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Commission mixte scientifique 2024 : et après ?

L’article évoque la quinzième édition de la Commission mixte scientifique et technologique franco-chinoise qui s’est tenue à Paris le 19 mars 2024. Rien n’a officiellement transpiré de cette rencontre impliquant les ministres compétents des deux pays. Par d’autres sources, on sait cependant qu’elle s’est bien déroulée tout en prenant soin d’éviter les grands dossiers du moment.

Du coup, cette COMIX est passée à côté de l’essentiel et ses conclusions sont sans relief. Pour l’auteur, cela s’explique par le fait que la COMIX est une instance à la main du MEAE, à seule vocation diplomatique, donc sans lien avec les véritables intérêts scientifiques de notre pays qui sont portés à l’international par les institutions de recherche (CEA, INSERM, CNRS, etc.) grâce à des modes d’action plus en phase avec la mondialisation de la science. Pour la Chine, la réunion est positive : elle permet de faire mentir l’idée que le pays se referme sur fond de baisse des échanges.

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La quinzième édition de la Commission mixte scientifique et technologique franco-chinoise (COMIX) a eu lieu comme prévu à Paris le mardi 19 mars 2024.

Inutile de chercher un compte rendu ou un communiqué de presse : les organisateurs, à savoir le ministère de la Recherche français (MESR) et son homologue chinois (MoST - 科学技术部 -) n’ont pas jugé bon de faire connaître ce qui est ressorti des discussions.

Il en est de même du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) qui, officiellement, présidait les travaux de cette réunion annoncée dans la Déclaration conjointe entre la République française et la République populaire de Chine en avril 2023, ce qui pouvait pourtant laisser penser que la COMIX était liée à quelque enjeu d’importance.

Quant au site de notre Ambassade à Pékin, il est également resté muet malgré l’implication d’un modeste attaché scientifique dépêché pour la circonstance. Heureusement, les réseaux sociaux et certains interlocuteurs chinois ont été un peu plus diserts que la communication officielle.

Absence des patrons de la recherche

Le niveau des participants donne une bonne idée de la teneur réelle de la réunion. Elle s’est en effet contentée de généralités historiques ou diplomatiques en évitant soigneusement aux deux parties d’évoquer les obstacles croissants aux échanges ou les grands défis scientifiques du moment.

Au demeurant, le caractère expéditif de la rencontre – à peine plus de deux heures - ne laisse aucun doute sur la vacuité de l’exercice. Visiblement, les organisateurs français avaient retenu les leçons de l’édition 2019 où l’on avait inutilement mobilisé à Pékin les plus hauts décideurs français des institutions françaises (CNRS, INSERM, CNES, Pasteur, ANR…) pour siéger devant des subalternes du PCC dans une atmosphère néo-brejnévienne.

Cette fois, à Paris, il s’agissait de tenir une réunion à un moindre niveau. Sans véritable motif scientifique, son seul objectif était qu’elle soit consensuelle.

Sans surprise, on a donc noté une représentation forte du Quai d’Orsay, au travers d’un sous-directeur chargé de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR), d’un représentant de la direction politique et d’une rédactrice.

Quant au Ministère de l’enseignement supérieur (MESR), outre un conseiller « politique étrangère », chargé de l’Asie-Pacifique, il était représenté par le directeur des relations internationales, chargé de fournir à la Ministre Retailleau les éléments de langage pour son entretien particulier avec son homologue chinois Yin Jejun et de préparer leur visite conjointe à l’Institut Necker des enfants malades.

A côté de Thomas Lombes, Directeur Général de l’INSERM, les autres participations françaises étaient réduites à quelques représentants d’institutions académiques ou de recherche, en la personne du responsable des relations internationales de l’INRAE ou de chercheurs de l’Université Paris Cité, de l’université de Lille ou du CNRS, principalement porteur de projets bilatéraux.

L’Agence Nationale de la Recherche (ANR) financeur de projets bilatéraux à hauteur de 15 millions d’€ entre 2007 et 2013, était absente sans doute parce que ses négociations pour le renouvellement d’un accord avec son homologue chinoise (la NSFC) n’ont jamais abouti.

Quant à la délégation chinoise, elle était formée d’un petit groupe autour du Ministre YIN Hejun, essentiellement des conseillers mais d’aucun représentant d’un projet de coopération. En revanche, la présence d’un émissaire du Président de l’Académie des Sciences (CAS) était un point positif. En 2019, le MoST avait en effet exclu cette grande institution qui relève pourtant du Premier Ministre et réalise une fraction significative des échanges scientifiques avec l’étranger.

Une bonne réunion, des ambitions en retrait.

La COMIX s’est parfaitement déroulée et la partie chinoise s’est même déclarée très satisfaite. Toutefois, peu de conclusions ou de décisions saillantes ont émergé. Parmi elles, le CNRS et la CAS ont décidé d’établir un « dialogue stratégique ». Partenaires homologues depuis 1978, mais aussi organisations concurrentes dans la Science mondiale [1], les deux institutions souhaitent peut-être faire le point de leurs échanges en même temps qu’un état de leurs priorités respectives.

Autre point de consensus, le « Centre Neutralité Carbone » (CNC). Pour évoquer ce projet bilatéral «  virtuel » et très politique inauguré par Catherine Collonna et son homologue Wang Yi le 23 novembre 2023 à Pékin, la COMIX avait associé Gerhard Krinner (IGE/CNRS), co-auteur des 5e et 6e rapports sur le climat du GIEC.

Regroupant 320 chercheurs, 100 doctorants, 60 laboratoires de recherche, le CNC a vocation à renforcer les projets conjoints pour la protection du climat tout en facilitant le rapprochement des positions scientifiques sur la neutralité carbone dans les COP. Après son inauguration en grande pompe en 2023 à Pékin, on attend désormais ses contributions opérationnelles [2].

Enfin, comme en 2019, la COMIX a aussi identifié des priorités disciplinaires : 1. Changement climatique et neutralité carbone, 2. Environnement et biodiversité, 3. Vieillissement et 4. Chimie théorique, possibles thèmes du plan de coopérations conjointes proposées par le Quai d’Orsay pour 2024, sur le modèle de celui de 2021 ayant vocation à soutenir des « structures conjointes [3] ».

Note(s) :

[1En matière de production intellectuelle (volume d’articles scientifiques), la CAS a dépassé le CNRS autour de 2017-2018. Toutefois, les publications de la CAS ont un impact scientifique légèrement inférieur à celles du CNRS. Mais l’écart se réduit au fil des ans.

[3En fait, des structures à l’image de celles que développe le CNRS depuis une quinzaine d’années (groupement international, laboratoire international associé, etc..) et que le MEAE semble avoir récemment découvertes.


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