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Chine-Etats-Unis. Chronique d’un désastre

Sous la surface les germes du contrecoup nationaliste.

Affiche du Film Wolf Warrior 2 战狼. Sorti en Chine 2017 il a creusé avec succès le sillon patriotique d’une Chine se défendant contre les agressions d’où qu’elles viennent. La veine initiale était celle du roman de Lü Jianmin « Le Totem du loup » paru en 2004 vendu a 4 millions d’exemplaires en Chine dont Brigitte Duzan avait proposé en 2015 une très complète mise en perspective.

Au milieu d’une riche analyse sur les raisons d’un tel succès pour un roman à la pédagogie plutôt lourde, on retiendra les thèmes principaux 1. De l’esprit du loup opposé aux tendances grégaires des Chinois ; 2. De l’écologie et du retour à la nature ; 3. De la nostalgie d’un monde disparu.


*

En réalité alors même que l’Amérique de Clinton intéressée par l’ampleur du marché chinois continuait à promouvoir une stratégie d’ouverture à la Chine, les prémisses politiques du raidissement de l’appareil bien décidé après Tian An Men, à ne pas subir le même sort que son homologue de l’URSS, étaient déjà à l’œuvre.

En 1996, Clinton était au pouvoir depuis trois ans, alors que, sept années après la répression du 4 juin ordonnée par Deng Xiaoping, les puissances occidentales rivalisaient pour fustiger les entorses aux droits de l’homme en Chine, de jeunes intellectuels admirant l’Occident, mais dépités par leur propre expérience ratée aux États-Unis, humiliés par les sanctions occidentales, publièrent un manifeste politique à succès, intitulé « La Chine peut dire non – 中国 可以 说 不 –. »

Trois ans plus tard, le 7 mai 1999, la fierté chinoise fut gravement blessée par la destruction de l’ambassade de Chine à Belgrade au milieu des bombardements déclenchés par l’OTAN, hors ONU, contre la Serbie durant la guerre du Kosovo.

Officiellement justifiée par une erreur de cartes et assortie d’excuses américaines à la Chine, l’attaque ciblait en réalité une station radio qui retransmettait la propagande serbe et un dispositif de contre-mesures en cours d’installation visant à brouiller les tirs de missiles de l’Alliance atlantique.

En 2004, pendant la présidence de Georges Bush qui, se trompant d’ennemi, avait en réponse aux attaques du 11 septembre 2001, engagé les États-Unis contre l’Irak de Saddam Hussein, parut en Chine « Le Totem du loup ».

Alors qu’après les attaques terroristes contre les tours jumelles de New-York, la menace chinoise était d’autant plus passée au second plan que Pékin avait exprimé sa solidarité antiterroriste à Washington, le livre écrit par Lū Jiamin, jeune intellectuel maoïste, ancien garde-rouge exilé en Mongolie, était une critique nationaliste de la philosophie confucéenne et des Han présentés comme des « moutons bêlants grégaires » [3].

En contrepoint, il faisait l’apologie des Mongols farouchement indépendants dont le symbole est le loup, décrit comme un animal fier, libre et individualiste, mais à qui la nature a conféré l’instinct de meute qui défend férocement le groupe contre les agressions extérieures.

Le roman qui eut en Chine un succès phénoménal, fut à la racine en 2020 d’une crispation de la Chine aux critiques de sa gestion initiale de l’épidémie de Covid-19, que certains diplomates chinois eux-mêmes baptisèrent la « Diplomatie du “Loup guerrier“. »

Paradoxalement alors que la stratégie avait officiellement pour but de corriger les campagnes de désinformation dont la Chine était victime, son premier effet fut de dresser contre elle une bonne partie de la communauté internationale.

En 2013, neuf années après le succès du Totem du Loup, en réaction à la bascule stratégique de Barack Obama ayant identifié la puissance de la menace Chinoise sur le théâtre du Pacifique occidental, Xi Jinping qui venait d’être nommé nº1 du Parti au 18e Congres à l’automne 2012, et élu Président de la République lors de la réunion de l’Assemblée Nationale quatre mois plus tard, exprima une assurance nouvelle qui courait dans l’appareil depuis la publication en 2009, du Livre « La Chine n’est pas contente – 中国不高兴 - ».

D’une facture académique et littéraire médiocre, le livre n’en exprimait pas moins le nouvel état d’esprit de l’appareil : « Alors que la puissance nationale chinoise connaît une expansion sans précédent, la Chine doit cesser de se dénigrer et reconnaître qu’elle a la capacité de guider le monde, et qu’elle peut se soustraire à l’influence occidentale ».

