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›› Editorial

Face à la Chine, Trump perd la première manche

Le 4 avril, D. Trump dont la stratégie du chaos s’est heurtée à quelques angoisses américaines, a opéré un tête-à-queue spectaculaire, laissant présager un accommodement à venir avec Pékin. En Chine, la stratégie des rodomontades et des voltefaces a d’abord suscité sarcasmes et dérisions.

En même temps, conscientes que l’escalade était mortifère, les élites chinoises, ont au milieu de leur affichage inflexible, exprimé leur intention de dialogue.

Dans le contexte de l’affaiblissement de l’Amérique à la recherche d’elle-même et de sa puissance perdue, il est probable que, prenant le monde à témoin de sa sagesse, l’Appareil politique chinois, exigera d’élargir l’éventail du dialogue au-delà des questions commerciales. En ligne de mire, les droits de l’homme « aux caractéristiques chinoises », le respect mutuel entre grandes puissances, chacune dans sa sphère d’influence, l’embargo américain sur les hautes technologies et la question de Taiwan.


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Le 22 avril, dans le bureau ovale, D. Trump opérait un sérieux repli tactique sur les droits douane infligés à la Chine dont il a dit qu’ils seraient « réduits de manière substantielle ». Pour faire bonne mesure, il a aussi précisé qu’il s’abstiendrait désormais d’évoquer les origines de la pandémie de Covid-19 et serait « très gentil » à la table des négociations avec Pékin.

En Chine, où une perte de face publique pourrait détruire l’avenir politique de Xi Jinping, l’appareil politique a unanimement réagi par le sarcasme et la défiance.

La classe politique qui affiche une résilience bravache, n’ignore pas que la volte-face s’est produite après les secousses de la bourse et les rencontres du Président avec les PDG des géants de la grande distribution inquiets des conséquences économiques et financières de la hausse des droits de douane.

Wang Yiwei, Directeur de l’Institut des Affaires étrangères à l’Université de Pékin, estime qu’après des semaines de postures démonstratives et de messages contradictoires, la Direction chinoise se méfie de Trump. Pour l’instant, échaudée par ses incessants contrepieds, elle ne croit pas à son discours sur la baisse des taxes.

Elle n’a pas tort.

Alors que la plupart des banques d’investissement ont prévenu qu’une guerre généralisée des droits de douane entrainerait une récession planétaire, D. Trump n’a donné aucune information précise sur l’ampleur de son recul. L’estimation la moins vague est venue d’un officiel de la Maison Blanche qui, « au doigt mouillé » a avancé une plage « à peu près comprise en 50 et 65%. »

Depuis Fudan à Shanghai, Wu Xinbo, Directeur de l’Institut d’études américaines, affirme que la Chine « n’est pas pressée de négocier » et qu’elle serait en mesure de résister aux pressions économiques.

Le pays, dit-il en substance, aurait d’abord intérêt à accepter pour un temps les frictions d’un conflit. « Les négociations dans l’intérêt de la Chine n’en seront que plus faciles. » La réalité est qu’avec seulement 15% de son commerce extérieur lié aux États-Unis, dans ce bras de fer, Pékin dispose d’une marge de manœuvre.

Les déclarations publiques des universitaires sont en phase avec la Direction du régime qui depuis des mois s’applique à afficher la force et la sérénité d’un acteur stable garant de l’ordre international.

En même temps, Wang Yiwei, cité plus haut, estime que les déclarations sur la baisse des taxes ne suffiront pas à amener la Chine à la table des négociations. Selon lui qui prône la résilience et la fermeté, il y faudrait des gestes plus convaincants.

« Si les américains voulaient vraiment négocier, ils devraient commencer par supprimer tous les droits de douane récemment imposés. » (…) « Le moindre signe de faiblesse enverrait le signal que la stratégie des “méga-taxes” a fonctionné. Ce qui pourrait inciter Washington à les augmenter encore. »

Une dérision mêlée d’inquiétude.

Le montage publie par le NYT du 2 avril qui décrit le chaos de l’Amérique avec Xi Jinping en embuscade derrière le capitole, a fait la joie des réseaux sociaux chinois envahis par les sarcasmes anti Trump.


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Logiquement les réseaux sociaux se sont emparés du sujet sur un mode ultra-nationaliste. Le 23 avril, lendemain du rétropédalage de Trump, près de 200 millions d’internautes chinois échangeaient des messages peu amènes sur Trump. Certains étaient frontalement inflexibles : « On ne négociera pas tant que les taxes ne seront pas complètement supprimées ».

A côté des vindictes, le persiflage populaire avait beau jeu de reprendre la satire du New-York Times du 9 avril par Thomas L. Friedman « Si vous engagez des clowns, attendez-vous à un cirque. Et chers compatriotes, nous avons engagé une équipe de clowns ».

Ou celui de la chaine démocrate MSNBC : « Après avoir pris le système financier mondial en otage, pour, sous la panique, revenir en arrière, c’est par son inconsistance qu’a brillé la Maison-Blanche ». CNN ironisait « Nous connaissons désormais la limite de l’endurance politique de Donald Trump, à savoir une semaine ».

Dans la foulée, en Chine, sur Weibo, le « hashtag » « 特朗普退缩了 – Trump recule - » était vu 150 millions de fois.

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Pour autant, depuis la Chine, les torses bombés de la Direction politique ne disent pas tout. En privé, certains intellectuels chinois doutent de la sagesse d’une confrontation prolongée avec Washington.

