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Chronique des années Carter : Les illusions de l’Amérique universelle

Premiers malentendus. Hu Jintao-Wen Jiabao, réformateurs de façade.

Le président Hu Jintao à droite et le premier ministre Wen Jiabao arrivent le 16 mai 2008 à Mianyang, détruite par le séisme du 12 mai. Photo Xinhua. Lire : Désastre au Sichuan. Importantes pertes humaines. Possibles dégâts écologiques).

L’image réformiste du couple confortée par les déclarations prodémocratie de Wen Jiabao, admirateur de Hu Yaobang (lire : Zai Hui Xingyi Yi Yaobang) est contredite par la mise en place entre 2000 et 2010 d’un puissant capitalisme d’État autour de grands groupes protégés de la concurrence étrangère par des dispositions règlementaires, fonctionnant à la demande comme des obstacles aux investissements étrangers concurrents.

Derrière à gauche on distingue le Général Guo Boxiong à l’époque 1er militaire du pays, nº2 de la Commission Militaire Centrale derrière Hu Jintao. Le 25 juillet 2016, il a été condamné à la prison à vie pour corruption.

A l’extrême droite sur la photo, Wang Huning. Aujourd’hui, âgé de 69 ans et nº4 du Comité Permanent (voir : Membres du 20e Bureau politique).

Idéologue du Parti, proche de tous les président depuis Jiang Zemin, il est l’inventeur de la théorie des « Trois représentativités », autorisant la cooptation par l’appareil communiste des entrepreneurs capitalistes. Il est aussi l’architecte du « rêve chinois » de Xi Jinping dont l’ADN est l’incontestable absolu de la puissance souveraine de la Chine (lire : Wang Hunning, l’architecte « du rêve chinois. » Par Théophile Sourdille. (IRIS)).


*

Les premiers froissements chinois et inquiétudes américaines face à un rival de plus en plus puissant apparurent durant la présidence de Bill Clinton (1993-2001) quand en 2000, le Congrès en accordant à la Chine le statut de « partenaire commercial permanent » (anciennement de la « Nation la plus favorisée »), mit en même temps sur pied une Commission de contrôle des droits de l’homme en Chine.

Matière à crispation du régime chinois très à cheval sur sa souveraineté, la Commission est, en plus de superviser le respect des droits politiques et de la liberté religieuse, chargée de vérifier les normes du travail et de dresser une liste des articles chinois interdits à l’importation quand ils sont produits dans des camps de travail.

Surtout le décret du Congrès, prémisse du durcissement douanier de D. Trump, comprenait des mesures « antidumping » destinées à empêcher l’afflux de produits chinois aux prix cassés qui « menacent de perturber le marché américain. »

Mais les malentendus les plus graves, sources de tensions apparurent durant la présidence de Hu Jintao 2002-2012, quand le régime fit preuve d’une grande duplicité, en s’abritant derrière l’image réformatrice du premier ministre Wen Jiabao, 82 ans cette année, auréolé de sa proximité avec Zhao Ziyang dont il fut le chef d’état-major [1]

La réalité à laquelle leurs rivaux occidentaux ne réagirent pas est qu’une fois admise à l’OMC en 2001, la Chine n’en respecta pas ses règles.

Au contraire, avec le but de promouvoir des champions nationaux, elle mit en œuvre un vaste programme de « capitalisme d’État » protecteur des intérêts chinois, articulé à une série d’obstacles infligés aux exportateurs étrangers – notamment l’obligation que leurs produits contiennent 70% de fabrications locales -. La manœuvre était assortie d’une stratégie de transferts forcés de technologies imposés aux groupes étrangers en échange de leur accès à son marché. (lire : L’innovation avec caractéristiques chinoises).

A bien des égards la duplicité chinoise de l’ère Hu – Wen, authentiques nationalistes avançant derrière le masque de réformateurs - à laquelle les présidents Bush fils et Barack Obama ont insuffisamment réagi, est à l’origine des actuelles crispations commerciales de la relation sino-américaine.

