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Chine Myanmar (suite). Chronique du difficile dilemme chinois

Le développement qui suit, inspiré du travail de Thant Aung (Victor) Paing, chercheur birman au Stimson Center, centre de recherche indépendant basé à Washington https://www.stimson.org/2024/china-in-myanmar-how-the-game-changing-neighbor-would-continue-to-maintain-its-influence/ explore les défis de l’engagement chinois au Myanmar. Le premier est économique.

L’intérêt économique de la Chine au Myanmar.

Alors qu’elle est de loin le plus gros investisseur au Myanmar, la Chine constate que l’insécurité qui traverse le pays a mis à l’arrêt ses grands projets d’infrastructures tels que le port en eau profonde de Kyaukphyu2 et le projet de barrage de Myitsone3, dans des zones du Nord ou de l’Ouest, de plus en plus maux contrôlés par la Junte.

Le contexte général est morose.

Contrairement à l’idée reçue que la Chine soutiendrait la Junte, les investissements des groupes chinois se sont asséchés depuis les derniers engagements de 2,5 milliards de $ en 2015, tandis que les échanges commerciaux avec la Chine, elle-même aux prises avec un sérieux freinage de sa croissance, sont en baisse. Plus qu’ailleurs dans le monde où ils sont en recul, les projets des Nouvelles Routes de la Soie fortement impactés par l’insécurité sont pour l’instant à l’arrêt.

Le deuxième défi bien plus grave, rarement évoqué par les analyses qui focalisent sur le cynisme nationaliste chinois, concerne les jeux d’argent en ligne, insistant poison de la société chinoise contre lequel l’appareil lutte depuis des lustres. ( Lire à ce sujet notre article de Janvier 2024 : https://www.questionchine.net/l-obsession-des-jeux-d-argent-et-les-proverbes-chinois

Le défi de l’arnaque en ligne.

La pratique répandue des jeux d’argent en ligne via les centres frauduleux situés dans toute l’Asie du Sud-Est, y compris au Myanmar, sur la frontière chinoise, a un impact croissant sur les citoyens chinois, victimes des recrutements pour travailler dans l’esclavage ininterrompu 24h/24 des officines peu vertueuses de l’addiction.

Patronnée par les mafias chinoises en liaison avec les groupes irrédentistes de la frontière du Yunnan et par des milices liées à la Junte, telles que l’armée du Parti État de Wa, l’addiction en ligne a explosé à mesure que l’armée nationale soucieuse de garder l’appui des milices dont l’arnaque en ligne est devenue une des ressources majeures, détournait le regard.

En 2023, le nombre « d’esclaves  » chinois travaillant dans ces centres était estimé à 120 000 personnes, générant un revenu annuel total voisin de 15 milliards de $ US, soit environ 25 % du PIB annuel du Myanmar

En mai de la même année, la menace croissante pesant sur la sécurité de ses ressortissants a conduit le gouvernement chinois à demander en mai 2023 à la Junte d’éradiquer les centres d’escroquerie. Cependant, face aux réticences de la Junte dont nombre de responsables ont partie liée avec la nébuleuse des jeux, l’opportunisme chinois s’est tourné vers les rebelles des « Trois fraternités  » qui, à ce moment, préparaient l’offensive 1027.

La répression déplace le problème.

Le succès de l’opération 1027 a contraint les centres de jeux en ligne à déménager en majorité dans la région de Shwe Kokko, à la frontière entre la Thaïlande et le Myanmar, 400 km au nord de Bangkok. Contrôlée par l’armée nationale Karen, la région est le fief du colonel Saw Chit Thu.

Enrôlé en 2010 par l’armée nationale comme garde-frontière, ce chef mafieux sanctionné par Londres en 2023, pour trafic d’êtres humains (2), fondateur du casino de Shwe Kokko fief des mafias chinoises, a un lourd passé de harcèlement des camps de réfugiés, de trafiquant de drogue et de captations illégales de terres.

Le 19 février 2024, preuve que Saw Chit Thu reste animé par un opportunisme irrédentiste lucratif et source de son pouvoir, a dissout les unités de Garde-frontières Karen, créés en 2010, pour les réformer en Armée Nationale Karen.

Constatant que l’offensive rebelle de 2023, n’avait fait que déplacer vers le sud la lèpre des centres d’addiction en ligne, Pékin, dans l’espoir de les éradiquer complètement, maintient la pression à la fois sur la junte et sur le gouvernement thaïlandais.

En vain. Quand en juin 2023, Bangkok a stoppé l’approvisionnement électrique de Shwe Kokko, les premières victimes des coupures furent les artisans et paysans locaux, quand au contraire les chef mafieux dotèrent leurs casinos de groupes électrogènes géants.

Note.

2.- Les termes du jugement par le gouvernement britannique qui comprenait les gel des avoirs et l’interdiction de voyager dans les pays du Commonwealth étaient : « Alors que employeurs promettent aux victimes des emplois bien rémunérés, elles sont en réalité soumises à la torture ou à d’autres traitements cruels, inhumains ou dégradants. L’ONU estime qu’au moins 120 000 personnes, rien qu’au Myanmar, sont contraintes de travailler pour de tels projets. »


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