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›› Chronique

Corée du Nord. Entre « fatalisme proliférant » et optimisme raisonnable

Le site d’expériences nucléaires effondré de Pyongyang. A l’automne 2017, Pyongyang avait démenti une information japonaise ayant signalé l’effondrement de site, faisant état de 200 morts. Des analyses non confirmées estiment que la catastrophe serait due à la puissance des explosions nucléaires.


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L’image ci-joint est une photo satellite commentée des environs de la montagne Mantap diffusée par le site C. News d’après une information passée inaperçue de la TV japonaise datant de l’automne 2017, faisant état de l’effondrement du site de tests nucléaires nord coréen de Punggye-ri, à une centaine de kilomètres de la frontière chinoise.

Autrement dit, la séquence que vit la péninsule coréenne depuis mars 2018 était dans les tiroirs de Kim Jong-un depuis 5 mois, délai après lequel il a annoncé qu’il « tirait l’échelle » de ses provocations apocalyptiques.

Les services chinois dont les sismographes surveillent la situation géologique de la Corée du Nord comme l’huile sur le feu, étaient au courant et on peut conjecturer qu’ils ont suggéré à Kim de renoncer à son arsenal nucléaire.

En même temps, Xi Jinping qui ne nourrit pas pour son voisin une affection débridée, mais ayant, à la chinoise et contrairement à nos exécutifs extravertis obsédés par la morale et la transparence, gardé une placidité marmoréenne, l’a invité à Pékin pour, tout en lui redonnant de la face, rappeler à son hôte venu en train blindé sorti d’un roman de John le Carré, qu’il exigeait le démantèlement de son programme nucléaire. En arrière plan, Xi gardait en tête le risque de prolifération nucléaire au Japon, sa bête noire.

Simultanément, s’affichant avec son turbulent voisin, le n°1 chinois signifiait à Washington qu’il n’était pas question que la Chine dont l’influence culturelle et stratégique sur la péninsule pèse depuis des siècles, soit marginalisée dans le processus qui s’annonce.

Des raisons d’espérer.

Le 27 avril, Kim Jong-un et Moon Jae-in ont signé la « déclaration de Pan Mun Jon pour la paix, la prospérité et la réunification ». C’est la première fois qu’au cours d’un sommet intercoréen Pyongyang promet de dénucléariser.Mais la route vers un traité de paix reste encore longue. Et la réunification à laquelle la Chine est opposée improbable.


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Après avoir tout de même propagé l’idée que la nucléarisation de la Corée du nord était désormais « inéluctable », les experts en passivité fataliste dont il faudra un jour analyser les racines suicidaires, continuaient, en dépit des évidences, à expliquer que Kim Jong-un, désormais maître du feu nucléaire, était en position de force et réagissait « rationnellement » à la « folie » de Trump.

En réalité, les événements qui se déroulent depuis le printemps 2018, ayant pris de court nombre d’observateurs, montrent que les provocations guerrières de la Maison Blanche, tirant profit du narcissisme de Kim Jong-un - un défaut que Donald l’iconoclaste perturbateur, adepte des « tweets » connaît bien -, l’ont poussé à la faute en l’incitant à augmenter inconsidérément la puissance de ses tests nucléaires probablement à l’origine de la destruction de son « jouet » nucléaire, son atout maître qu’il a dilapidé.

La chance qui sourit aux audacieux, la fragilité géologique de la région, la crainte chinoise d’un dérapage nucléaire japonais ajoutées à l’inexpérience juvénile et bornée de Kim Jong-un, ont servi la Maison Blanche.

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S’il est vrai qu’un nouveau coup de théâtre est toujours possible, il faut reconnaître qu’après la rencontre Moon - Kim du 27 avril - 3e sommet de l’histoire entre le Nord et le Sud assorti de la promesse renouvelée de Kim de stopper (et pour cause) son programme nucléaire -, la situation n’a jamais été aussi proche d’une solution pacifique de la question nord-coréenne restée en suspens depuis 1953.

En effet, les deux autres rencontres coréennes au sommet, jalons des précédentes embellies avec Kim Dae-jung en 2000 et son successeur Roh Moo-hyun en 2007, n’avaient pas évoqué l’abandon du programme nucléaire par Pyongyang. Quoi qu’en disent les fatalistes nous sommes donc clairement dans une situation nouvelle.

Moon Jae-in ayant rempli son office « d’ouverture de route », la suite appartient à Washington et à Pyongyang, Pékin, à l’écoute tente de rester dans la boucle, tandis que Tokyo est en embuscade sur le mode intransigeant.

Les racines des méfiances.

Après les tensions de l’année 2017, les experts sont sceptiques. Ici Kim Jong-un devant une tête nucléaire prête à être montée sur un missile. Le 29 mars un article du sud-coréen Choson Ilbo écrivait « Les propositions de Kim de dénucléariser par étape renvoient exactement aux erreurs que D. Trump avait promis de ne pas répéter ».


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Aux États-Unis, certains – pas forcément les plus conservateurs - craignent toujours un piège. C’est le cas de Douglas Paal, aujourd’hui vice-directeur des études du « Carnegie Endowment for International Peace », docteur en histoire de Harvard, ancien Directeur de l’Institut Américain de Taïwan (A.I.T), l’ambassade officieuse des États-Unis dans l’Île rebelle.

Dans un article paru le 20 avril dernier, il mettait en garde contre le risque « d’un accord piégé » avec Pyongyang favorisé par la soif de légitimité interne du Coréen Moon Jae-in et de Donald Trump qui pourraient, l’un et l’autre, être tentés, disait-il, de « rechercher une caution publique de court terme au détriment des enjeux de sécurité à long terme ».

« Kim a t-il vraiment l’intention d’abandonner ses capacités nucléaires conquises de haute lutte, en échange d’un relâchement des sanctions imposées par D. Trump ? Ou s’agit-il d’une nouvelle manœuvre de déception dont le régime est coutumier ? ». Pire encore, « Kim n’est-il pas en train d’attirer D. Trump dans un piège exigeant la fin de l’alliance avec Séoul ? ».

Disant cela Paal exprimait une vague de scepticisme courant dans le cercle des experts de la Corée du Nord. Ces risques existent en effet et les arguments de ceux qui les énoncent sont connus. Les plus crédibles font, par hypothèse, état de l’avancement du programme de Pyongyang, selon eux déjà arrivé à maturité et capable d’installer une tête nucléaire sur un missile intercontinental, dont aucune logique stratégique ne pourrait justifier l’abandon.


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