›› Editorial
A son arrivée à Shanghai, le 7 avril 2026, Cheng a été accueillie par un dîner de gala offert par Song Tao, le Directeur du Bureau des Affaires taiwanaises. (Photo KMT - AP).
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Xi Jinping en embuscade fait feu de tous bois.
Pour le Président chinois, l’épisode le voyage de Cheng est un aubaine politique vertueuse, quoique loin d’être exceptionnelle.
S’il est exact que le long périple en Chine de la nouvelle présidente du KMT est, tous les médias le répètent, le premier depuis dix ans, les contacts entre les têtes du régime chinois et les élites du KMT, y compris à un bien meilleur niveau que celui de Cheng Li-wun, ont été fréquents au cours des vingt dernières années.
Ils vont de la rencontre entre Lien Chan et Hu Jintao en 2005 (lire : Retrouvailles des frères ennemis, symboles et arrières pensées) jusqu’à la visite en Chine, le 18 décembre 2024, de Ma Ying-jeou à la retraite, conduisant un groupe d’étudiants taïwanais, en passant par la rencontre de Ma avec Xi Jinping à Singapour, le 7 novembre 2015, alors qu’il était le président en exercice de la République de Chine (lire : Pour la première fois un président chinois rencontre le chef de l’exécutif taïwanais en exercice).
Confirmant les constants efforts du KMT pour cultiver les liens avec le PCC, y compris sous la présidence du DPP avec qui Pékin avait coupé tous contacts dès 2016, Tsai Ing-wen ayant refusé de reconnaître le consensus d’une seule Chine de 1992, on ajoutera que le voyage de Ma YIng-jeou en 2024, faisait suite à une visite à Taïwan de responsables politiques chinois de Shanghai à l’occasion d’un forum annuel organisé par le gouvernement de la ville de Taipei, dirigé par le Kuomintang.
L’échange des chercheurs avait eu lieu juste avant un déploiement de forces record de l’APL autour de l’Île qui réagissait furieusement au discours du « Double Dix » de Lai Qing De (lire : « Double dix » : Sur fond de connivence sino-russe, ripostant au discours du Président Lai, Pékin met en scène le blocage militaire de l’Île).
Cette fois, le 10 avril, Xi Jinping a reçu Cheng Li-wun dans l’une des salles du Grand Palais du Peuple, alors que tous les liens officiels avec Taïwan avaient été coupés en mars 2016 après la victoire de Tsai Ing-wen et du DPP aux élections présidentielles de janvier 2016, où la candidate du Parti pour le progrès démocratique 民進黨 avait, avec 56,12% des voix, sèchement battu ses concurrents du KMT Eric Chu et du « Premier parti » James Soong, qui ne recueillirent respectivement que 31,04% et 12,84% des suffrages.
La dernière rencontre entre Xi Jinping et un président du KMT en exercice - alors la très controversée Hung Hsiu-chu (洪秀柱) à qui le Parti avait retiré son investiture pour la présidentielle de 2016 pour cause de sondages catastrophiques -, eut lieu en novembre 2016 à Pékin, une année exactement après la rencontre à Singapour avec Ma Ying-jeou, alors président de l’Île en exercice.
Signe que, sous la surface, continuait à fermenter la contestation de la règle du KMT qui pêchait par autoritarisme, il faut se souvenir qu’au printemps 2014, le deuxième mandat de Ma Ying-jeou (2012 - 2016) avait été sévèrement percuté par le « Mouvement des tournesols » qui fut un spectaculaire hiatus de sa trajectoire de rapprochement pacifique avec le Continent. Lire : Taïwan : Craquements politiques dans l’accord cadre. Les stratégies chinoises en question.
Le 12 mars 2016, huit mois avant la rencontre avec Hung, survivante du KMT reléguée dans l’opposition à la nouvelle présidente Tsai Ing-wen, Xi Jinping avait déclaré que le « Consensus de 1992, d’Une seule Chine [中國共識》- refusé par Tsai Ing-wen -] était la base politique minimum 最低政治基礎 pour le développement des relations pacifiques dans le Détroit.
