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›› Chronique

Corée du Nord. Entre « fatalisme proliférant » et optimisme raisonnable

Le trou noir à Pyongyang et l’ambiguïté des puissants

Au-delà la propagande la situation réelle du pays et des rapports de forces sont mal connus.


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A ce stade, il est impossible de lever les doutes sur l’état réel de l’arsenal et sur la rationalité interne de l’appareil politique nord-coréen. Tout au plus peut-on constater que la plupart des analyses résignées ne tiennent pas compte de l’effondrement du site des tests et de ses conséquences sur l’attitude chinoise en réaction aux risques de contamination radiologique. De même, peu d’analystes soulignent la crainte chinoise d’une contagion de la prolifération au Japon.

Elles n’évoquent pas non plus le capital de reconnaissance que Kim Jong-un pourrait retirer d’un règlement avec les États-Unis de la question coréenne restée hors de portée de son père et de son grand-père.

Enfin, rares sont les arguments qui osent examiner, au-delà des apparences de la propagande, les vrais rapports de forces socio-économiques et politiques dans le trou noir de la situation intérieure nord-coréenne dont il paraît improbable que les tensions soient sans effet sur la stabilité du régime.

Depuis sa position tutélaire, Pékin observe les événements en répétant que la détente en cours depuis les JO d’hiver de février avait été obtenue grâce à l’éphémère moratoire accepté par les forces conjointes ayant décidé de retarder les manœuvres sur la péninsule. Solution que la Chine préconisait depuis mars 2017. Ce n’est qu’en partie vrai.

Il est en effet tout aussi raisonnable d’attribuer la volte-face de Kim Jong-un à l’accident géologique ayant en partie détruit le site de tests nucléaires de Punggye-ri, à quoi s’ajouta l’augmentation des pressions-sanctions chinoises. Cette « montée en gamme » de la Chine fut le résultat du battage public amplifié par les « tweets » de Trump qui, prenant le contrepied des diplomaties du silence feutré enseignées à Sciences Po, alternait par d’incessants contrepieds le chaud et le froid des satisfécits publics adressés à Pékin et des blâmes sans ménagement accusant la Chine de ne pas en faire assez.

Perspectives stratégiques de la région.

Parmi les 6 acteurs du dialogue à 6, seuls Pyongyang et Washington sont concernés pour la prochaine étape. Si tout le monde est d’accord pour une dénucléarisation, les intentions de chacun sont différentes.


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Si la détente se confirmait jusqu’à la signature d’un traité de paix mettant fin au conflit coréen – une perspective pour l’instant encore hypothétique -, Pékin qui craint une extension de l’influence américaine jusqu’à ses frontières, continuerait à s’opposer à une réunification des deux Corée aujourd’hui très improbable, non seulement du fait de l’opposition chinoise, mais également à cause du décalage politique et social entre les deux régimes.

A cet égard, rappelons que, dans le cas de l’Allemagne, la réunification fut favorisée par l’effondrement du sponsor soviétique. En Asie du Nord-Est, le sponsor est la Chine qui ne donne aucun signe d’effondrement, au contraire.

En même temps, si dans le meilleur des cas, la question nucléaire nord-coréenne était résolue le régime chinois arguerait avec Pyongyang de la disparition de la menace pour réclamer la dissolution de l’alliance militaire et le départ des Américains. C’est précisément ce que craignait Paal dans son analyse.

Si Washington restait malgré tout accroché à ses bases en Corée et au Japon, comme c’est très probable, le discours de la Chine accuserait Washington, Séoul et Tokyo de maintenir une alliance militaire dirigée contre elle, destinée à bloquer sa montée en puissance. Dans ce triptyque d’alliance antichinoise, le maillon faible serait la Corée du sud. Le noyau dur serait le Japon que Trump a eu tort d’humilier en ne lui accordant pas la même exemption de taxes qu’à ses alliés occidentaux.

Mais on peut raisonnablement envisager que la Maison Blanche mettra un bémol à son radicalisme commercial contre Tokyo qui brouille l’alchimie de l’alliance (voir l’éditorial de QC).

Mis sous pression par Shinzo Abe qui, humilié par la brutalité tarifaire de Trump, s’est récemment ostensiblement rapproché de la Chine, jusqu’à reprendre - il est vrai très prudemment et avec une très longue cuillère - les échanges militaires avec Pékin, interrompus depuis 2012, Donald pourrait rabaisser la barre de se exigences commerciales japonaises après l’avoir placée très haut.

Sur le reste qui nous occupe aujourd’hui Tokyo et Washington sont main dans la main. Contrairement à l’accord avec Téhéran, les deux disent que « la dénucléarisation doit être « complète, vérifiée et irréversible ». Une position dont Pékin a plusieurs fois répété qu’elle était aussi la sienne, y compris à Kim Jong-un, lors de son voyage à Pékin.

Quant au Japon, il reste très attentif à ce que ses intérêts de sécurité directs ne soient pas bradés par les États-Unis lors de la rencontre Kim – Trump. A cet égard, l’inquiétude de Tokyo, s’est exprimée en avril dernier par un professeur d’études coréennes à l’université de Nagoya. Se félicitant d’abord que, lors de son voyage aux États-Unis, Abe avait rappelé à D. Trump les exigences japonaises à ne pas oublier lors de la rencontre au sommet avec Kim, il mettait en garde contre « l’imprévisibilité » du président américain.

La crainte de Tokyo est en effet que, dans les négociations, la Maison Blanche se focalise seulement sur la menace posée au territoire américain par les missiles balistiques à longue portée et fasse l’impasse sur l’arsenal à moyenne portée pouvant frapper l’archipel.

Enfin les dernières incertitudes et non des moindres s’ajoutant à l’imprévisibilité de Trump, au radicalisme sécuritaire Japonais, et aux ambiguïtés chinoises, renvoient à l’opacité du régime de Pyongyang et à la réalité des rapports de forces internes évoquées plus haut, entre d’une part la famille Kim et d’autre part l’armée et le parti des travailleurs forcément angoissés par la somme des inconnues que la volte-face du régime – si tant est qu’elle soit réelle – fait peser sur leur avenir.


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