S’adressant à CNN sous couvert d’anonymat, un expert en politique étrangère s’est dit préoccupé par l’impact des droits de douane exorbitants sur l’économie entrée dans un processus de freinage.

« Les autorités chinoises ne disent pas la vérité. La réalité est que l’appareil s’angoisse d’un choc économique majeur. Si les droits de douane de 145% restaient en vigueur, l’ensemble de notre commerce extérieur serait considérablement impacté, entraînant des pertes d’emplois massives et de probables troubles sociaux, mettant la légitimité du gouvernement en péril ».

Alors que ces vues contraires au discours officiel sont systématiquement censurées, l’exécutif a déjà fait un geste de souplesse en annulant l’embargo intenable pour les compagnies chinoises sur les pièces détachées aéronautiques.

Début avril, un chercheur de l’Académie des sciences sociales publiait sur son compte WeChat personnel un message vite censuré, qualifiant les contre-mesures chinoises de « totalement erronées ». « L’augmentation des droits de douane par les États-Unis revient pour eux à soulever une pierre qui leur retombera sur les pieds ; nous ne devrions pas les imiter au risque de nous heurter nous-mêmes. »

Plus largement alors que Donald Trump a été le premier à céder dans cette lutte d’égos et de postures, en Chine même, derrière l’affichage des fiers-à-bras, il existe une coterie politique consciente qu’en 2025, l’objectif de 5% de croissance fixé en mars par l’appareil, sera hors d’atteinte si les exportations restaient à ce point handicapées par les taxes américaines.

Pour l’instant, le moins qu’on puisse dire est que les déclarations ne s’accordent pas tout à fait.

D’un côté, Trump placé sous la pression d’une opposition interne a commencé à comprendre qu’il s’est peut-être engagé dans un combat qu’il ne peut pas gagner. De l’autre, inflexible, l’appareil chinois, moins dépendant de son opinion publique, reste uni sur une attitude de défiance, tandis que les réseaux sociaux sont envahis par les persiflages anti-américains, dont Trump est la tête de turc.

Aux déclarations de Washington laissant entendre que des négociations étaient en cours, l’appareil a opposé un démenti sans équivoque. Le 25 avril dernier, He Yadong le porte-parole du ministère chinois du commerce, a clarifié la situation vue de Pékin : « Toute affirmation sur les progrès des négociations économiques et commerciales sino-américaines est sans fondement et n’a aucune base factuelle. »

Le 28 avril, le porte-parole Guo Jiakun démentait formellement que les deux présidents s’étaient parlés au téléphone « À ma connaissance, il n’y a pas eu d’entretien téléphonique récent entre les deux chefs d’État  », (...) « Je tiens à réitérer que la Chine et les États-Unis ne sont engagés ni dans des consultations ni dans des négociations sur la question des droits de douane. »

Dans ce contexte, tout indique que, pour l’instant, au moins en apparence, Pékin garde la main.

Sans ignorer les risques pour ses exportations liés aux sanctions, la Direction chinoise peut en effet encore actionner la menace de cesser sa coopération sur le Fentanyl, tout en faisant valoir l’avantage de contrôler 80% des exportations de terres rares lourdes raffinées indispensables aux industries américaines de l’aéronautique et de la défense (voir l’annexe).

En haussant l’analyse d’un étage, constatons qu’à Pékin comme à Washington, flotte l’idée d’un retour nécessaire à la table des négociations. Mais, comme toujours à l’affut des opportunités, l’Appareil qui a pris soin de ne pas céder complètement à la tentation de l’escalade, compte bien tirer profit des hésitations de la Maison Blanche, pour élargir l’éventail du dialogue.

Alors que les injonctions incontournables de la « Face » règleront la rigidité des négociateurs chinois qui ne peuvent donner le sentiment de céder à l’Amérique, il faut s’attendre qu’à l’agenda d’une négociation commerciale s’ajoutent d’autres sujets.

D’abord, ceux touchant aux droits de l’homme revisités au caractéristiques chinoises, chacun dans sa sphère d’influence ; celui aussi du respect mutuel entre grandes puissances. Plus précisément, saisissant l’opportunité pragmatique d’un rapport de forces favorable, Pékin pourrait exiger l’amendement de l’embargo infligées à la Chine sur les hautes technologies.

(A ce sujet, lire nos articles de septembre 2019 : La guerre mondiale des semi-conducteurs ; de décembre 2022 : « Micro-puces » et droit de propriété. La violente riposte américaine contre la Chine et ses contrefeux et de septembre 2024 : Alerte sur la puissance d’innovation chinoise).

Surtout, alors que D. Trump a récemment troublé la fermeté de l’alliance entre Washington et Taïwan (lire : Chine – USA – Taiwan. Les ambiguïtés du Pentagone), Pékin pourrait saisir l’occasion pour exiger moins de proximité avec Taipei, par exemple sur le niveau politique des visites officielles américaines dans l’Île et sur les ventes d’armes.

Mise à jour le 2 mai.

Le 2 mai, les contrats a terme sur les actions européennes et asiatiques on repris de la vigueur après l’annonce de la Chine qu’elle étudiait la possibilité de négociations commerciales avec les États-Unis. L’optimisme est renforcé par le fait que le Japon s’attend à une accélération des négociations avec Washington et vise lui-même un accord en juin.

Parallèlement, le ministre japonais des Finances déclarait que les obligations américaines détenues par la Chine et le Japon pourraient constituer un atout dans les négociations.


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