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›› Editorial

« Dialogue de Shangri-La »- Dialogue de sourds- L’agressivité anti-occidentale de Pékin devient planétaire

Positions retranchées, agressivité et vastes divergences.

Le 30 mai à Pékin, Xi Jinping a réuni les Ministres des AE et diplomates de 22 pays arabes, dans le cadre des programmes de coopérations sino-arabes, lancés en 2004 par Hu Jintao. Depuis le début de la guerre à Gaza, la Chine a appelé à un cessez-le-feu et exprimé son soutien à la création d’un État palestinien indépendant basé sur la solution à deux États. Elle a également fustigé les actes de violence contre les civils, mais n’a pas jamais relevé la sauvagerie terroriste de l’attaque du Hamas contre le sud d’Israël, le 7 octobre.

Entièrement focalisée sur l’urgence de la situation humanitaire à Gaza, condamnant l’attaque d’Israël contre le peuple palestinien et la frappe aérienne contre un camp de réfugiés le 26 mai, mais sans dire un mot des otages retenus par le Hamas, la déclaration commune publiée le 2 juin appelle à un cessez-le-feu immédiat « global et durable à Gaza ». Elle soutient les « mesures » prises par la Cour pénale internationale à l’encontre de Benjamin Netanyahu, son ministre de la défense et plusieurs dirigeants du Hamas.


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S’exprimant tout juste une semaine après la démonstration de force « punitive » autour de l’Île après l’investiture de Lai Qing De qui simulait un encerclement de l’Île, Dong a rajouté que Pékin était résolu à « prendre des mesures pour que le complot séparatiste des partisans de Lai ne se réalise jamais. »

En même temps, ciblant les États-Unis sans les nommer explicitement, il a fustigé « l’interventionnisme des forces extérieures qui vendaient des armes à l’Ile et développaient avec elle des contacts politiques “illégaux” ». Puis, attribuant au sujet le caractère existentiel qui le rend explosif, il ajouta qu’il était nécessaire de reconnaître que « La question de Taïwan était au cœur des intérêts fondamentaux de la Chine et qu’ils ne devaient pas être lésés. »

Plus largement l’appareil militaire chinois a, par un commentaire du Lieutenant-Genéral Jing Jianfeng nº2 de l’État-major général à la Commission Militaire Centrale, accusé Washington de vouloir créer une réplique de OTAN en Asie.

La critique, déjà ancienne, réagissait à la récente réunion à Washington entre Joe Biden, le Japonais Fumio Kishida et le Philippin Ferdinand Marcos Jr (lire : Au-delà de la reprise des contacts militaires, la lourde rivalité sino-américaine en Asie-Pacifique).

Elle présentait les États-Unis dont les mouvements navals ne visent, selon Washington, qu’à affirmer la liberté de navigation en Mer de Chine du sud sur laquelle Pékin prétend exercer des droits souverains historiques, comme la principale source de l’instabilité régionale.

Expression cacophonique d’une absence totale d’harmonie stratégique, le 31 mai, le jour même de l’ouverture du dialogue de Singapour, marquée par la rencontre en Dong Jun et Lloyd Austin, un commentaire alarmé du Président Marcos Jr mettait en garde contre les risques de dérapage des incessantes pressions exercées par Pékin sur Manille :« La mort d’un citoyen Philippin sous les coups d’une puissance tierce en mer de Chine du sud serait proche d’un acte de guerre. »

On le voit, si le dialogue de défense a repris, l’incompréhension reste totale.

Pour Pékin les missions dites « FONOP – Freedon Of Navigation Operations - ne servent que les intérêts géopolitiques égoïstes des États-Unis et vont à l’encontre de la tendance de l’histoire et des aspirations communes des pays de la région en matière de paix, de développement et de coopération gagnant-gagnant. »

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A Taïwan, la rhétorique chinoise promettant que les séparatistes taïwanais seraient « cloués au pilori de l’histoire » n’est pas passée inaperçue.

