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Guerre commerciale, rivalité d’influence. Huawei dans l’œil du cyclone

Le 20 mai, Xi Jinping déposait une gerbe au monument marquant le départ de la Longue Marche à Yudu dans le Jiangxi. Faisant allusion aux tensions avec Washington, son discours posté sur le site de CCTV a pris un ton solennel et dramatique. « Nous sommes ici au point de départ de la Longue Marche en mémoire du périple de l’armée rouge. Aujourd’hui nous partons pour une nouvelle Longue Marche. Tout est à recommencer. »


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Tous les journaux chinois alignés sur Xinhua, repris par la presse internationale en parlent : Le 21 mai, le président Xi Jinping était à Yudu, dans le district de Ganzhou, à l’est du Jiangxi pour commémorer l’épisode spectaculaire et mythique de la « Longue Marche » durant la guerre civile par lequel, selon la légende, le parti a échappé à sa destruction par l’armée de Tchang Kai-chek.

A cette occasion, alors que dans ses « tweet » et interviews D. Trump exprimant l’intention de banaliser le conflit, ne cessait de priser son exceptionnelle relation avec Xi Jinping, ce dernier prononçait un discours appelant les Chinois à se préparer à participer à une « nouvelle longue marche : 我们正处于长征的起点, 以纪念红军开始其旅程的时间. 我们现在正在开始一个新的长征, 我们必须重新开始- Nous sommes ici pour nous souvenir de l’époque où l’Armée rouge a commencé son voyage et nous entamons une nouvelle longue marche. Nous devons tout recommencer ».

Une assurance mêlée d’inquiétude.

Au forum économique de Davos, Xi Jinping prévenait que personne ne sortirait à son avantage d’une guerre commerciale. La prévision est exacte. Mais contrairement à ce qu’écrivent nombre de commentateurs l’avantage chinois n’est pas décisif. Les exportations américaines pouvant faire l’objet de représailles douanières chinoises sont par construction plus limitées que les exportations chinoises vers les États-Unis. Par ailleurs une riposte chinoise par un embargo sur les « Terres rares » comme l’évoquait un article du Global Times a peu de chances d’être efficace, notamment parce que ces minéraux ne sont pas « rares », mais seulement limités par le monopole d’exploitation chinois, résultat d’un choix stratégique laissant à la Chine leur exploitation difficile et polluante. En imposant des restrictions qui augmentent leur prix, Pékin crée une concurrence d’exploitation ailleurs (Japon, Australie, États-Unis) par les sociétés qui du fait de la hausse des prix jugent désormais l’exploitation rentable.


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Quel que soit l’angle de vue, la référence à cette épopée d’une année – octobre 1934 à octobre 1935 -, esquive stratégique meurtrière de 12 000 km ayant coûté la vie à plus de 90 000 militants et fidèles, constitue à ce jour la plus forte dramatisation par le régime chinois de la vaste rivalité sino-américaine.

Certains y voient la preuve d’une assurance, articulée à l’un des épisodes les plus emblématiques de l’histoire de la Chine moderne. Mais il est prudent de nuancer. A l’affichage de sérénité tranquille à laquelle sont rompus les portes-paroles, se mêle une inquiétude.

Fervent des discours sacrificiels faisant référence aux souffrances endurées par le peuple chinois durant le XIXe siècle et la guerre civile (lire à ce sujet : L’arrière plan sacrificiel et moral de la gouvernance chinoise.), Xi Jinping a, en évoquant la « Longue Marche », haussé les enjeux des mois qui viennent au niveau d’une lutte existentielle pour la survie du Régime.

Le rappel de la Longue Marche - 长征, Changzheng -, décision épique de la vie du Parti quand, encerclé dans le Jiangxi et menacé de disparaître, il s’est exfiltré vers l’ouest, renvoie en effet à la fois à un pari héroïque et à une épreuve dont le bilan en vies humaines fut exorbitant.

Le durcissement de Xi Jinping exprime une résistance à la prétention de Washington de bousculer le cœur même du fonctionnement du régime où, contrairement au paradigme occidental, les affaires et les intérêts des groupes industriels, pourvoyeurs d’emplois et de stabilité sociale ne sont pas séparés du pouvoir politique qui, si nécessaire, les maintient à flot à coups de subventions.

Huawei. Un fleuron dépendant de technologies étrangères.

2e fabricant mondial de téléphones portables, Huawei dépend du système d’exploitation mobile Androïd, lancé en 2007, à la suite du rachat en 2005 par Google de la startup du même nom. En novembre 2016, un logiciel espion chinois fut découvert dans des téléphones portables Android installés par le Chinois AdsUp sur 700 millions d’appareils Android pour collecter les données de leurs utilisateurs.


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Concrètement, les tensions s’expriment aujourd’hui de manière féroce à travers la querelle autour de Huawei, fleuron du secteur télécoms de la Chine moderne, non enregistré sur les marchés boursiers et au capital opaque.

En pointe dans la compétition globale pour la 5e génération de la téléphonie mobile dont l’éventail des possibilités est encore en cours d’exploration – vitesse de téléchargement et variété des usages y compris dans l’industrie, la robotique, l’aménagement du territoire, la télémédecine, l’automatisation, le pilotage et la surveillance à distance, l’aménagement urbain et les transports (la liste n’est pas close) – le groupe chinois accusé d’espionnage par Washington est porteur avant ses concurrents directs Apple et Samsung d’une rupture capacitaire nette par rapport à la 4G, pourtant seulement en cours d’installation en France.

Pour autant, l’avance technologique de Huawei recèle pour l’instant le sérieux talon d’Achille de dépendre du système d’exploitation mobile Android fondé sur le noyau Linux et développé par Google.

Le 19 mai, la querelle a pris un tour précis avec l’annonce de Google mis sous pression par la Maison Blanche qu’il allait couper l’accès des téléphones Huawei à plusieurs de ses services notamment, la mise à jour automatique d’Android qui gênera ou bloquera les services de mises à jour aux téléphones portables chinois (Google Maps, Gmail et YouTube), dont il faut aussi rappeler qu’ils sont déjà bloqués en Chine par la censure du régime.

Si, dans un premier temps, les téléphones déjà en service sur les marchés occidentaux ne seront pas directement impactés, en revanche la commercialisation des nouveaux modèles sera gravement handicapée par l’absence de mises à jour.

En riposte, le groupe chinois faisait savoir, sans préciser les échéances, qu’il travaillait sur un système d’exploitation mobile concurrent, tandis que Washington annonçait un assouplissaient temporaire des restrictions, de sorte que Google pourrait assurer un service pour les appareils Huawei au moins jusqu’au 19 août.

Dans une bataille qui durera, il s’agit là d’une concession de la Maison Blanche dans ce bras de fer ayant ceci de particulier que chacun a besoin de l’autre, la Chine pour sa modernisation et les États-Unis pour le vaste marché chinois. Le géant américain a cependant indiqué qu’après le délai de 90 jours il se conformerait aux restrictions du département du commerce.

Les mêmes injonctions de la Maison Blanche frappent, jusqu’à nouvel ordre, les fabricants de circuits intégrés (Intel, Qualcomm, Broadcom, Qorvo, Skyworks, Xilinx, NeoPhotonics), tandis que l’Allemand Infineon (Siemens) annonçait lui aussi qu’il réduirait sa coopération avec Huawei.


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