›› Chronique
ANNEXE
Ren Zhengfei et Huawei
Ren Zhenfei, le fondateur de Huawei. En 2019, dans une déclaration publiée dans le China Daily, il avait prévenu que l’embargo américain privant Huawei des puces les plus avancées était voué à l’échec face au génie inventif des Chinois, à leur persévérance et à leur détermination.
Il est un fait que grâce à l’appui des investissements massifs du gouvernent chinois et des efforts R&D de Huawei, le groupe a, malgré les embargos, réussi à développer un système d’exploitation indépendant et à mettre sur le marché des « smartphone » performants comme ceux de la série MATE 60.
Pour autant, la tendance chinoise au cloisonnement, au ciblage des marchés non occidentaux et au secret sécuritaire, porte en elle de sérieux handicaps aux progrès technologiques.
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Aujourd’hui âgé de 82 ans Ren Zhengfei, 任 正 非 né dans le milieu modeste d’une famille d’enseignants du primaire au Guizhou dans le sud-ouest fut, au cours de son adolescence durement marqué par le cataclysme humanitaire du Grand Bond en avant.
Ce n’est pas tout. En 1963, à 19 ans, il était déjà ingénieur du génie civil de l’Université de ChongQing, son entrée dans la vie active fut perturbée par la révolution culturelle. Pire encore. En 1974, après un passage dans le génie civil à ChongQing, il entrait dans l’APL, en plein chaos de la révolution culturelle, trois ans après l’élimination de Lin Biao, alors que la plupart des cadres de l’armée avaient été purgés.
Au cours de ses dix années dans l’APL, Ren, qui, toujours avide d’apprendre, s’était familiarisé en autodidacte avec les technologies numériques et les ordinateurs, s’est fait remarquer pour avoir inventé un procédé d’automatisation de la production de textiles synthétiques. En 1978, à 34 ans, il fut désigné pour représenter l’APL à la Conférence nationale des sciences.
En 1987, il avait déjà 44 ans, trois années après son retour à la vie civile et après un passage dans l’industrie pétrolière, il créa à Shenzhen le très modeste embryon de Huawei 华为, à partir d’une entreprise de raccordement téléphonique.
Le nom Huawei qui coagule l’idée ancestrale de la « grande Chine 华 Hua » et le volontarisme de « l’action concrète et de l’accomplissement 为 Wei », convoquait aussi l’homophone de Hua 花, Fleur, qui devint son logo commercial.
Avec un capital de seulement 21 000 Yuan (2800 €), l’entreprise se contentait de revendre avec bénéfice des commutateurs de téléphone achetés à Hong Kong.
À partir de 1996, six années après l’émergence d’Internet, Ren s’est lancé à 52 ans dans la vente et l’installation d’équipements de télécoms dont les champions mondiaux étaient les Américain Lucent Technologies, Motorola et Cisco System (aujourd’hui spécialisée dans la cybersécurité), le Suédois Ericsson, le Finlandais Nokia et le Français Alcatel.
Après des années de chemin de traverse, d’hésitations et d’essais infructueux, C’était enfin le bon choix.
Entre 1998 et 2000 le chiffre d’affaires de la société passa de 9 à 22 milliards de yuans (1,2 à 2,9 milliards d’euros). Deux ans plus tard, Huawei pénétrait le marché indien et fondait la filiale, Futurewei, en Californie.
Le vrai succès commercial s’est produit en 2004, Ren avait 60 ans, au moment de l’explosion de la téléphonie mobile, lorsque Huawei parvint à convaincre le petit opérateur néerlandais Telfort de lui accorder un contrat de 230 millions d’euros, pour développer un réseau de relais téléphoniques 3G moins encombrants que ceux des concurrents et surtout trois fois moins cher.