Le 2 juin, après le discours de l’Amiral Dong Jun, le Bureau des Affaires Continentales 大陸委員會, rappelant le contraste politique entre l’Île et l’omnipotence autocratique de Xi Jinping a mis en garde que « Toute action coercitive qui ne tiendrait pas compte de l’opinion publique et contraire à la démocratie et aux droits de l’homme, de même que tout recours à la guerre finiront par s’avérer contre-productifs ».

Plus concrètement, fustigeant la mise à l’écart systématique de l’Île des dialogues internationaux, à Taipei, un communiqué de la Présidence a accusé l’Amiral Dong Jun d’avoir déformé la position du gouvernement de Taïwan lors du forum, où l’Île n’avait pas été autorisée à envoyer des représentants.

« La réalité », dit la déclaration est que « la Chine n’a pas la confiance nécessaire pour engager un dialogue avec le gouvernement de Taiwan, tandis que ses remarques irrationnelles [sur l’autodestruction du DDP ou sur la sanction du “pilori de l’histoire”], n’ont aucune crédibilité internationale.  »

Enfin, en écoutant les inflexibles déclarations chinoises dans cette vaste région du Pacifique occidental qu’à l’instar de Washington Pékin considère comme sa première zone d’influence stratégique, on ne peut manquer de noter « l’hubris » des intentions planétaires de Xi Jinping qui désormais s’expriment par les nouveaux slogans de la politique étrangère chinoise que sont les Initiatives globales de Sécurité, de Développement et de Civilisation.

L’hubris de puissance globale et ses limites.

Alors que les « Nouvelles Routes de la Soie » lancées en 2013, avaient un arrière-plan promotionnel affirmant une intention vertueuse de « partage », les Initiatives globales qui sont leur continuation sur un mode nettement plus offensif, piétinent les plates-bandes de l’influence de Washington, en Europe et au Moyen-Orient.

Pour l’instant, alors que dans la guerre en Ukraine, la médiation chinoise soumise aux pesanteurs de la relation sino-russe est restée inefficace, au Moyen Orient, les initiatives de Pékin avec les pays arabes, marquées par la même partialité anti-occidentale, tournant au passage le dos aux conseils de neutralité stratégique de Deng Xiaoping, expriment elles aussi un fort décalage entre la posture de faiseur de paix et la réalité.

Six mois après le passage à Pékin le 20 novembre 2023 d’une forte délégation de pays arabes (lire : A la croisée des chemins, Pékin fait le choix de « la rue arabe » contre l’Occident), Xi Jinping a, le 30 mai, accueilli un « Forum » auquel participaient les ministres et les délégations des AE de 22 pays arabes. Tous condamnèrent « l’agression d’Israël contre les Palestiniens », tandis que le Président chinois promettait une aide directe de 70 millions de $ destinée à soulager les souffrances de la population de Gaza.

Sur ces plates-bandes stratégiques de Washington, tout le monde aura remarqué le contraste entre la sympathie exprimée par les pays arabes à la Chine et la froideur de l’accueil infligé à Joe Biden lors de sa visite au MO en octobre 2023, moins de 15 jours après l’agression sauvage des bandes terroristes du Hamas contre le festival de musique organisé à quelques kilomètres à l’est de la bande de Gaza.

Pour autant, la posture chinoise résolument pro-palestinienne affichée le 30 mai par Pékin, sur fond de désastres humanitaire à Gaza, pourrait bien manquer une partie de la réalité.

Comme l’écrit Rami George Khouri dans l’Arab Center de Washington DC, le fait est que la plupart des dirigeants des monarchies du Golfe qui affichent une solidarité de façade avec les Palestiniens se méfient du Hamas et de ses soutiens iraniens.

La réalité qui pourrait compliquer le plan de paix chinois est que les groupes terroristes et Téhéran sont les seuls qui résistent collectivement à Israël et aux États-Unis, alors que la plupart des gouvernements arabes comptent sur les États-Unis et les pays occidentaux pour assurer leur sécurité et sur Tel Aviv pour les débarrasser de la menace extrémiste du Hamas.


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