine avec l’un des enseignants, Cui s’est mis à poignarder tout le le groupe, ainsi qu’un passant chinois qui tentait de s’interposer. Le communiqué ne précise pas les raisons ayant poussé M. Cui à agresser les passants.

A Pékin, Lin Jian, le porte-parole du MAE précisait qu’il s’agissait “d’un cas isolé qui ne perturbera pas les échanges culturels et humains normaux entre la Chine et les États-Unis".

L’incident s’est produit au moment où Pékin semble, en dépit des tensions sino-américaines toujours vives, afficher un style d’échanges moins heurté avec Washington. Lire : APEC : Xi Jinping – Joe Biden, spectaculaire mise en scène d’une volonté partagée d’apaisement.

Alors qu’en novembre dernier, Xi Jinping qui, dans sa jeunesse, avait effectué un stage dans l’Iowa, [1] avait rendu public un projet d’accueillir en Chine sur une durée de cinq ans 50 000 jeunes Américains à participer à des programmes d’échange, le partenariat entre Cornell et l’Université Beihua de Jilin prévoyait dès 2018 le financement par la partie chinoise de séjours de professeurs américains invités à enseigner, pendant des périodes de deux semaines, les sciences informatiques, les maths et la physique.

Alors que les déclarations officielles chinoises traduisaient une volonté de minimiser l’incident, force est de constater que le fond des rancœurs réciproques continue de peser de manière négative sur les intentions d’apaisement américaines.

Sous la surface fermente toujours la rivalité stratégique globale, ponctuée par de sévères tensions commerciales, par l’échauffement de la question taïwanaise et la fièvre souveraine chinoise en mer de Chine du sud. Après l’incident, Nicholas Burns, Ambassadeur des États-Unis, postait un message sur le réseau social X où il exprimait "sa colère et son trouble”. Le même jour, Jack Sullivan, conseiller pour la sécurité nationale se disait profondément préoccupé par l’attaque en Chine de citoyens américains.

Le 12, le Département d’État conseillait aux citoyens américains de « reconsidérer leurs voyages prévus en Chine et a Hong-Kong, en raison de l’arbitraire juridique et des risques de détentions illegales ».

En Chine, la censure s’en est mêlée. Peu après l’incident tous les messages évoquant l’incident furent aussitôt supprimés. Trop tard. Une vidéo publiée sur les réseaux sociaux chinois devenue virale, montrait trois personnes allongées au sol entourées de badauds. L’un d’eux était trempé de sang, tandis qu’un autre semblait utiliser sa main pour appliquer une pression sur sa blessure.

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Après quelques jours, le relâchement de la censure fut l’occasion d’une collection de messages autocritiques inattendus sur la xénophobie des Chinois vue par eux-mêmes. L’angle de vue était très loin de constituer le point moyen des messages. Mais sa teneur insolite mérite d’être signalée.

Alors que les autorités craignaient à la fois un déferlement populiste anti-américain et un déficit d’image contredisant le discours de l’appareil sur la supériorité du système chinois, plus sûr que la démocratie qui, selon le Parti, pousse aux affrontements, plusieurs messages d’internautes, à contre courant, glosèrent sur la xénophobie durant la période des Boxers.

Sur WeChat on pouvait lire un essai intitulé “ Je ne supporte pas le patriotisme des Boxers ”. Un autre rappelait leurs excès xénophobes “Après que toutes les églises et les entreprises missionnaires aient été incendiées, tous les magasins de la ville et de ses environs qui portaient des enseignes étrangères ou vendaient des marchandises étrangères ont également été pillées et détruites.” (...) "Des décrets interdirent aux familles de posséder des biens étrangers ou même d’allumer des lampes étrangères.” (...)

Puis, continue l’internaute, une rumeur a circulé selon laquelle, après que tous les missionnaires et les convertis [chrétiens] auraient été tués, tous les étudiants qui lisaient des livres étrangers seraient également exécutés. La nouvelle a semé la panique parmi les étudiants et tous ceux qui possédaient des livres étrangers les ont eux-mêmes brûlés.” (...) “ Selon les archives des Boxers une famille de huit personnes a été tuée, simplement parce qu’elle possédait une boîte d’allumettes [étrangères]”. Etc.

Un troisième fit une comparaison entre l’incident de Jilin et une séquence filmée par un portable montrant l’impatience coupable de certains chinois contre un vieux professeur américain à Fudan.

Le fait est”, dit-il "que ces sentiments xénophobes sont en augmentation. Il raconte : Début mai, lors d’une conférence universitaire internationale organisée par l’Université de Fudan, un universitaire américain octogénaire a été insulté par un agent de sécurité du Fudan Crown Plaza pour avoir déplacé ses bagages trop lentement alors qu’il prenait un taxi.

L’agent de sécurité lui a dit : « Ne pense pas que [tu peux t’en sortir] simplement parce que tu es Américain ! » Un de mes amis m’a dit que ces deux incidents sont de nature similaire : c’est juste qu’à Jilin, ils ont utilisé un couteau.

Note(s) :

[1En février 2012, à huit mois de son investiture à la tête de l’appareil, Xi avait fait un voyage remarqué dans l’Iowa abondamment commenté en Occident et en Chine. On se souvient de sa visite à Muscatine au bord du Mississippi où il venait en pèlerinage nostalgique.

A cette époque, la presse officielle chinoise évoquait « une amitié ouverte, vivante et chaleureuse de Xi Jinping, avec les habitants de Muscatine ». Les médias citèrent notamment Sarah Lande qui fut l’hôte du futur Président venu en voyage d’études agricole en 1985. Elle se disait convaincue que « les deux peuples pouvaient respecter leurs différences et trouver des moyens d’apprendre à travailler ensemble. »


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