A cet effet, Xi Jinping ripostant à la bascule de Barack Obama, lança le projet planétaire des « Nouvelles Routes de la soie  ».

Commencé dans un élan impérial des finances chinoises, le projet avait pris le contrôle partiel – parfois total comme au Pirée (100 %), à Zeebrugge (85%) et à Valence (51%) - par le biais des investissements des transporteurs publics China Ocean Shipping Corporation (COSCO) et China Merchants Holdings (CMHI) de plus d’une soixantaine de ports aux États-Unis, en Amérique Latine, En Europe, en Afrique, en Asie et en Australie [4].

En même temps, les groupes publics State Grid Corp of China (SGCC) et Three Gorges Corp entraient au capital de nombreuses sociétés de distribution électrique partout dans le monde, en Europe (Italie, Grèce, Portugal, Royaume Uni, Luxembourg, Monténégro et Malte) en Australie, en Asie du Sud-Est (Philippines) en Australie et en Amérique Latine (Brésil, Chili, Argentine).

En septembre 2018, une note de la Fondation pour la Recherche Stratégique recommandait « impérieusement » à Bruxelles de mettre en place un mécanisme européen de sauvegarde permettant d’éviter « le contrôle partiel ou global par un seul État extra-européen des sociétés de distribution d’électricité du continent européen ».

Déjà en 2015, le 10e sommet de Johannesburg des BRICS de plus en plus déséquilibrés par la puissance chinoise où Xi Jinping était arrivé après un long périple international de 36 000 km durant lequel il avait visité les Émirats et quatre pays africains, fut l’occasion de la promotion du nouveau rôle international de la Chine.

Accompagnant le voyage, la presse officielle du régime avait largement développé les thèmes ensuite répétés par le n°1 du Parti au 19e Congrès de l’automne 2017, présentant la Chine comme « un modèle à suivre au milieu des changements dans les relations internationales inédits depuis un siècle - 百年未遇 – bai nian wei yu - ».

Dans ce contexte, disait une dépêche de Xinhua, qui reprenait le message de l’appareil « la diplomatie aux “caractéristiques chinoises“ ouvrait une ère nouvelle des relations de la Chine avec le reste du monde, pour construire le destin commun de l’humanité dans la paix, la concorde, la coopération “gagnant – gagnant 双赢 – shuang ying “ et le respect mutuel. ».

Note(s) :

[3Les critiques par Mao de la philosophie de Confucius exacerbant leur aspect grégaire passaient sous silence l’essentiel de l’humanisme moral bienveillant du Maître – 仁ren - selon lui, attributs essentiels d’un « gentilhomme 君子Junzi ».

Non seulement il spéculait sur la continuité de la civilisation chinoise par la transmission rituelle, la piété filiale et la loyauté au Prince, conditions de l’harmonie sociale, mais il faisait aussi la promotion de chaque individu par l’étude au moyen d’un processus assez voisin de notre « méritocratie  ».

Mais la loyauté au Prince n’était pas inconditionnelle. Elle s’accompagnait d’un « droit de remontrance » dont l’exercice n’était pas sans risques. A cette époque aristocratique, nombre de disciples de Confucius et de lettrés furent bannis ou même payèrent de leur vie l’impudence d’avoir critiqué un Seigneur.

[4Aux États-Unis : le Terminal de Los Angeles - que Xi Jinping avait inspecté le 17 février 2012 -, Seattle, Houston et Miami ; Au Canada, Québec ; En Amérique Latine : Bahamas, Brésil, Jamaïque, Mexique, Panama, Pérou, Salvador ; En Europe : Valence, Bilbao, Saint-Nazaire, Dunkerque, Marseille, Rotterdam, Zeebruge, Hambourg, Trieste, Pirée, Thessalonique).

En Afrique : Par une forte présence sur tout le Continent et à Madagascar, le long du Canal de Suez, en Égypte, au Soudan et à Djibouti - Lire Mapping China’s Strategic Port Development in Africa ; au Moyen-Orient ; En Asie de l’Est, Rajin Corée du Nord, Pusan, Corée du sud ; Kaohsiung Taiwan ; En Asie du Sud : Gwadar au Pakistan, Hambantota et Colombo au Sri-Lanka ; Payra au Bangladesh) ;

Au sud-est asiatique, Thilawa au Myanmar, Dara Sakor au Cambodge ; Saigon au Vietnam, Kuantan en Malaisie, Tanjung en Indonésie, Muara à Brunei, Manille et Davao aux Philippines, Port Of Lee en Papouasie, Darwin, Brisbane et Newcastle, en Australie. )


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