Depuis cette date, l’Île dont la présidence a sans interruption été tenue par le DPP portant une intention de rupture avec le Continent, est l’objet de campagnes répétées de harcèlements militaires par déploiements aéronavals et tirs récurrents de missiles à ses abords maritimes et aériens dont l’ampleur semble préparer un blocus de l’ancien fief de Tchang Kai-chek.
Les démonstrations de force se produisent chaque fois que Taipei sort du cadre contraint de sa soumission souveraine à la Chine qui lui interdit toute affirmation d’une politique étrangère autonome, notamment dans ls sillage de Washington.
Dans la brèche ouverte par la fin de l’hégémonie du Min Jin Dang.
Le 10 avril Xi Jinping a reçu Cheng Li-wun, au Grand Palais du Peuple. Alors que le President chinois répétait contre l’évidence des sondages, que la tendance historique intangible dans le Détroit était « le rapprochement compatriotes des deux côtés du Détroit », la visite de Cheng en Chine a suscité un débat dans l’Île où ses détracteurs l’ont accusée d’être « pro-Pékin ».
Le voyage de Cheng a eu lieu un mois avant la visite prévue du président américain Donald Trump à Pékin pour un sommet avec Xi Jinping alors que Washington exerce une forte pression sur les parlementaires de l’opposition taiwanaise du KMT et du Parti du Peuple afin qu’ils lèvent leur veto à l’augmentation du budget de la défense de l’Île.
L’insistance de Washington a en partie porté ses fruits puisque Cheng Li-wun, toujours opposée à l’augmentation du budget de la défense de 40 milliards de $ répartis sur 8 ans, a tout de même accepté de cautionner l’achat d’équipements militaires américains pour la valeur de 12 milliards de $ avec une option pour des acquisitions ultérieures.
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Les élections législatives de janvier 2024 mirent fin de justesse à huit années de domination sans partage des « progressistes » du 民進黨, avec un seul siège d’écart au profit du KMT d’Eric Chu (52 contre 51 pour le DPP de Lai Qing De).
L’alternance politique a rebattu les cartes de la relation dans le Détroit et mis du vent dans les voiles de Cheng Li-wun, élue à la tête du KMT, en novembre 2025 à la suite d’Eric Chu.
Pour le Président chinois, le surgissement dans le paysage taïwanais de la personnalité charismatique et opportuniste de Cheng Li-wun, conséquence d’un craquement politique dans l’Île, est une aubaine.
Même si elle est loin d’avoir l’assise politique de ses précurseurs, d’abord Lien Chan 連戰, qui fut Vice-président de l’Ile (1996-2000), puis Ma Ying-Jeou 馬英九 ancien président (2008-2016) qui rencontrèrent respectivement Hu Jintao (2005) et Xi Jinping (2015 et 2024), Cheng apporte à Xi Jinping l’opportune confirmation qu’une réunification avec l’Île serait possible sans heurts.
Tel était bien le sillon creusé lors de sa rencontre le 10 avril avec Cheng par le Président Chinois dont le discours faisait écho à la partie de l’électorat taïwanais qui redoute un conflit dans le Détroit.
« Les dirigeants de nos deux partis se rencontrent aujourd’hui afin de préserver 维护 la paix et la stabilité 和平稳定 de notre patrie commune 共同家园 ; de promouvoir 促进 le développement pacifique des relations entre les deux rives du détroit 海峡两岸关系的和平发展 ; et de permettre aux générations futures de partager un avenir radieux et prometteur. 使子孙后代能够共享一个光明美好的未来. »
Rappelant que les populations des deux rives du Détroit sont chinoises 海峡两岸都是中国人 et qu’elles aspirent toutes à la paix, 都渴望和平, il a ajouté que la Chine était disposée à renforcer les échanges et le dialogue 加强交流对话 avec diverses parties, y compris le Kuomintang 包括国民党, à condition toutefois qu’il s’opposent à l’indépendance de Taïwan 必须反对“台独.
