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›› Editorial

En Asie Pacifique les tensions sino-américaines sont montées d’un cran

Sévères tensions à Port-Moresby.

À Port Moresby, la Chine a refuse de signer un communiqué commun qui dénonçait les “pratiques commerciales déloyales”


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A l’origine de l’échec, le refus de la Chine d’introduire dans le texte l’accusation américaine qui la ciblait directement, mentionnant les « pratiques commerciales déloyales » au cœur de la guerre qui l’oppose avec Washington. Sans surprise, la question au cœur des discours américains et chinois donna lieu à une sévère passe d’armes entre le président Xi Jinping et Mike Pence.

Quand le président chinois évoquait sous les applaudissements la nécessité d’une coopération globale, seule manière de tenir à distance les affrontements de la guerre qu’elle soit « froide » ou déclarée, insistant sur la nécessaire prévalence des dialogues et des négociations, s’inscrivant en faux contre les accusations du « piège de la dette » et qualifiant sur un ton lyrique ses « Nouvelles routes de la soie » de « chemin ensoleillé au long duquel la Chine partage les opportunités avec le monde pour un développement solidaire » [1], Pence a stigmatisé les intentions géopolitiques de la Chine avançant ses intérêts stratégiques dans le sillage des routes de la soie et attirant ses partenaires dans « le piège de la dette ».

Prétentions chinoises et résistances de Washington.

La ligne en 9 traits exprime la prétention chinoise, réfutée par Washington, à contrôler toute la mer de Chine du sud.


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Plus largement et sans le dire Washington garde en tête la perspective que la Chine finisse par s’approprier par la séduction de ses prêts et ses stratégies de construction d’infrastructures, l’ensemble de la mer de Chine à l’intérieur de sa « ligne en 9 traits ». La vision impériale qui avait déjà été exprimée par Tchang Kai-chek en 1947, est peut-être aujourd’hui la meilleure expression d’une rivalité stratégique globale. Articulée à des critères culturels et historiques, les prétentions de Pékin s’opposent désormais frontalement à l’ordre global défini par le droit international après 1945 et rappelé par la Convention du droit de la mer dite de Montego-Bay adoptée en 1982 [2].

Laissant planer la menace d’une nouvelle augmentation des taxes imposées aux exportations chinoises aux États-Unis, il a déclaré que Washington ne relâchera pas ses pressions, tant que la Chine n’amendera pas ses pratiques. Tournant le dos à la plus élémentaire diplomatie à l’égard de Pékin, il a continué en affirmant que Washington poursuivrait ses missions navales de contestation des ambitions territoriales chinoises autour des îlots élargis.

Faisant la promotion des avantages de la coopération avec Washington comparée aux risques posés par une trop forte proximité avec la Chine, il a suggéré de « ne pas accepter les prêts qui compromettent l’indépendance », ajoutant que les « États-Unis ne propagent pas des pratiques corrompues, ne noient pas leurs partenaires dans un océan de dettes et ne proposent pas des “routes de la soie à sens unique“. »

Couronnant cette diatribe fortement critique, réplique de celle prononcée le 4 octobre dernier à l’Institut Hudson, il a aussi annoncé que les États-Unis allaient participer à l’initiative conjointe de Port Moresby et Canberra d’installer une base navale sur l’île Manus aux limites occidentales de la mer de Bismarck, au nord de la Papouasie.

Tokyo manœuvre à tout hasard.

Le 16 novembre, avant le sommet de Singapour, Shinzo Abe était à Darwin où avec son homologue australien Scott Morrison il a déposé une gerbe en hommage aux morts de la guerre,
victimes des bombardements japonais.


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Enfin, d’autres événements et déclarations en marge des deux sommets asiatiques dont le Président D. Trump était absent, complètent l’image d’une expansion chinoise basculant progressivement du commerce vers les ambitions stratégiques à vocation militaire dont la trace de plus en plus large effraye nombre des pays de l’ASEAN, le Japon, l’Australe et l’Inde, provoquant la réaction de Washington et de ses alliés.

