›› Chronique
D. Trump : quarante-quatre ans après les illusions de Carter, une stratégie chinoise de l’Amérique encore illisible.
Avant son investiture du 20 janvier, D. Trump qui affirme pouvoir s’entendre avec Xi Jinping, tout en accumulant dans son entourage une collection de féroces contempteurs de la Chine, entretient l’ambiguïté sur la nature de la politique chinoise de son mandat. Alors que depuis J. Carter les plaques tectoniques de la géopolitique mondiale ont sérieusement bougé, rapprochant l’Iran arrivé au seuil du nucléaire et ennemi nº1 de Trump, de la Chine et de la Russie, la question se pose de l’efficacité des stratégies de l’emporte-pièce.
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Alors que la trajectoire chinoise de l’Amérique après le 20 janvier reste encore une énigme, brouillée par les contradictions publiques de D. Trump qui prédit de « bien s’entendre avec Xi Jinping - I think we will probably get very well », au milieu d’une rafale de nominations antichinoises dans son entourage direct, à Pékin l’heure est clairement à l’apaisement.
Depuis le 25 décembre et plus encore après l’annonce du décès de Carter, contrastant avec les invectives du Dialogue de Shangri-La de juin dernier (lire : « Dialogue de Shangri-La »- Dialogue de sourds- L’agressivité anti-occidentale de Pékin devient planétaire), tous les médias publics faisaient la promotion de l’amitié bilatérale sino-américaine.
A l’occasion de Noël, le Quotidien du Peuple et le Global Times, habituellement peu avares de critique contre l’Amérique ont même lancé un appel aux souvenirs photos pour, disaient-ils, une exposition destinée à « jeter un pont entre les différences culturelles et promouvoir l’amitié et la confiance avec les États-Unis ».
Alors qu’en Chine la mémoire de Carter, prix Nobel de la Paix pour les accords de Camp David de 1978 et le traité de paix entre Israël et l’Égypte du 26 mars 1979, reste célébrée pour la reconnaissance en 1979 de la Chine Communiste au détriment de Taïwan, aux États-Unis, elle est décriée par les Républicains et beaucoup d’autres, blessés dans leur orgueil de grande puissance.
Comme D. Trump, ils cultivent la mémoire blessée de la catastrophique opération ratée du 24 avril 1980 pour libérer les 52 otages retenus prisonniers pendant 444 jours (depuis le 4 novembre 1979, jusqu’au 20 janvier 1981, jour de l’investiture de Ronald Reagan), à l’intérieur de l’ambassade des États-Unis à Téhéran.
Pres d’un demi-siècle plus tard, dans une situation mondiale considérablement durcie très éloignée des idéaux pacifiques de J. Carter, les rapports de forces ont évolué.
Les deux protagonistes de l’accord de paix entre Le Caire et Tel Aviv ont disparu discrédités par leurs propres extrémistes ou oubliés. Le 6 octobre 1981, Anouar el Sadate était assassiné par un membre du Jihad Islamiste égyptien surgeon des « Frères musulmans ».
Dix ans plus tard, en 1992, Menachem Begin est mort dans l’indifférence. Discrédité par l’échec de Tsahal au Liban en 1982 et déprimé par les massacres de Sabra et Chatila, il avait quitté la scène politique en 1983.
La guerre fait rage en Ukraine et au Moyen Orient, tandis qu’à la suite des massacres du 7 octobre 2023, la très brutale riposte d’Israël soutenu par Washington contre le Hamas et le Hezbollah, pousse dans ses retranchements l’Iran, qui, il y a quatre décennies, avait humilié l’Amérique de Carter.
Simultanément Pékin et Moscou, se sont rapprochés. Avec Téhéran et Pyongyang, ils forment désormais appuyés par le « Sud global » une vaste mouvance anti-occidentale contestant la prévalence des États-Unis (lire : La Chine peut-elle contourner l’Amérique par l’Iran ?), tandis qu’en Asie, la marine et la chasse chinoises ont notablement augmenté leurs pressions contre Taïwan.
Au-dessus plane toujours, premier souci de D. Trump [3], la menace du nucléaire iranien qui, comme Pyongyang, cible Washington, tandis que Tel Aviv augmente ses frappes contre les bases de missiles iraniens.
L’avenir dira si la méthode iconoclaste de D. Trump dont le slogan de retour de puissance fait écho aux raidissements nationalistes de Moscou, Pékin et Téhéran, rassemblés contre Washington, parviendra à rendre à l’Amérique son rang qu’il accuse J. Carter d’avoir bradé au nom de l’universalisme américain.
Note(s) :
[3] Le 8 mai 2018, sous la réprobation générale, notamment d’Emmanuel Macron, d’Angela Merkel, de Valdimir Poutine, de l’Union européenne et de l’ONU, mais aux exceptions notables d’Israël et de l’Arabie Saoudite, D. Trump dénonçait l’accord sur le développement du nucléaire civil signé en 2015 après douze années de négociation entre la « communauté internationale » et Téhéran dont le but était de mettre progressivement fin aux sanctions qui frappaient l’Iran.