Dans sa réponse Cheng Li-wun, dont la démarche, marquée par l’enthousiasme opportuniste, est à l’évidence beaucoup moins prudente que ses prédécesseurs, s’est sans réserve coulée dans le discours de Xi Jinping sur le renouveau de la Chine dans la Nouvelle ère 中国在新时代的复兴 dont un des accomplissements essentiels serait la réunification.
« La renaissance - 复兴- du peuple chinois est une aspiration partagée par les peuples des deux rives du détroit. 这是海峡两岸人民的共同愿望 ; Elle constituera une contribution positive 积极贡献 à la paix mondiale et au progrès humain 为世界和平与人类进步. ».
En mettant en perspective la manière dont le PCC et Xi Jinping considèrent l’actuel président de l’Île issu du DPP et les égards dont a été gratifiée Cheng Li-wun, sa principale opposante, on constate que le contraste est total.
Même si le Président Lai Qing De - dont il faut cependant rappeler qu’il est issu de la mouvance pro-indépendance dure - (Lire : le § Lai Qing-de 賴清德, l’ancien « enfant chéri de l’indépendance » de notre article Élections présidentielles du 13 janvier 2024. Revue des candidats), s’est, à plusieurs reprises, prononcé pour le maintien du « statuquo » stratégique dans le Détroit, le PCC qui refuse d’engager un dialogue formel avec lui, le considère comme un « dangereux séparatiste, 危險的分裂分子 fauteur de troubles et source de conflit 麻煩製造者和戰爭製造者 ».
Dans la foulée de l’aversion qu’il inspire à Pékin, Lai est, selon un rapport du journal conservateur japonais Yomiuri Shimbun, l’objet de campagnes de désinformations en ligne orchestrées depuis décembre 2025 par le PCC pour empêcher sa réélection en 2028.
Sous la surface, les fragilités de Cheng Li-wun et la défiance à la Chine.
Alors que l’opinion taiwanaise reste défiante à l’égard de la Chine et du PCC, le 14 avril le President William Lai, s’est rendu au QG des armées de l’Île pour assister à un exercice de cadres, faisant partie de la manœuvre annuelle Han Kuang. Selon les observateurs, la conduite de la manœuvre qui, dans le passé était avant tout un affichage destiné à rassurer le politique a gagné en réalisme avec des exercices à tirs réels et l’organisation de contrôles permettant de tester l’efficacité opérationnelle des différents sous-ensembles de forces.
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La prochaine indication la plus sérieuse, quoique partielle, de l’état des forces politiques à Taïwan découlera du résultat des scrutins locaux du 28 novembre 2026, qui se tiendront dans six municipalités et seize districts, pour lesquels le KMT et le Parti du Peuple Taiwanais 台灣民眾黨 ont déjà décidé de faire alliance contre le DPP.
En attendant, plusieurs sondages - dont les résultats sont cependant à prendre avec prudence - donnent quelques indications sur la préférence stratégique des Taïwanais au moment où la nouvelle présidente du KMT renouait après six ans de silence les contacts en Chine avec le PCC et le président Xi Jinping.
Selon une enquête organisée au printemps par TVBS Poll Center - 民調 中心 - 77% des Taïwanais interrogés estiment que la proximité avec les États-Unis est importante quand 47% préfèrent la proximité avec la Chine. Par ailleurs, un sondage réalisé par Academia Sinica indique que plus de la moitié des personnes interrogées seraient prêtes à résister à tout prix à une invasion du PCC et sont favorables à l’achat d’armes aux États-Unis.
Quant au détail des positionnements stratégiques des appareils, 82% estiment que le Parti démocrate progressiste (PDP) est pro-américain, tandis que 5% le considèrent anti-américain. En même temps, seulement 26% pensent que le Kuomintang (KMT) est pro-américain, tandis que 48% le croient anti-américain.
Les proportions des opinions sur le positionnement du Parti du Peuple Taiwanais sont comparables. Seulement 24% des sondés estiment qu’il est pro-américain quand 42% le voient prochinois.