Le 16 novembre, Shinzo Abe était en Australie à Darwin dont le milliardaire chinois de l’immobilier Ye Cheng contrôle la gestion depuis 2015 pour un bail de 99 ans. C’était la première fois qu’un 1er ministre japonais foulait officiellement le sol australien depuis la guerre. Avec Scott Morrison, son homologue australien, il a déposé une gerbe au monument aux morts de la guerre victimes pour la plupart des bombardements de l’aviation nippone.

Selon la presse, les conversations ont porté sur les incertitudes de la situation stratégique, conséquences des rivalités sino-américaines et la possibilité impensable il y a seulement quelques années, que l’armée japonaise aux exercices terrestres australiens et américains à partir de Darwin où stationne un régiment de « Marines ».

Avec la mer de Chine et Taïwan, le dernier point chaud de l’Asie Pacifique est la Corée du Nord évoquée à Port Moresby par un porte-parole sud-coréen qui indiqua que le Président chinois pourrait se rendre à Pyongyang en 2019. Contrastant avec l’optimisme du président sud-coréen à la perspective d’un éventuel 2e sommet entre Kim Jong-un et D. Trump, l’administration américaine soupçonne Pékin de ne plus appliquer les sanctions contre Pyongyang avec toute la rigueur annoncée.

Ce début de controverse s’ajoute à la longue liste des différends surgis depuis 15 jours entre Pékin et Washington dont l’hostilité affichée semble se durcir. Autant de sujets déjà sur la table d’une rencontre annoncée entre Xi Jinping et D. Trump au prochain G.20 de la fin novembre à Buenos Aires.

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Pour terminer ce tour d’horizon par l’espoir que d’ici là l’ambiance pourrait s’apaiser à défaut d’un impossible règlement des différends, on notera que les deux s’efforcent toujours de se parler (lire : Ils se méfient l’un de l’autre, ne sont d’accord sur rien. Mais il se parlent.), tandis que le 21 novembre, l’escale de courtoisie à Hong Kong - accordée par Pékin après deux refus successifs en septembre - du groupe aéronaval Ronald Reagan de retour des exercices en mer de Chine du Sud, confirme les bonnes intentions chinoises.

En signe de bonne volonté, l’amiral Karl Thomas commandant le groupe a invité à bord le Général Tan Benhong commandant la garnison chinoise de la R.A.S. Pour la petite histoire, il a été transporté depuis Hong-Kong jusqu’au porte-avions par une navette aérienne d’un C-2 embarqué qui s’est posé avec lui sur le pont.

Notes :

[1Les efforts contrôlés de la Chine pour ouvrir son marché et se plier aux règles du droit sont réels. Dans son discours, Xi a affirmé que le gouvernement allait renforcer le respect de la propriété intellectuelle et augmenter ses importations tout en réduisant les taxes – ce qu’il avait déjà mis en œuvre pour 1500 articles de consommation courante et 1585 produits industriels et véhicules automobiles.

[2Pékin a d’autant plus facilement ratifié la convention qu’elle comporte des « clauses de réserves » permettant aux signataires de s’exonérer de jugements d’arbitrage pour peu qu’ils les signalent à l’avance. Ainsi le 25 août 2006, postérieurement à sa ratification, la Chine faisait publier par les Nations Unies une déclaration – qui valait exonération des arbitrages sur les questions de souveraineté - selon laquelle elle réaffirmait son contrôle sur les îles et archipels de la mer de Chine du sud. (Art 3 de la déclaration) :

« La République populaire de Chine réaffirme sa souveraineté sur tous ses archipels et toutes les îles énumérés à l’article 2 de la loi de la République populaire de Chine sur la mer territoriale et la zone contiguë promulguée le 25 février 1992. »).

C’est précisément parce que Pékin s’exonère par avance de tout jugement sur les questions de souveraineté que le Congrès américain n’a toujours pas ratifié la Convention.


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