Au milieu des raidissements sino-américains Xi Jinping tente l’apaisement.

Aujourd’hui, la Chine ayant manqué la marche démocratique, en partie retranchée à l’abri d’un nationaliste industriel sourcilleux, est engagée aux côtés de Moscou avec qui elle s’efforce de rallier avec des succès variables le « Sud global » d’Afrique, d’Amérique Latine, du Moyen Orient, d’Asie du sud et du Sud-est asiatique, dans une vaste contestation de l’Amérique et de ses alliés occidentaux, du Pacifique, de l’Europe, du Japon, de la Corée du sud et des Philippines.

A l’annonce du décès du 39e président des États-Unis Xi Jinping a présenté ses sincères condoléances à l’Amérique. Son message qui appelait Washington à coopérer pour promouvoir l’apaisement des relations bilatérales était aussi adressé à Trump [2].

A l’occasion du 100e anniversaire de Jimmy Carter, ce dernier l’avait qualifié « d’homme authentiquement bon qui fut cependant un Président “terrible” [NDLR : “Terrible” au sens de “catastrophique”] » - Jamais avare d’une provocation, le Président élu grâce à la déconfiture démocrate, avait même ajouté « Le pire après Biden. ».

Le fait est qu’aujourd’hui, au milieu de tensions stratégiques latentes à propos de Taïwan, le futur chef de la Maison Blanche est – conséquence des malentendus datant des années 2000 – 2012 - engagé comme toute la classe politique américaine, dans une féroce guerre commerciale contre la Chine dilatée en une rivalité globale, à mille lieues des initiatives d’apaisement de Carter.

Taïwan abandonné par Carter.

De cette période de l’établissement des relations entre Washington et Pékin, débloquées par les initiatives de J. Carter auxquelles Deng a répondu, il reste cependant l’héritage du « Taiwan Relations Act (TRA) ». Témoin emblématique du contrepouvoir politique du Congrès et critique des illusions de Jimmy Carter, il exprime le souci de ménager Taïwan abandonnée en rase campagne par Washington.

Disposition de droit interne en vigueur depuis le 1er janvier 1979, le TRA, énonce que « tout effort visant à déterminer l’avenir de Taiwan par des moyens autres que pacifiques, y compris par des boycotts ou embargos serait considéré comme une menace pour la paix et la sécurité de la région du Pacifique occidental et constituerait une grave préoccupation pour les États-Unis. ».

Il ajoute que « les États-Unis fourniront à Taïwan des armes à caractère défensif et maintiendront leur capacité à résister à tout recours à la force ou à toute autre forme de coercition qui mettrait en danger la sécurité ou le système social ou économique de la population de Taïwan. »

Pour faire bonne mesure, le Président Reagan, successeur de Carter, soucieux de calmer la déception et les angoisses de Jiang Jing Guo, fils de Tchang Kai-chek et président taiwanais depuis 1978, qui conservera jusqu’en 1987 l’inflexible Loi Martiale instaurée par son père en mai 1949, fit adopter les « Six assurances ».

Elles promettaient : 1) De ne jamais fixer une date limite à la livraison d’armes à l’Île ; 2) De toujours respecter strictement les termes du Taïwan Relation Act ; 3) De ne jamais rechercher l’accord de Pékin pour décider de vendre des armes à l’Île ; 4) De ne pas jouer le rôle de médiateur entre Taipei et Pékin ; 5) De ne jamais déroger à la promesse de garantir que l’avenir de l’Île devrait être déterminé pacifiquement ; 6) De ne jamais reconnaitre la souveraineté du Continent sur l’Île.

A Taïwan les réactions officielles au décès de Carter furent d’une sobriété remarquable et limitées aux condoléances convenues, mais une partie des médias rappelèrent l’amertume ressentie à l’époque.

