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›› Lectures et opinions

Chine Etats-Unis. Prenons garde aux intolérances et aux crispations nationalistes

Ainsi, dans son adresse à l’université de Yale, Hu Jintao a réaffirmé avec force que la Chine, qui pouvait s’inspirer de certaines expériences étrangères, n’en imiterait pas pour autant les modèles politiques occidentaux. Quelles que soient les pressions, Pékin resterait maître des ses décisions sur les libertés politiques et les droits de l’homme. Evoquant la « réémergence » de la puissance chinoise, il a expliqué qu’il s’agissait là d’un fait unique dans l’histoire du monde, dont le succès dépendait essentiellement du respect par la Chine de ses valeurs traditionnelles (harmonie, morale sociale et politique, respect de l’autorité, effacement des intérêts individuels devant les impératifs collectifs etc.).

La cible suggérée de ce type de discours, qui prône le respect des autres cultures et la non ingérence est non seulement la démocratie à l’Occidentale [3], honnie par le régime pour les dangers de déstabilisation qu’elle recèle, mais également le prosélytisme inisistant des Etats-Unis. L’autre objectif de cette campagne de dénigrement de la démocratie est le système politique à Taiwan et l’usage qu’en fait le Président Chen Shui Bian. Dans les forums de discussion certains commentateurs n’hésitent pas à considérer l’élection démocratique de l’actuel chef de l’éxécutif taiwanais comme un des « effet pervers » de la démocratie, porteur de risques, comme il en a existé beaucoup dans l’histoire (on n’hésite pas à citer Hitler, démocratiquement élu en Allemagne). La conclusion de ce magnifique syllogisme coule de source : La Démocratie manipulée par Chen Shui Bian est un facteur de tensions dans le détroit. Il n’est donc pas juste de s’en prévaloir pour faire obstacle à la réunification.

Mais qui est dupe ? Le pouvoir à Pékin, confronté aux tensions de la société chinoise, aux malversations des cadres, aux déficiences de l’état de droit, a conscience que l’idéal d’une société harmonieuse n’est encore qu’un rêve, et que les valeurs fort respectables dont il se réclame sont bien loin de constituer l’armature morale et politique de la Chine actuelle. Il sait aussi que la volatilité de la situation dans le Détroit de Taiwan n’est pas uniquement le fait de Chen Shui Bian, mais se nourrit également de la menace chinoise de représailles balistiques.

Au fond le Président Hu Jintao, qui vient de lancer la campagne de « rectification morale » des « 8 honneurs et des 8 déshonneurs », stigmatisant les dérapages des cadres du Parti, mesure parfaitement les enjeux : quel que soit le système, - démocratie libérale, ou despotisme éclairé dont se réclame de plus en plus la Chine - la clé du succès réside d’abord dans les compétences et les qualités morales des hommes en charge du pouvoir, ensuite dans l’existence de structures judiciaires et de contrôle indépendantes. Deux critères d’efficacité sociale et politique, valables dans toutes les cultures.

Il est vrai que dans le monde actuel, les valeurs de liberté et de droits de l’homme, qui fondent les Etats de droit sont de plus en plus battues en brêche. Considérées comme des menaces par les régimes autoritaires, mal acceptées dans les zones où on prétend les introduire par la force, elles sont aussi discréditées par les effets pervers de systèmes démocratiques eux-mêmes devenus erratiques, en proie aux faiblesses des structures de contrôles parlementaires, aux lobbies, aux manipulations de l’opinion par les médias et par d’innombrables groupes de pression. L’Europe comme les Etats-Unis, bastions de la démocratie, dont ils se réclament sans cesse pour chapitrer le reste du monde, seraient bien inspirés de réfléchir aux moyens de restaurer la crédibilité des valeurs qu’ils prônent.

Le monde est déjà en proie à de formidables crispations religieuses. Prenons garde que ne s’y ajoutent de nouvelles postures d’intolérance qui se nourriraient des nationalismes aveugles, inquiets de leur survie, des prosélytismes intempestifs, des volontés d’hégémonie d’un autre âge, des rivalités stratégiques et des obsessions de sécurité économique, générées par les effets pervers de la mondialisation et les pénuries de ressources qui s’annoncent.

Note(s) :

[3Constatant les « dérapages de la liberté individuelle et de la démocratie » observés en Occident, les autorités chinoises la critiquent de plus en plus ouvertement.


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