A partir de 2004, associé avec la China Development Bank qui lui accorda initialement 10 milliards de $ de crédit, l’expansion du groupe s’accéléra pour devenir un acteur mondial. En 2005, après Telfort, il signa avec les Européens Vodafone et British Telecom, des contrats facilités à la fois par son expérience technique et les avantages de prix autorisés par le soutien public de la Banque de développement.
En 2010, le groupe lançait ses premiers smartphones de la série tactile Ascend sous Android, au prix très agressif de 150 à 180 $. En même temps, ayant investi chaque année plus de 20% de son chiffre d’affaires dans la R&D, soit plus de 25 milliards de $, - équivalant au budget R&D d’un pays de taille moyenne comme l’Autriche, mais comparable aujourd’hui à la R&D d’Intel, Apple ou Meta - il a progressivement réussi à dominer le secteur de la 5G où ses équipements ont pris une importante avance technologique.
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Depuis 2019, freiné par les sanctions américaines, le groupe se réinvente et se diversifie, en développant Harmony OS, son propre système d’exploitation ; en renforçant ses activités CLOUD, en même temps que son implication directe dans l’industrie par l’IA tout en soutenant l’industrie des microprocesseurs en Chine.
Aujourd’hui, quatre décennies après sa discrète création à Shenzhen par Ren Zhengfei, au cœur de sévères controverses géopolitiques, Huawei dont le chiffre d’affaires annuel est de 125 milliards de $ a généré en 2025, un bénéfice net de 9,73 milliards de $.
Devenu un géant technologique mondial incontournable, notamment dans les marchés du « sud global », il se distingue par sa forte capacite de résilience aux restrictions technologiques imposées par les États-Unis et les Occidentaux.
Après avoir été très lourdement pénalisé en mai 2019 par la perte des services Google sur ses téléphones en raison des sanctions américaines, le groupe a rebondi en Chine en développant HarmonyOS son propre système d’exploitation. Voilà qu’aujourd’hui, fidèle à sa stratégie d’approche oblique, il tente, en connivence avec l’appareil, d’influencer les normes internationales du secteur numérique.
Comment ?
En proposant aux régulateurs mondiaux comme l’Union Internationale des Télécoms d’installer ses propres normes 5G et 6G au cœur des infrastructures mondiales ; en exportant le long de ses « Nouvelles Routes de la soie » vers les pays émergents, des équipements d’infrastructure dotés de ses innovations de gestion des villes intelligentes et de cybersécurité ; en faisant la promotion du contrôle souverain de la société par la maitrise et la régulation du flux des données numériques ;
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Dans ce succès spectaculaire obtenu au milieu de puissants vents contraires, les qualités du très charismatique PDG Ren Zhengfei ont joué un rôle majeur. Doué d’une capacité de vision stratégique et d’une réactivité à très courts délais quand se présente une opportunité, il a su, dans les moments cruciaux de la vie commerciale et technologique du groupe, le placer sur ses trajectoires de réussites exceptionnelles et lucratives.
Humble, discret et pragmatique, obsédé par la satisfaction du client et les besoins réels du terrain, l’homme a gardé de ses premières armes dans l’APL et à Shenzhen, un indéniable talent d’organisation, ainsi que le culte de la discipline, de l’effort, de l’apprentissage permanent et, peut-être surtout, une qualité incomparable de placidité face aux déboires.
Pour autant, après la mobilisation de grande ampleur publique-privée autour du projet SparkLink et de ses terminaux numériques concurrents de BlueTooth et Wi-Fi, révélant une coordination étroite entre les objectifs stratégiques de Pékin, la nébuleuse des groupes publics et les institutions officielles de la RPC, le discours du PDG sur le caractère privé de Huawei, non côté en bourse et entièrement détenu par ses salariés, a encore perdu un peu de sa crédibilité.
Les plus sceptiques qui voyaient déjà le groupe noyé dans l’écosystème du renseignement militaire chinois, rappellent le passé militaire du fondateur, captif d’une culture patriotique l’obligeant à toujours rapporter au Parti dont il est membre depuis 1978.