En mars 1999, quand vingt ans après la bascule américaine, Carter était pour la première fois venu dans l’Île, salué par le président Lee Teng Hui, Annette Lü, 81 ans cette année, lui demanda s’il s’excuserait d’avoir abandonné Taïwan, volte-face qui provoqua dit-elle une vague de répressions dont le premier effet fut de retarder l’éclosion de la démocratie dans l’Île.

A la très activiste militante du DPP, qui l’année suivante allait devenir la vice-présidente de Chen Shui Bian du DDP qui mit fin à 55 années de domination sans partage du KMT, Carter, embarrassé répondit qu’il n’y avait pas lieu de s’excuser. Sa décision dont il reconnaissait qu’elle n’était pas « entièrement positive pour Taiwan », avait été, dit-il, motivée par l’exigence de stabiliser la situation en Asie Pacifique et avait permis la modernisation politique, industrielle et économique de l’Île.

A l’époque toute la classe politique taïwanaise avait répondu avec aigreur. Jason Hu, alors ministre des Affaires Étrangères du KMT, avait dénoncé « l’hypocrisie » de Carter et souligné que la paix dans la région, les progrès démocratiques de l’Île et son développement socio-économique, étaient le résultat des efforts des Taïwanais et n’avaient rien à voir avec la relation entre la Chine et les États-Unis.

Note(s) :

[1Les avis sur la sincérité de Wen Jiabao sont partagés. Pour plusieurs sinologues français dont Jean-Philippe Beja, ses discours élogieux publics sur Hu Yaobang et sur la défense de la démocratie, critiques du « rôle dirigeant du Parti », exprimèrent une authentique conviction démocratique.

Pour le dissident sino-américain Yu Jie 余杰 , 51 ans cette année, proche du prix Nobel Liu Xiaobo, auteur de « Wen Jiabao, le meilleur acteur chinois - 中国影帝温家宝 – mot à mot “Empereur 帝 du cinéma 影“ 2010. », interdit en Chine, sa réputation de bienveillance bonhomme et d’ouverture politique n’était qu’une façade opportuniste.

La réalité, dit Yu Jie, était que, membre d’une famille enrichie dans le commerce des pierres précieuses – son épouse aurait été à la tête d’une fortune de 2,7 milliards de $ - il avait augmenté le pouvoir de la police secrète et était opposé à toute réforme politique. En 2012, le New-York Times avait publié un article à charge, ciblant les trafics d’influence et les conflits d’intérêt du premier ministre. Lire : 温爷爷, Wen Yeye, le grand-père du peuple entre corruption et guerre des clans.

En 2013, Wen déjà à la retraite, qui prenait ses distances avec la « Nouvelle gauche » avait solennellement appelé au respect de Xi Jinping et de sa lutte contre les corrompus. Lire : Coup de semonce libéral de Wen Jiabao.

[2A l’unisson du Président Xi, les médias chinois et les réseaux sociaux firent l’éloge de Carter et de son mandat, étape essentielle de la relation sino-américaine, qualifiée de Président américain « le plus coopératif et le plus amical à l’égard de la Chine. » .

Hu Xijin, ancien éditeur du Global Times, souligna « qu’il avait jeté les bases solides d’une coopération amicale en reconnaissant la position chinoise sur Taiwan. »

Pour Lu Chao, directeur de l’Institut d’études américaines et est-asiatiques de l’Université de Liaoning, « Carter a non seulement facilité l’établissement des relations entre les États-Unis et la Chine. Il a surtout fait le bon choix, conforme à la tendance du développement mondial, aux intérêts fondamentaux des États-Unis et à ceux de la Chine. Il sera toujours célébré autant par les Chinois que les Américains ».

Les réseaux sociaux unanimes étaient sur la même ligne. Parmi beaucoup d’autres, un internaute : « C’était un authentique pacifiste dont il faut célébrer les qualités humaines ». Un autre « La relation sino-américaine est la plus grande de l’histoire de l’humanité ». Et : « L’amitié durera pour toujours », « Les deux exercent une influence sans précédent et d’une grande portée dans le monde. »


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