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›› Politique intérieure

Centralisation, contrôle social et culte de la personnalité

Décidée par l’ANP, la nouvelle impulsion de polarisation des pouvoirs concentrés autour de Xi Jinping, annoncée par le Quotidien du Peuple le 16 mars sous le titre « 党和国家机构改革方案 – projet de réforme institutionnelle du parti et de l’État », contraste avec l’ancienne orientation à l’œuvre depuis des décennies qui acceptait de déléguer plus d’autonomie au gouvernement et aux autorités locales. Lire : Le piège autoritaire de Xi Jinping.

Ainsi, en même temps que l’annonce de la décision de restructurer le Conseil des Affaires d’État (gouvernement) ont été créées plusieurs « Commissions Centrales. »

Rattachées au Comité Central, leur mission sera d’opérer en surplomb du gouvernement dans le secteur des finances, du numérique et de la haute-technologie, de la surveillance de Hong Kong et Macao et du contrôle des entreprises privées.

L’intrusion de l’appareil dans la sphère des affaires privées n’est cependant pas une nouveauté. La mise en place des cellules du parti au sein des entreprises privées date en effet de la loi de 1993 sur les sociétés exigeant que les sociétés basées en Chine, tant étrangères que nationales en acceptent l’implantation au sein de leurs structures dirigeantes.

Dans un article publié par l’Institut Montaigne en janvier 2021, Jérôme Doyon notait que la pénétration politique des entreprises privées « a rapidement augmenté dans les années 2000, après l’appel de Jiang Zemin dans le cadre des “Trois Représentativités“ 三个代表, pour que le PCC représente “la force productive avancée“ et donc, accueille dans les rangs de l’appareil, les entrepreneurs privés émergents.  »

Le vent de mise au pas politique s’est récemment sévèrement renforcé à la faveur de la reprise en main des débordements financiers des entreprises numériques. Par extension, la manœuvre a abouti au contrôle de l’appareil sur toute la sphère économique. Lire : Une reprise en main politique plus qu’une réforme économique.

L’historien Zhang Lifan, 72 ans, fils de Zhang Naiqi, un des fondateurs en 1941 de la Ligue Démocratique de Chine « 中国民主同盟 » (250 000 membres aujourd’hui) toléré par le régime avec sept autres formations politiques pour accréditer l’affabulation d’un système multipartis [1] décrit la paranoïa du contrôle et « l’hubris  » de puissance ayant saisi Xi Jinping.

Après avoir expliqué comment, par sa discrétion, il s’était imposé à l’appareil qui n’aime pas les fortes personnalités « Xi Jinping a été choisi, précisément parce que sa carrière n’avait rien eu de remarquable », Zhang note la puissance du système de contrôle intégral de la société qu’il a par la suite mis en place.

La manœuvre s’est imposée sous couvert de la lutte contre la corruption avec laquelle les membres de l’appareil inquiets d’un risque d’effondrement du Parti par « pourrissement interne  », ne pouvaient qu’être en accord [2] : « En termes de technologie et de financement, on est bien au-delà des méthodes de la Stasi en RDA. On est même bien au-delà de “1984” de George Orwell. Big Brother est déjà partout. À chaque endroit, à chaque moment un œil te surveille, et cet œil, c’est celui de Xi Jinping. »

Le 4 novembre 2022, dans « The Guardian  » Verna Yu Docteur en histoire, spécialiste des mouvements intellectuels de la Chine contemporaine, analysant le pèlerinage dans le fief maoïste de Yan’an organisé par Xi Jinping à la tête du nouveau Bureau Politique complètement à sa main, immédiatement après sa désignation par acclamation pour un troisième mandat présidentiel, expliquait comment le n°1 chinois imitant Mao Zedong, construisait méthodiquement le culte de sa personne.

Elle citait Michel Bonnin créateur du Centre d’études français sur la Chine contemporaine (CEFC) à Hong Kong en 1992 dont il a été le directeur jusqu’en 1998. « Yan’an avait été le point de lancement des campagnes de rectification maoïste (1942 – 1944) destinées à “purifier“ les rangs de l’appareil au moyen des purges politiques et de l’endoctrinement par l’orthodoxie Marxiste-Léniniste à coups de confessions politiques publiques imposées sous une discipline de fer  » (…).

« C’est exactement ce modèle que la mouvance des propagandistes courtisans de Xi Jinping diffuse depuis de nombreuses années. Comme l’avait fait Mao à Yan’n, elle construit son culte de la personnalité.  ».

Note(s) :

[1Comité révolutionnaire chinois du Kuomintang, Ligue démocratique de Chine, Association pour la construction nationale démocratique de Chine, Association pour la promotion de la démocratie, Parti démocratique des paysans et ouvriers chinois, Zhi Gong Dang de Chine, Société Jiusan et Ligue démocratique autonome de Taïwan.

[2Xi Jinping hanté par la chute de l’URSS avait pris conscience d’un risque systémique pour l’appareil quand, à l’automne 2011, alors qu’il était Vice-Président, son ami d’enfance, le général Liu Yuan, fils de l’ancien président Liu Shaoqi mort dans un cul de basse-fosse le 12 novembre 1969 éliminé par Mao lors de la « révolution culturelle » et de Wang Guangmei, docteur en physique nucléaire, humiliée devant ses étudiants de Qinghua, lui présenta le sociologue Zhang Musheng, expert en développement rural.

Son analyse sans détours de la situation catastrophique de l’appareil créa chez Xi Jinping un puissant sentiment d’urgence : « Aujourd’hui il n’y a pas seulement un collusion entre des bureaucrates corrompus, le capital et des intermédiaires parasites, il y a aussi les dirigeants qui se vendent et la capitalisation du pouvoir politique corrompu par des réseaux criminels ». Lire : Le Parti revisite son histoire : son regard édulcoré éclaire le présent.


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